CHAPITRE TROISIEME
IBontalcmbert Disciple Dc Hamcnnais. — Intimité aoec EacorDaire. — BciUantà Débuts De l'Avenir. — Ue procès De l'école libte. — Tic tiopage à Rome. — Jîa conDamnation Des Doctrines De iTamcnnais. — ffîontalembcrt à Bans.
î^^^^^^^^ttHONTALEMBERT rêvait à ses futures destinées en parcourant les w^jm^m^9^x^a.u. yg^tes campagnes de l'Irlande, lorsqu'il lut pour la première fois le nom du célèbre journal V Avenir qui devait exercer une influence si considérable sur l'orientation de sa vie. « Le journal de M. de Lamennais, lui écrivait l'abbé Busson le 24 septembre 1830, n'a pas encore paru. La publication ne doit dater que du premier du mois prochain. Le titre en est heureusement choisi. L'ouvrage, je l'espère, y répondra. La main qui en dirigera la rédaction est exercée. Les idées qu'on y exprimera ne seront, j'ai lieu de le croire, ni étroites ni surannées ; elles seront larges, universelles comme les besoins de l'époque, et propres à raffermir bien des convictions ébranlées dans l'ordre politique et dans l'ordre religieux. Si l'on suit cette ligne dans la composition de cette nouvelle feuille périodique, elle peut faire beaucoup de bien ; mais si l'esprit de système venait à s'y mêler, ce qu'à Dieu ne plaise, ce ne serait qu'une source de plus de disputes, de discordes même, d'agitation et de haines. »
Quoique l'œuvre de Lamennais et les péripéties par lesquelles elle passa soient bien connues, nous devons les rappeler sommairement ici, à cause des rapports si intimes qui existèrent entre ce chef d'école et Montalembert.
Depuis qu'il était prêtre, l'abbé de Lamennais avait combattu pour Rome avec une fougueuse énergie. C'était un passionné. Les réformes politiques ou sociales qu'il attendait du Saint-Siège, il les attendait avec anxiété et il les voulait avec obstination. Or, Rome gouverne avec une patience et une pondération devenues proverbiales. Elle ne voyait pas sans inquiétude un combattant aussi
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hardi que Lamennais. D'autre part, celui-ci souffrait de voir son ardeur contenue et ses plans peu suivis.
La gêne qu'il éprouvait allait se traduire j^ar des récriminations, en attendant qu'elle éclatât en révolte.
Dès 1S2;, il lui paraît que la société doit être renouvelée par la démocratie. « Ne croyez pas, écrit-il alors, qu'on puisse arrêter le mouvement qui emporte la société, ni se rendre maître de sa direction par aucun des moyens que fournit la politique. Ce mouvement est dans les esprits, qui, préoccupés d'idées nouvelles, en partie fausses, vraies en partie, s'avancent vers un avenir aussi inconnu qu'inévitable. Jamais on ne relèvera l'ancien édifice, et sous presque aucun rapport, il ne serait à souhaiter qu'on le relevât. Les Etats avaient renoncé depuis longtemps à tous les principes constitutifs de la société chrétienne, et miême de toute société. L'Europe n'offrait plus, dans les relations établies entre les puissances, qu'une grande association des forts contre les faibles, sans que la moindre idée de justice ou de droit modifiât cette monstrueuse coalition. Les faibles ont brisé le joug, mais en adoptant la doctrine des forts, ce qui caractérise la Révolution. Le système de l'intérêt continue à dominer exclusivement ; les hommes sont gouvernés, comme auparavant, par des volontés arbritaires ; on a changé le despotisme, voilà tout, et ce sera tout jusqu'à ce que les doctrines sociales aient repris leur empire, ce qui ne .saurait arriver bientôt et n'arrivera peut-être jamais. Nous savons qui devrait de nouveau les annoncer au monde ; mais combien les espérances qu'on pourrait avoir de ce côté paraissent faibles et lointaines encore ! »
Cette dernière phrase visait évidemment la Cour romaine.
