‹ MontalembertChapitre 39 sur 71 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Ira rctjolution De 1848. — Courageuse attituDe De ffîontalembert. — Jie Défenseur Des Droits Du Saint=Siège. — Influence prépon» Dérante De ffiontalemûert à cette époque. — Jxa loi De 1850. — Tragiques édénements. — Jit coup D'Gtat.

;E discours sur le Sonderbund retentissait encore dans toute l'Europe quand il fut justifié par l'événement. La révolution de Février montra que Montalembert avait vu juste, mais les passions débordées de la démagogie un moment triomphante ne pouvaient le lui pardonner. Louis Blanc envahit le Luxembourg avec ce qu'il appelait les élus du travail, et, montant à la tribune d'oii l'orateur catholique descendait à peine, il demanda où était le tribun de l'aristocratie qui avait la veille soulevé les Pairs de France dans un indicible transport, et réveillé des passions que l'on croyait endormies et glacées. Où était Montalembert? A Paris ! Et de là, s'adressant aux électeurs de plusieurs départements qui lui avaient offert leurs suffrages, il leur faisait sa profession de foi électorale.

Il était de mode alors de se proclamer républicain de la veille. Plusieurs, ne pouvant faire mieux, rappelaient qu'ils étaient nés sous la première république. Presque tous, et ils étaient sincères, promettaient d'être pour le lendemain des républicains à tout prix. Montalembert ne désavoua rien et promit encore moins. Il disait avec cette noble fierté qui lui a été reprochée quelquefois: «Je ne sollicite ni ne désire l'honneur de siéger à l'Assemblée nationale. Je ne serai pas plus le courtisan du lendemain que celui de la veille. J'ai vécu pendant dix-huit ans sous la monarchie en disant ce que je croyais être la vérité sur tout et à tous. Je compte faire de même sous la république. Si cette république, en améliorant le sort des travailleurs, garantit, comme celle des États-Unis, à la religion, à la propriété et à la famille, le bienfait suprême de la liberté, elle n'aura pas de partisan

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plus sincère, pas de fils plus dévoué que moi. Si, au contraire, elle suit la trace de sa devancière, si elle procède par voie d'exclusion, de suspicion, de persécution ; si elle ne recule pas devant la confiscation et devant la violence, elle pourra bien m'a voir pour adversaire ou pour victime, mais elle ne m'aura jamais pour instrument ou pour complice. )> Cette profession de foi, elle n'a pas vieilli. Écrite pour la Constituante de 1848, elle mérite d'être celle de tous les honnêtes gens qui briguent l'honneur de représenter la France au XX^ siècle.

La candidature de Montalembert fut servie dans le Doubs avec une noble ardeur et combattue avec un acharnement inouï. L'entreprise était hardie, téméraire, presque impossible, vu les préjugés et les passions du temps. Le candidat avait contre lui non seulement les révolutionnaires parce qu'il était conservateur, les impies parce qu'il était catholique, mais les honnêtes gens timides ou politiques, ceux-là avec toutes leurs épouvantes, ceux-ci avec toutes leurs vues étroites et bornées. Son nom était aux yeux des uns le symbole de la réaction la plus violente, aux yeux des autres une vive et sanglante insulte à la Suisse radicale, qu'il venait de flétrir. Les plus prudents disaient : « Le temps de Montalembert n'est pas venu, on le nommera l'année prochaine. )> Beaucoup souhaitaient qu'il fût nommé en Bretagne ou en Vendée ; mais ils le jugeaient trop catholique ou trop légitimiste pour le Doubs. On l'accusait communément d'être légitimiste, quoiqu'il eût passé dix-huit ans à s'en défendre ; d'avoir été pair de France, et il s'en faisait gloire ; de soutenir les jésuites, et il se promettait de les soutenir encore. Il écrivait nettement : <,( Je n'ai rien à désavouer de mon passé, j'ai même la prétention de n'avoir rien à y changer. »

