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vaincre que Grégoire XVI avait pour les vaillants catholiques de la Pologne une vive affection.
'< La première audience, raconte Montalembert lui-même, eut lieu le 28 décembre 1836. Je me rends au Vatican. A peine arrivé, on me fait entrer chez le Saint- Père. Je baise ses pieds sacrés ; il me relève, me prend la main, et la tient un certain temps serrée contre son cœur avec une bonté si paternelle et si touchante que j'en suis ému aux larmes. 11 me parle avec la plus grande affection, m'appelle toujours caro, carissimo conte di Montalembert. Il me félicite de mon attachement au Saint-Siège, dit du ton le plus paternel qu'il était bien naturel qu'un jeune homme plein d'ardeur (et il ajoute : de talent) fût entraîné par l'abbé de Lamennais, mais il compte sur moi comme sur son fils dévoué et fidèle. Je suis si touché, si pénétré de respect et de reconnaissance, que j'ose à peine lui parler. Il se félicite des preuves d'un détachement complet de M. de Lamennais données par Lacordaire, Combalot, et moi. 11 fait un très grand éloge de la France, du roi, des Français en général. Enfin, après la conversation la plus familière et la plus affectueuse, il me congédie en me disant : Aji revoir ! »
Madame de Montalembert se trouvait à la seconde audience, que son mari raconte en ces termes : « Nous sommes reçus par le Pape à la bibliothèque du Vatican. Le Saint-Père nous traite avec la plus grande cordialité, nous fait asseoir, nous engage à nous approcher de lui, et commence aussitôt la conversation la plus animée. Il nous fait un récit détaillé et plein de vivacité de toute l'affaire de M. de Lamennais, telle qu'il l'a lui-même envisagée et traitée. Il fait valoir, à bon droit assurément, l'extrême modération qu'il a déployée. Rassure qu'il a fait examiner avec le plus grand soin le mémoire que nous lui avons soumis (et d'autres pièces), par une congrégation de cardinaux et de théologiens à qui il avait imposé le secret pontifical, de sorte qu'on n'en a rien su. Il s'exprime en termes sévères sur les trames contre son autorité et sa considération de la part de M. de Lamennais, trames qu'il connaissait fort bien, dit-il. Il tait un bel éloge de Lacordaire, et il me répète ses aimables et paternelles paroles de la première audience. — Je lui fais valoir le bon effet produit sur l'opinion, par toute cette affaire de Lamennais, en faveur de l'autorité de Rome, comme aussi la publication des encycliques en France, malgré la circulaire du garde des sceaux Persil et le Code pénal. Il me dit en riant : « Moi aussi, j'aurai recours à la liberté de la presse. »
» La conversation se porte ensuite sur la Belgique. Il dit qu'étant préfet de la Propagande, consulté par les évêques belges sur la question du pétitionnement, il leur avait répondu de rester tranquilles. Il se félicite, au reste, beau-
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coup de l'état présent de ce pays, de la liberté dont y jouit l'Église, de l'Université catholique, etc.; mais il ajoute : « Il faut distinguer entre le bien et le « moyen de l'opérer.» D'où je conclus qu'il est loin d'approuver entièrement la révolution belge. Enfin, après trois quarts d'heure de conversation, il nous congédie, et nous nous retirons on ne peut plus touchés de sa bonté. »
Voici les détails de la troisième audience toujours tels que les a donnés Montalembert lui-même.
