‹ MontalembertChapitre 30 sur 71 · chapitre (i^uatrièmc · texte numérisé non relu

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« Puisque vous prévoyez que cela vous dépopularisera vis-à-vis de la masse politique de la France, vous commettez véritablement et sciemment une faute et un péché; le défenseur de la religion ne doit pas se mettre dans la position de se discréditer, mais ses travaux doivent aboutir à le populariser. Réfléchissez si, en travaillant pour le plus cher objet de votre vie, qui est, comme vous m'avez dit, l'Église catholique, vous devez vous mettre dans une position qui gâte ? Est-ce servir le catholicisme ? N'est-ce pas lui donner par son zélé défenseur le coup de grâce ? »

Le général ne donne pas une réponse décisive aux questions de son ami, mais après avoir rappelé les principes généraux, il lui dit de consulter les amis de Paris. Montalembert exécute la promesse faite au général et se retire dans l'abbaye des Bénédictins de Solesmes, où il passe dix semaines. Il écrit que, par suite de continuelles conversations avec Dom Guéranger, il va devenir d'une force étonnante en théologie, mais le général continue à le diriger. Il pleure de joie, apprenant ses triomphes oratoires.

Par ces citations déjà bien longues nous avons suffisamment mis en lumière le caractère tout spécial de cette amitié de Montalembert. Il est incontestable que Skrzynecki exerça sur lui une grande influence et contribua dans une large mesure à lui faire embrasser définitivement la carrière politique pour le plus grand bien de la religion.

Nous revenons au voyage de Montalembert, dont le court séjour à Prague avait été une des étapes les plus intéressantes. En quittant Skrzynecki vers la fin d'octobre 1833, le jeune comte parcourut la Prusse, visita Berlin, et tout spécialement sa fameuse Galerie qui l'émerveilla, puis se résolut à entreprendre une excursion dans la Westphalie. Munster, Francfort, Paderborn lui offrirent divers genres d'attraction; mais c'est à Marbourg que la Providence l'attendait.

Lui-même a raconté avec beaucoup de charme aux premières pages de son admirable Vie de sainte Elisabeth les circonstances de ce voyage à Marbourg et des nombreuses excursions qui le suivirent.

« Le 19 novembre 1833, un voyageur arriva à Marbourg, ville de la Hesse électorale, située sur les bords charmants de la Lahn : il s'y arrêta pour étudier l'église gothique qu'elle renferme, célèbre à la fois par sa pure et parfaite beauté, et parce qu'elle fut la première de l'Allemagne où l'ogive triompha du plein cintre dans la grande rénovation de l'art au treizième siècle. Cette basilique porte le nom de sainte Elisabeth, et il se trouva que ce jour-là était le jour même de sa fête. Dans l'église, aujourd'hui luthérienne, comme toute cette contrée, on ne voyait aucune marque de solennité ; seulement, en l'honneur de

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ce jour, et contre l'habitude protestante, elle était ouverte, et de petits enfants y jouaient en sautant sur des tombes. L'étranger parcourut ses vastes nefs désertes et dévastées, mais encore jeunes d'élégance et de légèreté. Il vit adossée à un pilier la statue d'une jeune femme en habits de veuve, au visage doux et résicrné, tenant d'une main le modèle d'une église, et de l'autre faisant aumône à un malheureux estropié. Plus loin, sur des autels nus, et dont nulle main sacerdotale ne vient jamais essuyer la poussière, il examina curieusement d'anciennes peintures sur bois à demi effacées, des sculptures en relief mutilées, mais, les unes comme les autres, profondément empreintes du charme naïf et tendre de l'art chrétien. Il y distingua une jeune femme effrayée, qui faisait voir à un guerrier couronné son manteau rempli de roses ; plus loin, ce même CTuerrier, découvrant avec violence son lit, où la Sainte avait déposé un lépreux, elle y trouvait le Christ couché sur la croix ; plus loin encore tous deux s'arrachaient avec une grande douleur des bras l'un de l'autre ; puis on voyait la jeune femme, plus belle que dans tous les autres sujets, étendue sur son lit de mort, au milieu de prêtres et de religieuses qui pleuraient : en dernier lieu, des évêques déterraient un cercueil, sur lequel un empereur déposait sa couronne. On dit au voyageur que c'étaient là des traits de la vie de sainte Elisabeth, souveraine de ce pays, morte, il y avait six siècles à pareil jour, dans cette même ville de Marbourg, et enterrée dans cette même église. Au fond d'une obscure sacristie, on lui montra la châsse d'argent couverte de sculptures qui avait renfermé les reliques de la Bienheureuse jusqu'au moment où l'un de ses descendants, devenu protestant, les en avait arrachées et jetées au vent. Sous le baldaquin en pierre qui couvrait autrefois cette châsse, il vit que chaque marche était profondément creusée ; et on lui dit que c'était là la trace des pèlerins innombrables qui étaient venus s'y agenouiller autrefois, mais qui depuis trois siècles n'y venaient plus. Il sut qu'il y avait bien dans cette ville quelques fidèles et un prêtre catholique, mais ni messe ni souvenir quelconque pour la Sainte dont c'était ce jour-là même l'anniversaire. La foi, qui avait laissé son empreinte profonde sur la froide pierre n'en avait laissé aucune dans les cœurs. L'étranger baisa cette pierre creusée par les générations fidèles, et reprit sa course solitaire ; mais un doux et triste souvenir de cette Sainte délaissée, dont il était venu, pèlerin involontaire, célébrer la fête oubliée, ne le quitta plus. Il entreprit d'étudier sa vie ; il fouilla tour à tour dans ces riches dépôts d'antique science que la docte Allemagne offre en grand nombre. Séduit et charmé chaque jour davantage par ce qu'il apprenait sur elle, cette pensée devint peu à peu l'étoile directrice de sa marche. Après avoir épuisé les livres et les chroniques, et consulté les manuscrits les plus négligés, il voulut, comme l'avait fait le premier

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des anciens historiens de la Sainte, interroger les lieux et les traditions populaires. Il alla donc de ville en ville, de château en château, d'église en église, chercher partout les traces de celle qui a été de tout temps nommée dans l'Allemagne catholique la chère sainte Elisabeth. Il essaya en vain de visiter son tombeau à Presbourg, dans la lointaine Hongrie ; mais du moins il put séjourner dans ce célèbre château de'Wartbourg, où elle vint tout enfant, où elle vécut jeune

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