Heureusement, tant de droiture et de hardiesse ne déplut pas à tout le monde ; le bon sens, l'esprit, la foi, se mirent en campagne en faveur de Montalembert et soutinrent résolument leur candidat. Le premier mérite en revient à \ Union franc-comtoise, qui arbora le drapeau de cette candidature impopulaire et qui entreprit pour la défendre une propagande pleine d'ardeur et de talent. Les légitimistes qui avaient fondé ce journal, oubliant ce qui les séparait de l'illustre orateur, ne virent en lui que l'éloquent défenseur de la religion et des libertés constitutionnelles du pays. La magistrature se mit de la partie : une assemblée de gens de loi tenue au palais de justice sous la présidence de M. Bourgon, et composée de plus de trois cents personnes, accepta le nom de Montalembert et se promit de le servir. Le clergé fut unanime : on vit le 24 avril, qui était le jour de Pâques, les curés sortir de leur paroisse de grand matin, avec leur maire, en tête des électeurs, et apporter au chef-lieu de canton, sans se soucier des clameurs de la démagogie ni de la mauvaise propagande des cabarets, les bulletins que leur influence avait conquis. Les repré-

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sentants les plus élevés de l'industrie, du commerce et de la finance, prirent part à la croisade ; les votes de l'armée, recueillis dans tous les régiments où le département comptait des soldats, fournirent leur appoint ; enfin, grâce à tant d'efforts, le nom de Montalembert sortit de l'urne électorale. C'était le triomphe de toutes les grandes causes.

Son début devant son nouvel auditoire, si différent de celui de la Chambre des Pairs, date du 22 juin. 11 combattit avec une puissante logique la reprise de possession des chemins de fer par l'État que proposait M. Duclerc, ministre des finances. Le i^'' juillet, M. Goudchaux, qui avait remplacé M. Duclerc, retira le projet de loi. Entre le discours de Montalembert et le retrait de la loi, il s'était passé une révolution. Les journées de juin avaient rendu quasiprophétiques ces paroles par lesquelles l'orateur avait conclu : « Le plus grand trait de génie de la révolution de 1789 a été de s'identifier dans le cœur du paysan français avec le sentiment de la propriété. Eh bien ! prenez garde, représentants du peuple, et vous, membres du pouvoir exécutif et du gouvernement, prenez garde que par vos fautes et par le système où l'on vous engage, j'aime à le croire, malgré vous, la révolution de 1848 ne s'identifie dans l'esprit du peuple français avec la ruine ou du moins l'ébranlemenr de la propriété. »

Ce bon sens pratique et populaire que Montalembert faisait parler avec tant d'éloquence, éclatait jusque dans les bureaux de l'Assemblée. Le chapitre II du projet de la constitution sur le pouvoir législatif ayant été mis en discussion le 5 juillet, il le combattit avec ce pressentiment de l'avenir qui lui était si familier. Ce projet proposait une assemblée unique. « Ma conscience m'oblige à déclarer que pour moi, dans cet article, se trouve non seulement toute la constitution, mais encore tout l'avenir de la république. En effet, voulez-vous que la république disparaisse au premier jour dans une tempête, en ne laissant qu'un souvenir de confusion et de ruine, condamnez-la à n'avoir qu'une Chambre. Voulez-vous, au contraire, que la république dure, qu'elle devienne la forme définitive de la société française, qu'elle s'identifie avec l'ordre et la prospérité du pays, alors donnez-lui deux Chambres, c'est-à-dire imposez un frein au pouvoir politique qui tendrait à devenir illimité et à abuser de sa force. 2>

La liberté d'enseignement devait-elle ou non être inscrite dans la constitution nouvelle ? M. de Vaulabelle, alors ministre de l'instruction publique, et Jules Simon, se chargèrent de la défense de l'Université; Mgr Parisis, Mgr Fayet, M. de Falloux, parlèrent en faveur de la liberté réclamée depuis dix-huit ans. On attendait Montalembert sur le terrain où il avait rompu tant de lances. Il

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remplit presque deux séances par ses discours, « demandant à la république d'entrer hardiment et franchement dans la voie de la liberté intellectuelle et morale, de sortir de la vieille ornière de la monarchie, oij la monarchie avait versé, lui prédisant qu'elle ne ferait pas plus de républicains par l'enseignement public que les trois monarchies n'ont fait de royalistes. » S'il ne put faire triompher encore cette cause qui lui tenait tant à cœur, du moins força-t-il les esprits loyaux à reconnaître que le bon droit était de son côté.

