‹ MontalembertChapitre 34 sur 71 · chapitre (Quatrième · texte numérisé non relu

chapitre (Quatrième

a renié Dieu et qui a été réprouvée par lui. Il n'y en a pas d'autres; tous les milieux ont disparu, et cela grâce à vous en grande partie. Il faut être tout ou rien. Aussi voyez la formidable unanimité des chrétiens sous la bannière de l'Église, quelque faibles et enchaînées que soient les mains qui la portent aujourd'hui... }e vous le dis en vérité, entre l'Église et vous, pas un n'hésitera, et ceux qui vous garderont au fond du cœur un inviolable attachement n'oseront vous le témoigner au dehors, de peur d'être considérés comme des déserteurs...

» Ne vous inquiétez pas du jugement des hommes, pensez seulement à celui de Dieu et des chrétiens. Ne songez pas davantage aux obstacles matériels ; il y aura toujours assez d'argent dans ma bourse pour nous deux. Je mets ma vie entière à votre disposition ; et, en agissant ainsi, je n'ai pas même la consolation de vous faire un sacrifice, puisque cette vie n'est plus rien, qu'elle est brisée, anéantie, que je n'ai aucun lien, aucune affection à laquelle je doive renoncer pour m'unir à vous. M'unir à vous est mon premier devoir, mon premier besoin. Isolons-nous du présent, sortons des orages ; vivons pour Dieu, pour l'avenir et l'un pour l'autre... « Appuyons nos deux pauvres âmes l'une » sur l'autre, afin qu'elles s'aident à s'élever au-dessus de la terre vers Celui en » qui seul elles posséderont la paix. » Ces délicieuses paroles, vous me les écriviez le 1 1 novembre 1833. Oh! puissent-elles être prophétiques! Je vous les répète aujourd'hui du fond de mon cœur, qui s'élance vers vous avec le plus tendre amour et en versant des larmes de douleur et d'attachement à la fois. Je vous supplie à genoux de m'écouter; je vous le demande au nom de ce qu'il y a de plus sacré dans ce monde et dans l'autre. Ne désespérez pas ceux qui vous aiment en Dieu et pour Dieu ; n'écoutez pas la voix perfide des hommes qui ne voient rien au delà de la gloire et des intérêts de ce monde ; plongez votre regard dans la gloire'du Ciel et dans le cœur de vos amis ; vous y lirez le même précepte, la même prière : Htanilité, obéissance, résignation.

» Encore une fois faites votre .sacrifice, subissez votre martyre, immolezvous vous-même, et puis venez verser votre cœur mortellement blessé dans le mien, qui l'est aussi de toute manière ; ou, dites-moi de venir vous rejoindre, où vous voudrez, quand vous voudrez... Je ne sais que faire de ma vie : il me serait très doux de vous la consacrer.

» Adieu! écrivez-moi sur-le-champ. J'attends votre réponse comme le criminel attend sa sentence ou sa grâce. »

Montalembert ne put rien obtenir. D'autre part il était vivement pressé, sollicité par Lacordaire et par M™« Swetchine d'envoyer au Pape sa propre soumission aux deux Encycliques, afin que le monde catholique eût une preuve palpable de ses sentiments intimes et de son absolue renonciation au.x erreurs

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de Lamennais. Il n'hésita plus, et le 8 décembre 1834, il adressa cet acte au Saint-Siège. Ce fut le sujet d'une grande consolation pour ses amis et pour tous les fidèles, mais tout spécialement pour le Souverain Pontife.

Par contre, il fallait s'y attendre, une déclaration de ce genre causa une douleur mêlée de désespoir au malheureux apostat, qui voulait compter encore qu'il finirait par entraîner à sa suite le dernier disciple avec lequel il entretenait une fréquente correspondance et dont l'affection n'avait subi aucune éclipse. Un tel acte ne condamnait-il pas hautement son opiniâtre résistance personnelle ? Il le comprit et adressa des reproches à Montalembert.

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LACORDAIRK. (P. 155.)

€ Je veux vous remercier d'abord et du fond de mon cœur, répondit celui-ci, de tout ce que votre lettre renferme de tendre et de paternel. J'y ai retrouvé cette âme débordante d'affection que je vous ai toujours connue. Je vous sais gré aussi de la franchise avec laquelle vous me parlez de mon acte d'adhésion... Mais je crois que l'avenir vous montrera à vous-même de quel côté il y a eu le plus de fascination. Ce qui m'étonne, c'est que vous voyiez en moi de la mobilité. En vérité, je n'ai jamais été, je n'ai jamais voulu être autre chose que catholique et le plus catholique possible. Tel vous m'avez connu en 1830 et tel je suis encore. Vous m'aviez offert le moyen de concilier avec cette volonté et

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cette base fondamentale d'autres affections et d'autres convictions qui étaient très puissantes, quoiqu'à un moindre degré, dans mon âme ; c'est pour cela que, bien avant de connaître l'inépuisable richesse de votre cœur, je me suis attaché si passionnément à vos doctrines et à votre personne. Depuis lors vous en êtes arrivé à reconnaître et à proclamer tout le contraire, savoir que le catholicisme actuel était inconciliable et le deviendrait de plus en plus avec les idées de progrès et de liberté. J'ai essayé aussi longtemps que possible de me cacher à moi-même que vos actes et vos paroles aboutissaient à cette conclusion : mais du jour où il ne m'a pas été possible de me faire illusion à cet égard, j'ai dû manifester hautement, tant pour le repos de ma conscience que pour assurer ma position aux yeux de mes frères dans la foi, que j'étais Catholique avant tout.

» Et, je l'avoue, cet acte m'a remis ou du moins confirmé dans la tranquillité d'esprit et de cœur que vous me souhaitez. Notre position réciproque me paraît bien claire. Je vous suis resté fidèle et vous savez, j'ose le dire, avec quel zèle et quel amour, jusqu'aux frontières du catholicisme ; mais en dehors de ces trontières-là, non, car une loi plus haute que toute affection ou toute conviction humaine a dû m'y arrêter. Je suivrai maintenant de loin vos progrès dans une route pleine de dangers, avec tout le tendre intérêt d'un cœur de fils, croyant toujours d'une foi invincible à l'entière pureté de votre conscience, à l'admirable désintéressement de vos intentions. Tout ce que vous ferez ou direz de répréhensible aux yeux des catholiques, ne m'inspirera jamais qu'une vive douleur mêlée à une grande confiance dans les intentions de Dieu...

» Adieu donc, mon bien-aimé Père, je vous serre contre mon cœur et prie sans cesse pour vous. »

Dès lors leurs relations furent rompues. Lamennais cessa d'écrire : JNIontalembert reconnut l'inutilité de ses supplications. Il se borna à prier pour le pauvre rebelle et à lui faire parvenir discrètement quelques secours que son dénûment rendait bien nécessaires.

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