Il avait pensé jusqu'alors que Rome devait jouer le principal rôle dans le mouvement qui semblait entraîner le monde vers un nouvel état social. A partir de ce premier symptôme de découragement, il affecta de la voir infidèle à sa grande mission et plus sensible à des intérêts terrestres qu'à sa domination spirituelle.
La Cour pontificale n'avait point encore consenti à le blâmer. Seulement, elle paraissait dès lors ré.solue à ne point le suivre dans la voie où il s'engageait d'une façon qu'elle estimait téméraire.
Il agissait pourtant comme s'il concevait toujours les mêmes espérances. Par le journalisme, par l'association, par la plus active publicité, il cherchait à ériger en un/^arh\c catholicisme romain. C'est cette action incessante qui. plus encore que V Essai sur r Indifférence, l'avait fait connaître au.K quatre coins de la France, cl avait groupé autour de lui ses disciples de la Chênaie et de Malestroit.
En 1828, nous le voyons préoccupé d'un dessein qui montre à quel degré d'importance était arrivée sa propagande. Nous voulons parler de \ Association
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pour la défense de la religion catholique, dont le programme ne put, comme la plupart des desseins de Lamennais, être complètement réalisé.
Le pape l'approuvait, mais sans l'avouer ouvertement, à cause des nombreuses inimitiés que s'était créées cet allié dangereux. Les hommes politiques qui voulaient fonder l'Association, demandaient à Lamennais de les seconder, mais « avec mesure », l'exhortant « à manier doucement les Français qui ne sont pas des Bretons ».
De pareils ménagements indignaient le chef audacieux pour qui les demimesures dans la voie du bien semblaient un pacte avec l'erreur et l'iniquité. En général, quels que fussent les disciples et les coopérateurs de Lamennais, ils lui paraissaient toujours faibles et pusillanimes.
Sa puissante imagination transformait rapidement ses adversaires en scélérats, envers lesquels tout ménagement était un crime. Quiconque cherchait à temporiser ou à aplanir aux faibles les sentiers nouveaux, lui semblait un tiède partisan, un ami douteux, souvent un renégat ou un traître. De là, tant de déceptions, tant de mécomptes, tant de douces amitiés à jamais rompues. « Le repos ne peut exister pour lui, disait son frère : Dieu l'a fait soldat ! »
Les ordonnances du i6 juin 1828, qui limitaient le nombre des élèves des écoles ecclésiastiques et restreignaient ainsi le droit d'enseigner, considéré par Lamennais comme un des droits fondamentaux de l'Eglise, ces ordonnances, à ses yeux, destructives de la religion, tyranniques, impies, lui inspirèrent l'ouvrage intitulé : Des progrès de la Révolution et de la guerre contre F Église, publié dans les premières semaines de 1829.
Il y combattait à peu près tous les partis qui se disputaient alors la direction politique de la France : libéraux, royalistes, ministériels, opposants, leur prédisant que le monde marchait à une dissolution universelle et cherchant à prouver que l'Église seule pourrait hâter l'heure du renouvellement et de la résurrection.
« Une immense liberté est indispensable, écrivait-il, pour que les vérités qui sauveront le monde, s'il doit être sauvé, se développent comme elles le doivent; et les souverains jugent, avec raison, que cette liberté les tuerait à l'instant même. Ils luttent donc contre elle de toutes leurs forces, et niaisement dans les formes et dans les détails ; mais le besoin qu'en a la société est trop grand pour qu'ils luttent longtemps avec succè.s. Qu'en résultera-t-il .'' La force irrésistible qui les aura emportés, les brisera. »
Plus loin, il indiquait nettement quel genre de libertés lui paraissaient nécessaires. « Nous demandons pour l'Eglise catholique, disait-il, la liberté promise parla Charte à toutes les religions, la liberté dont jouissent les protestants, les