Lorsque, le 4 novembre 1848, fut votée la constitution républicaine, Montalembert, avec 30 seulement de ses collègues, se prononça contre l'ensemble du projet. « Peut-être me suis-je trompé, disait-il plus tard, puisque la plupart des hommes éminents dont j'avais partagé l'avis ont voté pour l'ensemble de la constitution. Mais ma conscience ne m'a pas permis de suivre leur exemple. J'aurais cru manquer à la confiance de mes commettants, qui m'ont chargé de leur donner, non pas une constitution quelconque, mais la meilleure possible. »

La constitution était à peine votée, que les événements d'Italie forcèrent les représentants à jeter les yeux au dehors et à se préoccuper de la situation faite à la papauté. Le premier ministre de Pie IX, le comte Rossi, avait été assassiné, le pape assiégé dans son palais et forcé de prendre la fuite, Rome livrée sans défense à une bande d'étrangers et de pillards. A la première nouvelle de ces douloureux événements, le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, fit embarquer 3,500 hommes pour Civita-Vecchia, et chargea M. de Corcelles, représentant du peuple, d'une mission diplomatique à Rome. Quel était le caractère de cette expédition ? Montalembert se chargea de l'expliquer dans la séance du 30 novembre contre M. Ledru-Rollin, qui n'y voyait qu'une manœuvre électorale en vue de l'élection de Cavaignac à la présidence, et même contre M. Bixio, qui n'y voyait qu'une question italienne. « J'en fais une question, dit-il, qui n'est ni italienne, ni française, ni même européenne, mais qui est, je ne peux pas me servir d'une autre expression, une question catholique, c'est-à-dire la question la plus vaste et la plus haute qu'il soit possible de poser. » Puis, avec un courage, une franchise, une éloquence sans pareilles, il traita le sujet de main de maître, écrasant Ledru-RolIin, saluant le souvenir à jamais glorieux du comte Rossi, et se moquant fort spirituellement de l'extrême gauche, qui s'apercevait à peine de ses traits railleurs. Notons l'interruption suivante : « Je n'ai pas à me poser ici en apologiste et en apôtre de la démocratie... cette prétention serait déplacée chez moi... — Oui ! oui ! lui criait-on, très déplacée ! Et lui de répliquer : — Vous le trouvez, n'est-ce pas ? Eh bien ! moi aussi. Nous sommes d'accord, croyez-le bien.» L'Assemblée approuva la conduite du gouvernement, à la majorité de 480 voix contre 63.

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Chaque discussion nouvelle apportait à Montalembert la matière d'un nouveau triomphe. La Constituante ayant achevé son œuvre, de nombreuses pétitions la pressèrent de se dissoudre et de faire place à la législative. Un représentant, M. Râteau, se fit l'interprète du sentiment général, et déposa une proposition qui fut discutée le 12 janvier 1849. Notre orateur aborda la tribune avec de vives et spirituelles saillies qui peignaient bien la situation : « Je suis en présence de trois partis de l'Assemblée : le premier est une minorité qui veut à tout prix s'en aller, et, entre autres bonnes raisons, parce qu'elle se croit sûre de revenir ; une seconde fraction, qui est également en minorité selon moi, ne veut à aucun prix s'en aller, par de très bonnes raisons aussi, je n'en doute pas, et parmi elles, par une raison personnelle, c'est qu'elle est à peu près sûre de ne pas revenir. Entre ces deux fractions, j'en distingue une troisième qui n'a pas de parti pris sur la question, qui n'est pas la majorité, mais qui la fera, et qui ne demande pas mieux que d'être éclairée... C'est à son patriotisme, à son désintéressement, à son impartialité, que je m'adresse. » Montalembert gagna encore sa cause : quatre cents voix se prononcèrent pour la prise en considération.

