I. Extraites d'un article de r.4îw//r, janvier
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libres et qui vous eût faits grands. Et vous, catholiques, voilà ceux qui réclament votre docile obéissance, voilà ceux qui daignent encore vous payer les gages de votre servitude, à vous comme aux Juifs. Regardez-les, ils mettent à l'encan le temple oii vous alliez prier. Ecoutez-les, ils crient : « Tu ne dormiras point à côté de ceux que tu as aimés. »
Non moins éloquente ni moins chaleureuse la page qu'il écrivit sur la Croix après les tristes profanations dont l'église de Saint-Germain l'Auxerrois fut le théâtre en février 1831.
« Il s'est trouvé, dans ce monde de misères et de crimes, un svmbole de gloire et de vertu ; dans ce monde où la force s'est installée avec l'esclavage, un symbole d'éternelle justice et de .sainte liberté ; dans ce monde de perpétuelle douleur, un symbole d'éternelle consolation. Celui qui s'est nommé le Fils de l'homme a légué l'instrument de son supplice à l'humanité, et, pendant dix-huit siècles, l'humanité s'est prosternée devant ce legs sacré. Jusqu'à lui, les rois et les riches seuls avaient eu des enseiornes et des bannières. Il en donne une aux pauvres, au genre humain tout entier, et les riches et les rois abdiquent les leurs pour l'adopter.
» La croix du Christ a présidé, à toutes les destinées du monde moderne. Elle s'est associée à toutes ses adversités et à toutes ses sfloires. Elle a servi de base à ses institutions et d'étendard à ses armées. Elle a consacré les pompes les plus illustres de la civilisation, comme les émotions les plus intimes de la piété... C'est du haut de la croix que la terre a reçu les premières leçons d'une liberté, la seule vraie, d'une égalité, la seule possible. Elle est l'abrégé de notre histoire, le code de nos devoirs, la garantie de nos droits, le signal de notre affranchissement, le sceau de notre avenir.
"b Et maintenant il s'est trouvé dans le monde un peuple qui s'est proclamé le pontife de la civilisation, le libérateur des nations, le maître de l'avenir, et ce peuple a brisé la croix ! Ce peuple, c'est le peuple de Paris. Oui, il faut le dire, le peuple de Paris tout entier. Car, si nous dénions ce nom au groupe de forcenés qui ont accompli cet attentat, nous ne pouvons le refuser à ceu.x qui l'ont
toléré! Notre cœur se soulève à la pensée de cet affront, et nous nous
écrions avec l'un des généreux compagnons de nos luttes et de nos croyances : « Hâtez-vous de remplacer ces croix d'or par des croix de bois, afin qu'il s'élève :^ quelque chose entre Paris et le ciel pour en détourner la foudre...
» Pour nous qui avons été les témoins impuissants de tels outrages inlligés à la religion et dont le cœur a été navré par ses douleurs, nous sentons qu'à sa voix divine la force et la vie nous reviennent ; nous puisons dans le souvenir de ses épreuves et de ses triomphes de quoi étouffer notre désespoir et vaincre
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notre défaillance. Nous rentrons avec une ardeur nouvelle, une ardeur sanctifiée par la douleur, dans la carrière où notre conscience nous a lancés.
» S'il nous eût été donné de vivre au temps où Jésus vint sur la terre et de ne le voir qu'un moment, nous eussions choisi celui où il marchait, couronné d'épines et tombant de fatigue, vers le Calvaire ; de même, nous remercions Dieu de ce qu'il a placé le court instant de notre vie mortelle à une époque où sa religion sainte est tombée dans le malheur et l'abaissement, afin que nous puissions la chérir dans notre humilité, afin que nous puissions lui sacrifier plus complètement notre existence, l'aimer plus profondément et de plus près.
» Nous ramassons avec amour les débris de sa croix pour leur jurer un culte éternel. On l'a brisée sur nos temples, nous la mettons dans le sanctuaire de nos cœurs, et là, nous ne l'oublierons jamais. De la terre où on nous l'a détruite, nous la replaçons dans le ciel, et là, nous lisons encore une fois autour d'elle cette parole divine : In hoc signo vinces ! »
On ne se lasse pas de citer d'aussi nobles déclarations, des pages aussi brûlantes du parfait amour de Dieu et qui portent l'empreinte d'une foi aussi indomptable !
« Oui, s'écriait encore le chevalier de la sainte Église, en parlant de cette foi elle-même, elle reparaîtra victorieuse, la foi catholique, à qui Dieu n'a pas donné pour un jour ce monde où nous vivons ! La voilà qui, toute meurtrie qu'elle est, rebondit victorieuse et immortelle, au sein de la société épuisée... Vous qui proclamez à l'envi la fin de nos croyances, regardez, au sein de votre camp même, cette bannière nouvelle qui s'élève ; n'est-ce pas la foi, incomplète, incertaine, dévoyée, mais toujours elle, qui reparaît dans ce groupe d'hommes nouveaux ?...
