chapitre ^coisfènic
nage qui semble demander un salaire, c'est Jésus-Christ ressuscitant la fille de Jaïre ? Ces jeunes filles prétentieuses, dont le front n'a jamais réfléchi que des vanités frivoles, ce sont là nos vierges martyres, nos Catherine, nos Cécile, nos Agnès, nos Philomène ? Cette femme échevelée, effrontée, c'est la première des saintes, l'amante éplorée du Christ, Madeleine? Cette série de scènes fantasmagoriques, où je reconnais, sous des habits d'emprunt et dans des attitudes de théâtre, les figures que je rencontre chaque jour dans les rues, c'est là l'histoire de notre religion ? Ces Romains en toge, ces gladiateurs, ces modèles complaisants de raccourci, ces déclamateurs barbus, tous taillés sur le même patron, et dont je ne puis deviner les noms qu'avec l'aide du suisse ou du bedeau, ce sont là les saints dont autrefois des attributs distincts et tout empreints d'une poésie sublime rendaient les noms chers et familiers, même aux moindres enfants !
Quoi ! enfin, cette matrone païenne, cette Junon ressuscitée, cette Vénus habillée, cette image trop fidèle d'un impur modèle, ce serait là, pour comble de profanation, la très sainte Vierge, la mère du divin amour et de la céleste pureté, l'emblème adorable qui suffit à lui seul pour creuser un abîme infranchissable entre le christianisme et toutes les religions du monde, l'idéal qui évoque sans cesse l'artiste vraiment chrétien à une hauteur où nul autre ne saurait le suivre ? Quoi ! vraiment, c'est là Marie ! Mais dites-moi, je vous en supplie, quels sont donc les profanes qui ont envahi tous nos sanctuaires, et qui, consommant le sacrilège sous la forme de la dérision et du ridicule, pour mieux flétrir la vieille religion de la France, ont intronisé la matière, le grotesque et l'impur sur les autels de l'Esprit-Saint, des martyrs et de la sainte Vierge ? »
Le violent réquisitoire, qu'il intitule le Vandalisme dans l'art en France, stigmatise ces abus criants qui s'étaient trop multipliés au XIX« siècle. Il n'est pas moins impitoyable à l'égard des propriétaires intéressés et cupides qui n'ont pas honte de démolir des monuments dignes à tous égards d'être conservés. Le vengeur de l'art chrétien ne craint pas de citer des noms, et il ne garde aucun ménagement envers ceux qui ont mérité ces reproches. C'est ainsi qu'à la suite d'une visite à l'abbaye de Cadouin, ruinée par la Révolution, mais conservant encore des merveilles de sculpture parmi ses débris, il flagelle les propriétaires qui n'ont pas eu honte de refuser de la céder aux trappistes et qui préfèrent la démolir :
«Au moment où je m'y suis trouvé, une tour hexagone très ornée était sous le marteau. La pioche de l'ouvrier a atteint sous mes yeux une charmante sculpture qui formait, à ce que je pense, le chapiteau de la retombée d'une voûte... Ils ont rempli la moitié du cloître de bûches, de fagots et
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de poutres, qu'ils ont entassés le plus haut possible contre ces délicieuses sculptures ; et chaque jour, en les déplaçant, on abat quelque tête, quelque figurine, on enlève quelque pendentif, on défonce quelque colonnette des croisées. Dans l'autre moitié, ils ont parqué des pourceaux ; oui, des pourceaux! C'est la litière d'une truie qui occupe la place du trône de l'abbé, au-dessous du basrelief de Jésus portant sa croix ; ces représentants des propriétaires broutent le jour dans l'enceinte intérieure que bordent les arceaux du cloître, et la nuit ils se vautrent sous les trésors de beauté dont je viens de vous parler.
2> J'ai senti le rouge me monter au front en contemplant ce spectacle. Il n'y a qu'en France, pensais-je tristement, où je rougirais ainsi ; il n'y a qu'en France où un voyageur soit exposé à rencontrer une dévastation aussi sacrilège, un mépris aussi effronté de l'art, de la religion, de l'histoire, de la gloire du pays. »
En même temps qu'il se dévouait sans compter à une si belle cause, Montalembert continuait de soutenir de sa plume et de sa bourse les héros de l'insurrection polonaise. Ces glorieux vaincus avaient émigré en assez grand nombre et s'étaient réfugiés à Paris. Tous deviennent les amis du comte ; son salon leur est toujours ouvert. On remarque principalement parmi eux, nous l'avons dit, le poète Adam Mickievicz, auteur du Livre des pèlerins. Montalembert traduit cet ouvrage, rempli de beautés de premier ordre, mais qui contient aussi des doctrines plus ou moins erronées sur les droits respectifs des~souverains et des peuples. La traduction française eut un grand retentissement, mais pour ce motif même elle éveilla l'attention de l'autorité religieuse qui fut effrayée des hardiesses contenues dans la Préface : le pape Grégoire XVI ne crut pouvoir se dispenser de condamner l'œuvre de Montalembert.
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GOPENHAtJUE. {P. 39.)
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