« je pense bien, écrivait à un ami Montalembert sous l'influence de ces événements, que nous aurons prochainement des élections. Le choix de la future Assemblée m'inspire déjà de vives préoccupations. Je suppose que les candidats promettront à l'envi la liberté d'enseignement. Mais il faudra encore rechercher chez eux une certaine dose d'intelligence et de solidité politique, peu commune de nos jours. J'accepterai avec fierté le mandat de représentant si, comme on veut bien me l'assurer, les électeurs du Doubs songent à me le continuer. Mais je regarderais comme une faute la présentation aux électeurs d'une liste exclusivement catholique et légitimiste. Il faut que les légitimistes apprennent à s'entendre avec les conservateurs orléanistes, pour lutter ensemble contre les socialistes et les républicains de la veille. Autrement, et en supposant même le triomphe des candidats exclusifs, nous verrons reparaître toutes les clameurs qu'on élevait naguère contre la noblesse, contre l'ancien régime, les émigrés, etc. »

Cependant l'Assemblée, avant de se dissoudre, devait faire la loi électorale, et le chef du parti catholique ne pouvait manquer l'occasion de faire voir comment il entendait qu'on appliquât le suff"rage universel. Il demanda le vote à la commune. Interrompu, harcelé à tout moment par la gauche, mais protégé par la majorité de l'Assemblée, il réclama le droit de vote pour l'ouvrier des campagnes, à qui le vote au canton imposerait le triple impôt de l'argent, du temps et de la fatigue, pour les vieillards et les infirmes, incapables de faire vingt kilomètres pour aller de leur domicile au chef-lieu, pour les gens tranquilles, les hommes d'ordre, à qui il en coûte bien plus qu'aux exaltés de braver les fatigues et les

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distances. Les insultes que la gauche lui prodiguait le trouvaient insensible. Il y répondait de temps en temps par des mots comme ceux-ci : « Vos interruptions et vos clameurs m'honorent aux yeux des Français dont je défends les droits. Je vous Invite à les continuer, vous me ferez grand plaisir et grand honneur. » Il faut citer encore un passage de ce beau discours. « Dès qu'un parti quelconque, je n'en excepte aucun, se trouve le maître du gouvernement en France, il ne traite pas la France comme une victime et comme une conquête, ainsi qu'on l'a dit, non : mais il la traite volontiers comme une écolière. Il se constitue le pédagogue du pays, il le met en tutelle ; il se croit investi du droit de lui apprendre, à ce grand pays, ce qu'il doit vouloir, savoir et faire. Messieurs, c'a été la faute de tous les gouvernements, leur faute et leur faiblesse ; ils sont tous tombés pour n'avoir pas compris que la France, tôt ou tard, se révolte contre la férule du pédagogue. » La Constituante corrigea en partie, après ce discours, le vice de sa propre constitution et vota quatre circonscriptions électorales par canton, en attribuant au conseil général de chaque département le droit de les déterminer. La loi sur l'organisation judiciaire était encore de celles que l'Assemblée voulait voter avant de se dissoudre. D'après l'article 38 du projet mis en délibération, le pouvoir exécutif était investi de la faculté de renouveler tout le personnel des tribunaux. De nombreuses réductions étaient proposées, et la magistrature entière se trouvait placée sous la menace d'une épuration politique. Montalembert proposa un amendement pour consacrer le principe de l'inamovibilité. Il montra que cette inamovibilité était née tout entière des faits et de la tradition, que les siècles l'avaient créée et qu'il fallait respecter l'œuvre des siècles en laissant passer les révolutions sur la tête du juge sans la frapper, comme elles passaient sur la tête du prêtre sans la faire fléchir. Il s'écriait avec un mouvement digne de la majesté de l'orateur romain : <L Que le fleuve du progrès, si progrès il y a, que la destinée de la nation, ce qu'il y a de variable, si vous l'aimez mieux, dans les destinées de la nation, roule son cours entre deux rives inébranlables, entre le temple de la loi et le temple de Dieu, entre le sanctuaire de la justice et le sanctuaire de la vérité, entre le sacerdoce du prêtre et le sacerdoce du juge. » Puis, flétrissant ce qu'il y avait à la fois de ridicule, d'inapplicable, d'impossible dans la réorganisation de la magistrature dans les cours d'appel et dans les tribunaux, il faisait voir tous les juges de France transformés en délinquants ou du moins en justiciables devant les bureaux du ministère chargés de prononcer sur leur maintien ou sur leur destitution. Il défiait les plus fiers républicains d'étendre la main de la justice sur les tribunaux pour sacrifier un de leurs membres sur cinq, conformément aux réductions proposées. Il les défiait même de garder les uns et de bannir les autres, en les

