‹ MontalembertChapitre 3 sur 71 · LOUIS XVIII. (P · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII. (P

laissent à peine apercevoir un mot de ce que je vous écris ; car ce sont des larmes qui s'échappent d'un cœur débordant, et, puisque l'objet de notre mutuelle tendresse dort maintenant profondément, qu'ai-je besoin de me contraindre ?... ï> Ajoutons qu'il insistait tout particulièrement pour que son gendre prit un moyen efficace de préserver Charles de la contagion de l'impiété pendant ses études. « le vous en prie, unissons l'un et l'autre nos efforts pour que le cher enfant ne soit pas victime de cette philosophie athée qui domine en France ! ^>

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Du reste, en homme qui avait véritablement à cœur les intérêts de son petit-fils et qui savait y sacrifier son propre bonheur, M. Forbes ne chercha pas à retenir cet enfant si tendrement aimé, devenu même pour ainsi dire la condition de son existence personnelle. « Charles, lui dit-il, je ne vous demande pas de solliciter une prolongation de séjour ; votre père a raison, le moment est venu de retourner dans votre patrie. » L'enfant garda quelque temps le silence ; il lui en coûtait à lui-même de se séparer de son grand-père ; mais la pensée du dtîvoir domina ses sentiments. 11 se borna à demander des livres à M. Forbes, un peu d'argent pour n'être à charge à personne et il promit de suivre toujours les conseils de son vénérable instituteur.

Ce fut d'ailleurs avec lui qu'il partit pour Stuttgard, en juillet 1S19 ; mais quelle terrible épreuve l'attendait au cours de ce voyage ! On était arrivé à Aix-la-Chapelle dans la soirée ; tout à coup, M. Forbes se trouve mal ; son état empire de moment en moment et bientôt il rend le dernier soupir entre les bras de son petit-fils, que cette catastrophe plonge dans le désespoir.

A partir de ce jour, un voile de tristesse assombrit l'âme de Charles, ordinairement si rayonnante de bonheur. Le souvenir de cette mort affreuse ne le quittait pas ; la présence de ses parents les plus proches pouvait à peine l'en distraire. Mais une vie toute nouvelle allait commencer pour lui et apporter forcément une diversion à ses idées ; à la fin de iS 19, le comte de Montalembert fit entrer son fils au lycée Bourbon.

Le lycée!... Chacun sait dans quels termes émus le grand orateur devait retracer plus tard les souffrances qu'une âme honnête et chrétienne y endure... Même au physique, il se ressentit promptement de ce séjour à l'internat parisien, qu'il comparait à une prison « murée entre deux rues, dominée de toutes parts par les toits et les tuyaux de cheminée, avec deux rangées d'arbres étiolés au milieu de la cour... » Aussi ne put-il y rester longtemps ; on fut obligé de le rappeler au sein de la famille l'année d'après.

Dieu avait ménagé à son jeune serviteur des grâces de choix pour l'heure de sa sortie du lycée, et c'était un humble prêtre, l'abbé Busson, qui devait servir d'instrument à la Providence pour communiquer au futur défenseur de l'Eglise cet amour sans bornes pour la religion catholique, appelé à devenir la grande passion de sa vie.

« L'abbé Busson, écrit son vénéré compatriote, Mgr Besson('), avait gagné

I. M. de MojitaUmbert en Franche-Comli', par M. l'abbé Besson. In- 12. Lanquetin-Turbergue, à Besançon. — Nous ferons (avec l'autorisation de l'éditeur), de notables emprunts à cet ouvrage, qui est aussi intéressant que bien écrit. On y trouve sur Montalcmbert des détails intimes qu'on ne rencontre nulle part ailleurs.

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