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plus collaborer à V Ave/tir, résolu à garder dans des circonstances aussi graves une neutralité complète. Cette décision inquiéta vivement Montalembert. Qu'allaient penser, se demandait-il, les catholiques de Munich en constatant le dissentiment des rédacteurs de r^e'^«/r? Il ne le cacha point à Lacordaire. « Mon ami, la nouvelle de ton arrivée à Munich a mis le comble à la douleur que tu m'as causée... Je te l'avoue franchement, le bonheur que j'éprouverai à t'embrasser avant de nous séparer si cruellement, est plus que compensé par le cruel embarras où tu vas nous mettre à l'égard de nos amis de Munich... Je serai toujours ton ami et ton dévoué quand même. Il y a des liens que rien ne peut briser sur cette terre ; je sens que celui qui nous unit est de ceux-là. »
A peine a-t-il connu par les journaux l'arrivée et l'adresse de Lacordaire, Montalembert court chez lui : « Henri, dit-il, tu vas venir chez M. Féli.
— Non, » répond Lacordaire.
Montalembert insiste, s'indigne: « Ce serait un scandale pour la ville entière, ce serait faire au maître une peine, une injure profonde. »
Lacordaire se laisse entraîner. Lamennais le reçoit avec un ressentiment visible, mais la rencontre est solennelle. Pendant deux heures, ils discutent. Avec toute sa raison, toute sa foi, toute son éloquence, Lacordaire lui démontre les dangers, l'imjDossibilité de reprendre maintenant Y Avenir. A la fin, Lamennais cède : « Oui, c'est juste, dit-il, vous avez bien vu ! »
Quelle joie pour Lacordaire ! On convient même de fonder une Revue catholique, en attendant que \'Ave7iïr puisse être repris.
Le surlendemain, 30 août, Schelling, Gœrres, Baader, Dœllinger, les principaux écrivains et artistes de Munich, offrirent aux voyageurs français un banquet d'adieu, aux portes de la ville. Le repas fut servi avec magnificence. On y but à Lamennais, à l'union des catholiques de France et d'Allemagne. Pour couronner la fête, le jeune peintre Schotlauer fit entendre les chansons nationales des montagnards de la Bavière. Tous les cœurs vibraient à l'unisson. « C'était, dit Montalembert, un de ces moments de joie aveugle qui précèdent la chute dans l'abîme. » Soudain la porte s'entr'ouvrit, et Lamennais sortit si doucement, que l'artiste n'y prit pas garde et continua de chanter.
Quelques minutes se passèrent. Lamennais rentra. Il paraissait calme, presque souriant, absolument maître de lui. Personne n'eût pu se douter qu'il venait de recevoir une nouvelle qui déchirait son âme et brisait sa vie. Il insista gracieusement pour que l'artiste répétât les couplets chantés en son absence. Quand on sortit, il prit Lacordaire par le bras, et lui dit à voix basse : « Je viens de recevoir une encyclique du Pape contre nous ; nous ne devons pas hésiter à nous soumettre. »