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jugeant sur leurs opinions politiques. Enfin, il amenait la gauche à trahir son embarras par son silence, et il la clouait, muette et étonnée, sur ces bancs qui frémissaient d'entendre un tel homme : « Je vous le demande encore une fois, quel intérêt politique, moral et social, pouvez-vous avoir ici ? Que ferez- vous avec cette mesure ? Vous augmenterez le nombre des mécontents et des malheureux ; je trouve qu'il y en a déjà assez en France. Vous augmenterez surtout le nombre des solliciteurs, et je trouve qu'il y en a beaucoup trop. » L'amendement de Montalembert, appuyé par M. JulesFavre,fut adopté dans la même séance par 344 voix contre 322. Le projet de loi fut retiré, et la magistrature garda, comme en 1830, l'inamovibilité qui fait la dignité du juge et la sécurité du justiciable. Après de tels discours et de tels succès, Montalembert pouvait bien se compter parmi ceux qui souhaitaient la dissolution de la Constituante, parce qu'ils étaient sûrs de revenir avec la législative. Les élections ayant eu lieu le 15 mai 1849, il obtint dans le département de la Seine 94,589 voix; le Doubs et les Côtes-du-Nord le nommèrent le même jour, le Doubs avec 32,702 voix sur 52,662 votants, les Côtes-du-Nord avec 67,934 voix sur 110,201 votants. Il opta pour le Doubs : c'était un noble et gracieux remerciement à la confiance si hardie que ce département avait mise en lui, l'année précédente, au jour de la défiance publique et du péril social.

Les annales de l'Assemblée législative sont remplies, comme celles de la Constituante, du nom, de la parole et de l'influence de l'illustre représentant du Doubs. Il était l'un des oracles de la majorité, et sa voix, de plus en plus écoutée, mais non moins combattue, acquit une autorité encore plus grande, sans rien perdre de tout l'à-propos que lui donnaient les interruptions imprévues. Signalons le projet de loi sur la presse, présenté après l'émeute du 13 juin, et que Montalembert fit adopter pour sauver la liberté menacée par les excès de la plume et de la parole. Ce n'était plus une majorité de quelques voix seulement que l'orateur déterminait, à force de courage, à se prononcer en sa faveur; c'étaient les deux tiers et souvent les trois quarts de l'Assemblée. Le rôle de Montalembert fut encore plus glorieux lors de la discussion relative à l'expédition de Rome. Pie IX allait être remis en possession des États de l'Église. Mais, au moment oii il se disposait à rentrer dans Rome, une lettre de Louis- Napoléon Bonaparte à son officier d'ordonnance, Edgar Ney, exposait, en des termes fort peu convenables, les conditions que mettait le prince au retour du Pape : amnistie générale, sécularisation des emplois, promulgation à Rome du code Napoléon. L'éclatante publicité donnée par le prince à cette lettre ajoutait encore à ce qu'elle offrait de révoltant pour les catholiques.