« Le 12 février, nous avons eu. Madame de Montalembert et moi, notre audience de congé du Pape. Je commence par lui offrir le numéro de. i! Université catholique où se trouve l'admirable réfutation des Affaires de Rome par l'abbéGerbet. je profite de l'occasion pour amener la conversation sur l'écrit analogue de l'abbé Lacordaire que l'archevêque de Paris empêche de paraître. Le Pape énumère quelques-unes des mauvaises raisons de M. de Ouélen, comme pour l'excuser. Je n'hésite pas à lui dire: « Très-Saint- Père, il y a d'autres rai- » sons, ce sont les antipathies politiques du prélat. » Le Pape me répond avec une sincérité entière : « Je déplore extrêmement l'intervention de l'archevêque dans la politique. Ce n'est pas ma faute si l'archevêque se conduit ainsi. Le roi sait, l'ambassadeur sait, et vous saurez que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour le rapprocher du gouvernement. L'Eglise est amie de tous les gouvernements, quelle qu'en soit la forme, pourvu qu'ils n'oppriment pas sa liberté. » Il me raconte ensuite en détail toute l'histoire de sa résistance pontificale à la nomination de l'abbé Guillon au siège de Beauvais. Louis- Philippe déclara par son ambassadeur qu'il ne voulait pas contraindre la conscience du Pape. « Peu de princes, ajouta le Saint- Père, en auraient agi ainsi. >)
» Au moment où il nous congédie, je saisis mon courage à deux mains et je hasarde quelques mots sur les réfugiés polonais (fidèles ou revenus à la foi) qui m'ont chargé de mettre à ses pieds l'hommage de leur amour, de leur obéissance et du regret qu'ils éprouvent d'avoir été blâmés par le Saint- Père. A ce mot, il m'interrompt, et, me prenant les mains avec cette tendresse familière qui lui est naturelle, il me dit : « Mais je ne les ai pas blâmés, mon cher comte. » Puis il se met à me raconter en détail tout ce qu'il a fait à l'égard de la Pologne, et notamment ses conversations, pendant la guerre, avec l'envoyé polonais, à qui il recommandait d'éviter une liberté Itbéralesque. Le bref par lui adressé à cette époque aux évêques de Pologne est tout à fait semblable à celui qu'il écrivit aux évêques d'Espagne, au commencement des troubles de ce pays, pour leur recommander de s'abstenir autant que possible de toute participation à la politique, et de pacifier leurs troupeaux. Le Pape termine par ces paroles : « Quant aux Polonais, je les porte tous dans mon cœur de
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père, et je leur donne en votre personne ma bénédiction paternelle, v II fit deux ou trois fois sur ma tête le signe de la croix ('). »
Dans la suite, Madame de Montalembert accompagna quelquefois son mari dans ses excursions pieuses et romantiques à travers la Franché-Comté ; mais quand les devoirs de la maternité la retenaient à Villersexel, elle s'associait à tous les sentiments et à toutes les émotions du voyage, en lisant les longues pages que le pieux pèlerin des montagnes composait chaque soir pour elle. Nous citerons quelques fragments de cette correspondance, dont la simplicité attendrit.
« Quoique ce soit le lendemain de mon départ, j'ai déjà éprouvé le regret de t'avoir quittée, même pour voir le beau pays où nous sommes et où nous allons entrer, et ce soir, à l'église de Pontarlier, j'ai fait une bien fervente prière pour celle qui donne à ma vie tout son bonheur et tout son charme
» Je n'écris pas de journal. C'est la première fois que cela m'arrive. Garde
donc pour moi ce gribouillage Nous sommes allés hier, lundi, déjeuner à
Cuse, chez les Tanchard, où nous sommes restés deux heures et demie. Ton père oubliait son voyage et tout le reste, pour le bonheur de causer avec ses voisins. A dix heures et demie, nous nous sommes remis en route par une chaleur épouvantable, exposés en plein soleil, dans ce pays aride et nu, sans un arbre, qui sépare Cuse de Baume. Mais nous avons été bien dédommagés en arrivant à Baume, par l'admirable beauté des bords du Doubs, que je ne me figurais nullement aussi beaux; j'y ai retrouvé avec émotion mes souvenirs de 1829. C'est le dernier gîte que j'ai occupé avec ma pauvre sœur, avant d'arriver à Besançon. A Baume, ton père nous a encore joué un tour de sa façon : il nous a conduits à une auberge de rouliers, où il y avait une e.xcellente écurie pour ses chers chevaux, mais pas de gîte pour les hommes! A peine ses chevaux installés dans l'écurie, il s'est en allé, sans nous en prévenir, avec Werner, goûter chez MM. Girardin, beaux-frères du vieux M. Tanchard, de sorte que le pauvre Xavier et moi, après avoir bu dans le susdit bouchon du vin plus aigre que du vinagre et de l'eau grasse comme de l'huile, nous n'avons eu d'autre parti à prendre que de nous coucher sur le haut d'une charrette de foin, dans l'étroit intervalle entre le foin et le plafond de la remise. Là, nous avons étouffé et fermenté pendant deux heures, jusqu'à ce que ton père et Werner fussent revenus, bien frais et bien repus. Après avoir subi les complaintes de Werner, toujours désolé de ce qu'on le fait trop boire et manger, nous sommes repartis et nous avons remonté le délicieux vallon de Cusancin jusqu'à Pont-