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2. Le récit détaillé de ce voyage se trouve dans VE^i/ûgue à Part chrétien, II, 140.
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littérature et politique, et, comme on le pense bien, c'était l'élite de la jeunesse parisienne qui assistait à ces réunions.
« Il y a tous les dimanches, écrivait Ozanam, des soirées pour les jeunes gens chez M. de Montalembert ; on y cause beaucoup et d'une manière variée ; on prend du punch et des petits gâteaux, et on s'en retourne joyeux par bande de quatre ou cinq... J'y compte aller de temps en temps. Dimanche passé j'y vis MM. de Coux, d'Ault-Dumesnil, Mickiewicz, le célèbre poète lithuanien, Félix de Mérode, que la nation belge voulait se donner pour roi. Sainte-Beuve y est aussi venu, Victor Hugo doit y venir ('). 11 respire dans ces réunions un parfum de catholicisme et de fraternité. M. de Montalembert a une figure angélique et une conversation très instructive... Il raconte très bien et il sait nombre de choses... Les points de doctrine sur lesquels Rome a demandé le silence ne sont point remis sur le tapis. La plus sage discrétion règne à cet égard ; mais l'on s'entretient de littérature, d'histoire, des intérêts de la classe pauvre, du progrès de la civilisation. On s'anime, on réchauffe son cœur et l'on emporte avec soi une douce satisfaction... »
« Là, dit-il encore ailleurs, les plus illustres champions de l'école catholique nous ouvrent les trésors de leur conversation ; d'autres y viennent qui ont défendu de l'épée et arrosé de leur sang le domaine de leurs convictions; déjeunes officiers belges ou polonais, des diplomates distingués ; puis des hommes d'une autre école qui viennent, comme des pèlerins d'un autre empire, contempler quelques instants l'esprit d'union et de douceur qui règne parmi leurs adversaires. Là sont venus tour à tour MM. Ballanche et Sainte-Beuve, Savigny jeune et de Beauffort, Ampère fils et Alfred de Vigny, de Mérode et d'Eckstein... »
« Dimanche dernier, continue-t-il, une causerie très intéressante s'est établie entre Lherminier et M. de Montalembert ; nous sommes restés jusqu'à minuit pour les écouter. Victor Considérant y était aussi ; on a beaucoup parlé de la misère actuelle du peuple et on en a tiré de sinistres présages pour l'avenir... »
Parmi les illustres étrangers qui visitaient le jeune comte, l'un de ceux pour qui il avait le plus d'attachement était Adam Mickiewicz. Poète très remarquable, Mickiewicz unissait à une grande érudition un rare talent d'écrivain. C'était lui qui avait commencé la révolution romantique dans la littérature slave. .Ses idées politiques l'avaient mis en butte aux persécutions du gouvernement russe. Pour y échapper, il avait quitté Saint-Pétersbourg, où il était exilé, et parcouru la plupart des pays de l'Europe ; il était enfin venu se fixer en France.
I. Ces deux écrivains étaient alors favorables à la religion.
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Vers cette époque, aussi, Montalembert fit un voyage en Bretagne. Le généreux chrétien ne pouvait se résigner à rompre absolument avec celui qu'il avait eu pour maître et qui était son second père. Il répudiait toute solidarité avec lui sous le rapport de la doctrine ; il avait en horreur ses plaintes, ses récriminations contre le Saint-Siège ; mais la charité et la reconnaissance le retenaient encore étroitement attaché à Lamennais; il avait surtout le vif désir de le préserver de l'apostasie, d'assurer son salut éternel.
Quoi qu'il en soit, dans le temps même où le grand publiciste s'obstinait de plus en plus à défendre ses erreurs, Montalembert, qui voulait à tout prix rester fidèle à l'Église, tournait ses vues d'un autre côté et se livrait à des études d'un genre tout nouveau. Une des principales fut celle de l'art chrétien.
« Montalembert, remarque l'abbé Dourlens, s'applique d'une manière toute spéciale à combattre l'envahissement du païen dans la sphère chrétienne, de la matière et de la chair dans le royaume de la pureté et de l'esprit. Laissant à l'art profane toutes les libertés qu'il a conquises ou usurpées, tant qu'il se renferme dans les sujets qui lui sont propres, il ne cesse, dans ses différents écrits, de revendiquer, avec une invincible énergie, l'inviolabilité du domaine surnaturel, du domaine religieux, et cette inviolabilité, il la revendique dans toutes les branches de l'art, aussi bien dans la musique que dans l'architecture et la peinture, € ce livre des ignorants qui ne savent pas en lire d'autres ».
