‹ MontalembertChapitre 20 sur 71 · I. Avenir, 4 juillet · texte numérisé non relu

I. Avenir, 4 juillet

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Quand finira cet enchaînement d'épreuves, cette longue série d'angoisses, ces déchirements si souvent renouvelés?... (') »

Comme on le pense bien, Montalembert trouva le courage, la résignation nécessaires pour supporter une pareille épreuve, dans ses sentiments si foncièrement religieux. Il sut même assez se maîtriser, comme on l'a vu, pour aller présenter sa défense à la Chambre des Pairs dans l'affaire de l'ouverture illégale d'une école. Bien d'autres causes trouvèrent en lui un défenseur absolument dévoué. Les plus importantes furent celles de la liberté de la Belgique et surtout de la Pologne. Il se passionna pour cette dernière ; il aurait même voulu aller combattre dans les rangs des Polonais contre les Russes, leurs oppresseurs ; heureusement, on parvint à le retenir. Il s'en dédommagea par des articles enthousiastes et belliqueux en faveur de la catholique Pologne.

« Enfin, s'écrie-t-il, soulagé et plein d'espérance, enfin, elle a jeté son cri de réveil, enfin elle a secoué ses chaînes, et en a menacé la tête de ses barbares oppresseurs, cette fière et généreuse Pologne, tant calomniée, tant opprimée, tant chérie de tous les cœurs libres et catholiques ! Puisse-t-elle reprendre sa place parmi les nations du monde, cette nation qui a si longtemps lutté pour sa liberté et qui a gardé pure et sans tache l'antique foi de ses pères !...

»... Quel est celui qui, ayant un cœur d'homme dans la poitrine, ne palpitera de joie à la nouvelle de la sainte insurrection des Polonais ? Mais nous. Catholiques, avec quel transport de bonheur et en même temps avec quel j)ieux recueillement ne recevrons-nous pas cette nouvelle et éclatante réponse de Dieu à nos longues prières ! Que de miséricorde envers la cause que nous défendons avec une dévorante ardeur, dans cette protestation successive de tous les peuples catholiques, dans cet élan invincible vers leur indépendance politique et religieuse !...

» Mais, nous dira-t-on, cette guerre est inopportune, impossible .•*... — Elle est juste et cela suffit ; elle est plus que juste, elle est sainte. Le lendemain du jour où elle chassa d'injustes maîtres, la Pologne demeura prosternée quarante heures devant les autels pour y consacrer sa liberté naissante... Le surlendemain, on vit des Capucins mêlés aux soldats élever avec eux des redoutes et des batteries, des évêques apporter leurs trésors au.x pieds des députés du pays, de nobles filles devenues sœurs de charité pour la patrie, des prêtres défendant la liberté avec la parole divine et s'écriant comme Urbain II ou saint Bernard ; Qui est avec Dieu, Dieu est avec lui / Un peu plus tard, dans toute l'Europe, retentissait ce manifeste rédigé par un évêque catholique, dont

\. Journal de Montalembcit cite parle V. Lec.inuet.

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la signature y paraît la première et où une nation parle de la mort et de la Providence comme en parlent les martyrs.

» Puis, ce sont dix mille hommes qui partent de Cracovie pour venir au secours de leurs frères et qui demandent à genoux la bénédiction de leur évêque. Et ceux-ci, avec ces drapeaux où il y a une croix rouge, avec ces canons, ces armes, ce bruit, où vont-ils? Ils vont, avant de combattre, prier aussi leur pontife de bénir le combat et lui jurer de mourir pour Dieu et la liberté. Et ces hommes qui entrent à cheval par une porte de la ville, ayant en main la croix et un sabre à leur côté ? Ce sont de pauvres pères Bernardins qui ont trouvé dans leur cloître, près du crucifix, de vieilles armures du moyen âge et qui ont pensé, comme quelques évêques de ce temps-là, qu'il y a des cas où le religieux peut mourir dans la poussière du champ de bataille aussi tranquille que sur la cendre. Et ces autres qui sont à la tête de paysans armés de faux? Ce sont des curés qui conduisent leurs paroisses à l'ennemi. Partout la religion, partout des enseignes bénies : et, après la victoire, le général qui la racontera avec un si touchant oubli de lui-même, finira son rapport en priant la patrie d'offrir à Dieu un service solennel pour le repos des morts... »

» Chère et sainte Pologne, reçois ce lointain hommage de ceux qui, comme toi, ont prêté serment à Dieu et à la liberté, et qui portent ces noms sacrés inscrits sur le front et dans le cœur. Tu es notre seconde patrie, à nous qui ne vivons que pour ces choses au nom desquelles tu as vaincu. Nous te jetons à travers l'Europe le cri de notre amour. Tes injures sont les nôtres comme ta foi. Ta gloire est à toi seule, mais il nous semble qu'elle devient aussi la nôtre, tant nous l'aimons. A toi nos vœux les plus ardents; à toi nos longues et ferventes prières ; à toi tout ce que nous avons de dévouement et d'amour, de sainte et pure affection, d'admiration et d'envie !

» D'envie surtout ; car c'est cela et non jjIus la compassion, que tu nous inspires. Pourquoi te plaindre, noble fille du Christ, sûre comme tu l'es d'une victoire éternelle ? Ta mission est remplie, quelle que soit ta destinée. Tu es revenue au monde pour lui montrer ce qu'était cette foi catholique qu'il reléguait au tombeau, et ce qu'elle pouvait faire pour sa liberté. Que tu vives ou que tu meures ici-bas, maintenant que t'importe ? Mais nous, qui, avec tes croyances, vivons au milieu d'un monde qui ne nous connaît ni ne nous comprend ; nous, pauvres exilés du présent, nous, prophètes d'un avenir que la société redoute encore, ballottés par les flots d'une civilisation qui finit et d'une civilisation qui commence, pourquoi la vie ne nous a-t-elle pas été donnée aux mêmes conditions qu'à toi ? Sainte Vierge, mère de notre Dieu, vous que nos lèvres ont souvent nommée le refuge des faibles, la consolatrice des affligés,

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