"% C'est qu'on ne prive pas impunément l'homme de son pain, c'est qu'on ne retire pas au genre humain, à ce fiévreux qui, depuis soixante siècles, s'agite sur son lit de douleur, le seul breuvage qui puisse désaltérer sa poitrine haletante. Rejetez le don de Dieu, si tel est le caprice de votre orgueil, rasez tous les asiles de l'humanité, tarissez toutes les sources de son bonheur ; mais avant d'achever votre œuvre, entendez sa voix séculaire qui vous demande par quoi remplacer ce que vous ruinez et qui vous somme d inventer du moins quelque fantôme qui puisse lui tenir lieu de notre Dieu.
» Pour nous, quand même nous ne pourrions rien pour cette foi divine pendant notre courte vie, quand même nous ne serions pas destinés à voir se lever sur la France le jour de sa victoire, quand même elle devrait y languir longtemps encore dans l'oppression et dans l'oubli, est-ce à dire pour cela que nous désespérerions d'elle comme d'une simple mortelle ? Et, parce que le soleil de
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sa prospérité a disparu, ne trouverons-nous pas dans notre souvenir un rayon pour dorer son malheur?...
)> Foi de nos pères, sainte religion de notre Rédempteur, toi qui as essuvé les larmes de nos premières années, toi qui béniras, qui consoleras toutes celles qu'il nous reste à vivre; nous t'avons connue dans la pompe des cours, au milieu des hommages des rois ; nous t'aimions dès lors avec ferveur, mais aujourd'hui, dans l'apparente déchéance où te laisse une volonté touterpuissante, nous t'aimons d'un amour qui s'accroît de toute l'ingratitude du monde. Dans ton abandon d'un moment, nous puisons un nouveau courage pour t'adorer, comme s'il y avait moins de distance entre ton infinie grandeur et nous. Dix-huit siècles ont passé sur ton beau front sans le rider, et nous savons que ta beauté est
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éternelle, qu'elle survivra à l'aveugle dédain de tes ennemis, comme au culte de notre admiration et de notre tendresse. Si des mains impies te placent au cercueil, nous t'y poursuivrons de notre amour. Que d'autres aillent au loin chercher une foi nouvelle, ériger de nouveaux sanctuaires, mais nous, laissenous te suivre dans ton désert, laisse-nous n'avoir d'autre refuge que ton sein, fidèles à toutes tes destinées, fidèles à ta liberté et à ta misère (') ! »
On ne s'étonnera pas que l'apôtre à la plume d'or, qui réveillait au fond de bien des coeurs une foi trop longtemps assoupie, ait eu la consolation de con-
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v^ertir son propre père. Le comte de Montalembert fut en effet absolument gagné à la cause de la religion par la parole et les prières de son bien-aimé Charles ; il se remit à en observer les pratiques et prit courageusement luimême, à la Chambre des Pairs, la défense de l'Égrlise et de ses institutions. On rapporte qu'il lui arriva parfois de pleurer d'attendrissement et de joie, en lisant certains articles de VAveniJ', signés de son fils. Lacordaire a raconté cette belle mort, que nous avons signalée en passant, à propos des démêlés de l'école Mennaisienne avec l'épiscopat et le Saint-Siège.
« Dès que le comte se sentit frappé à mort, toute sa pensée se tourna vers l'éternité. Il ne la ramenait du ciel que pour entretenir sa famille du sort qu'il lui laissait, se fiant à la Providence du soin de le remplacer, interrogeant son fils d'une voi.x chaque jour plus faible et plus rare sur les affaires des catholiques ; et quand l'espérance de la vie le reprenait, ce qui arriva surtout lorsqu'il n'y avait plus d'espérance, il disait des choses infiniment touchantes sur la vie chrétienne qu'il voulait mener avec son fils. Il communia avec la plus fervente piété. La mort étant proche, il faisait un effort pour demander encore une fois le pain de vie, qu'il ne pouvait déjà plus porter, et un léger égarement se mêlant à sa pensée qui errait parmi tout ce qu'il avait aimé, il priait son fils, de venir communier avec lui. Son âme luttait tous les jours entre le souvenir de sa fille enlevée à quinze ans et l'amour infini qu'il portait aux débris de sa famille. Cet amour l'eût sauvé s'il avait pu l'être. Mais la voix de sa fille fut plus puissante au fond de sa tombe que la parole de ceu.x qui étaient restés ; il s'en alla par une pente naturelle vers le cercueil : il y avait bientôt deux ans qu'il n'avait embrassé sa fille. Pourtant depuis trois jours on avait conçu un plus grand espoir, la maladie avait suspendu son activité, lorsque le 20 juin, à trois heures de l'après-midi, une crise violente se manifesta. Le malade repoussa doucement les remèdes, en disant : « Je mourrai ce soir par » l'ordre de Dieu ». Sur le soir, il reçut le dernier sacrement des chrétiens et quand l'aurore du lendemain se leva, ses yeux ne pouvaient plus voir que la lumière de l'éternité. 11 avait vu celle du monde cinquante-trois ans... ('). »
i. Mon père mort !... s'écria Charles de Montalembert en apprenant la terrible nouvelle ; ah ! pour moi la vie n'est qu'un calice continuel, un rêve, une lueur de bonheur aussitôt suivie d'une catastrophe. J'avais pourtant fait de bien bon cœur, à l'église de l'Assomption, et renouvelé le soir à côté de son lit de mort le vœu de me consacrer au sacerdoce, de renoncer à la vie publique si Dieu voulait me le conserver encore quelques années... Il ne m'a pas écouté...