» Pour arriver à la noble fin qu'il veut atteindre, aucun moyen n'est négligé ! Etudiant la vie des artistes chrétiens, il s'applique à les arracher à l'oubli que font peser sur eux les partisans du paganisme ; il étale avec une pieuse complaisance, devant nos yeux, comme un doux reflet de leurs vertus et de leurs mœurs, les chefs-d'œuvre qu'ils nous ont laissés ; il en fait saisir toutes les beautés, en fait admirer toutes les richesses, et, après nous avoir promenés au milieu des trésors des anciens âges, il nous montre le souffle impur du paganisme émané de la Renaissance, desséchant peu à peu dans les âmes la source de toutes les pieuses inspirations, et donnant naissance à cet art sacrilège qui aboutit à la vulgarité, à la niaiserie et à l'inconvenance.
» Il oppose aux antiques cathédrales, ornées de la fraîche et pieuse parure que lui donnaient les peintres des âges de foi, et retentissant des chants graves et solennels des populations simples des anciens jours, l'église moderne avec ses atours mondains et ses cantiques sautillants.
« Arrêtons-nous, dit-il, un instant devant la façade : vous y verrez quelques colonnes serrées les unes contre les autres, comme à Notre-Dame de Lorette, ou bien une série de frontons superposés et flanqués de deux excroissances allongées en pierre, qui ont la forme d'un radis ou d'un sorbet dans son verre,
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comme à Saint-Thomas d'Aquin ; vous saurez que ce sont des trépieds où est censée brûler la flamme de l'encens. Quelquefois une tour s'élève au-dessus de cette monstruosité ; tour dépourvue à la fois de grâce, de majesté et de sens, terminée par une terrasse plate, ou par un toit de serre chaude, ou, comme en Franche-Comté, par un capuchon en forme de verre à patte renversé. Vous vous demandez ce que peut être un édifice qui s'annonce ainsi, si c'est un théâtre, ou un observatoire, ou une halle, ou un bureau d'octroi. On vous explique que c'est un temple. A coup sûr, pensez-vous, c'est le temple de quelque culte qui a remplacé le christianisme. On vous nomme un saint dont le nom fio-ure dans le calendrier chrétien ; et vous finissez par découvrir une croix plantée quelque part avec autant de bonne grâce que le drapeau tricolore sur les tours de Notre-Dame. C'est donc vraiment une église ! Vous entrez. Est-ce bien vrai? Oui, il faut le croire, car voilà un autel, des confessionnaux, une chaire, des crucifix. Mais est-ce bien une église catholique, une église où l'on prêche les mêmes dogmes, où l'on célèbre le même culte que celui qui a régné dans les églises d'il y a trois cents ans ? Ces dogmes n'ont-ils pas été profondément altérés ? ce culte n'a-t-il pas subi quelque révolution violente ? Où est donc cette forme consacrée de la croix, si naturellement indiquée et si universellement adoptée pour le plan de toutes les anciennes églises ? Où a-t-on copié ces fenêtres carrées, rondes, en parallélogramme, en segment de cercle, quelquefois en poire garnie de feuillage, en un mot de toutes les formes possibles, pourvu qu'elles ne tiennent ni du cintre, ni de l'ogive chrétienne ? Est-ce de cette cage suspendue entre deux piliers, ou de ce tonneau à demi creusé dans le mur, que l'on prêche la parole du Dieu vivant dans la même langue que saint Bernard et Bossuet ? Qu'est-ce que cette montagne de rocaille qui grimpe à l'extrémité, qui cache le chœur, s'il y en a un, qui élève, sur des colonnes cannelées, un fronton garni de je ne sais combien de gros enfants dans les postures les plus ridicules, et qui se répète en petit tout le long des bas-côtés ? Serait-ce par hasard l'autel où se célèbrent les plus augustes mystères ?
Mais approchons : examinons ces sculptures, ces tableaux surtout, que l'on y expose à la vénération des fidèles. Quoi ! c'est le Fils de Dieu mourant sur la croix que cette étude d'anatomie où vous ne trouvez pas la trace la plus légère d'une souffrance divine, et dont les bras tendus et dressés verticalement au-dessus de la tête semblent, conformément au symbole janséniste, s'ouvrir à peine afin d'embrasser dans le sacrifice expiatoire le moins d'âmes possible ! Quoi ! cet être tout matériel, tout humain, tout courbé sous le poids des basses conceptions du peintre et entouré de figures ignobles, ce serait là le Fils de Dieu avec les douze pêcheurs qui lui ont conquis le monde ! Quoi ! ce person-