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L'Assemblée législative fut saisie de la question, et c'est à cett eoccasion que M. Thiers, au nom de la commission des crédits relatifs à l'expédition de Rome, fit cette déclaration solennelle :

« Sans l'autorité du Souverain Pontife, l'unité catholique se dissoudrait. Oui, sans cette unité, le catholicisme périrait au milieu des sectes, et le monde moral, déjà si fortement ébranlé, serait bouleversé de fond en comble. Or, ajouta fièrement l'illustre homme d'État, l'unité catholique serait inacceptable si, au sein du territoire que les siècles ont assigné au Pontife, un autre souverain, prince on peuple, s'élevait pour lui dicter des lois. Pour le pontificat, il n'v a d'indépendance que la souveraineté même. »

En conséquence, M. Thiers écartait nettement les injonctions insolentes formulées par le prince président. Mais tandis que le grand homme d'État, à la surprise générale, défendait ainsi le Pape, un autre orateur, celui-là favorable précédemment à la cause catholique, se prononça contre Pie IX et ce fut pour la droite une surprise aussi pénible que la première avait été agréable. Prêtant l'appui de son talent à la lettre de Louis- Napoléon, Victor Hugo loua cette lettre aux acclamations enthousiastes de la gauche.

Quand il eut fini, tous ceux qui l'avaient acclamé se précipitèrent au-devant de lui, pour faire accueil à ce nouveau transfuge. Il était triomphant. D'un mot, Montalembert, qui lui succéda à la tribune, changea ce triomphe en défaite.

« Messieurs, s'écria-t-il d'une voix grave et incisive, le discours que vous venez d'entendre a déjà reçu le châtiment qu'il méritait dans les applaudissements cjui l'ont accueilli. »

Piqués au vif les représentants de la Montagne lui crièrent : « \'ous êtes un insolent! )) et ils sommèrent le président de rappeler l'orateur à l'ordre. Puis, s'excitant à l'envi, ils finirent par en arriver à de véritables hurlements.

Montalembert, les bras croisés, attendait tranquillement que la sonnette du président finît par avoir raison de ces forcenés. Alors il reprit froidement :

« Puisque le mot de châiiment vous blesse, Messieurs, je le retire, et j'v substitue celui de récompense. »

La gauche, furieuse, se leva tout entière à cette apostrophe et rugit contre l'orateur. Sans se désarçonner le moins du monde, celui-ci expliqua tranquillement sa pensée. « Je dis donc que l'orateur a déjà recueilli pour récompense les applaudissements de l'extrême opposition, mais que la majorité dont il a fait partie jusqu'aujourd'hui, que les électeurs modérés de Paris qui, comme moi, l'ont nommé pour représenter le parti et les grands intérêts de l'ordre, que ces électeurs-là auront le droit de se demander si c'est pour recueillir de tels "applaudissements qu'ils l'ont envoyé à cette tribune. »

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Ce fut pour le coup un tel débordement d'injures et de cris, que le président y perdait la tête. Quant à Victor Hugo il était parti.

«K N avez-vous pas honte, cria-t-on à Montalembert, d'attaquer ainsi un absent ?

— Il faudrait cependant s'entendre, répondit avec un merv^eilleux à-propos l'intrépide lutteur; on me demande de répondre à l'orateur : c'est mon désir, mon droit et mon devoir, et en même temps on me fiit remarquer qu'il est absent et que je ne dois pas parler de lui en son absence. »

Personne ne trouva rien à répliquer. Il reprit donc son argumentation.

« Du reste, Messieurs, vous allez juger; permettez-moi d'achever ma pensée, et vous déciderez ensuite si elle a quelque chose d'injurieux et de trop personnel. Voici ce que je voulais dire de l'avenir que j'annonçais à l'honorable préopinant. Je lui disais qu'un jour peut-être il irait lui-même à Rome, dans cette ville incomparable, il irait y chercher le repos, le calme, la paix, la dignité dans la retraite, tous ces biens qui ont été assurés à cette ville éternelle, depuis tant de siècles, par ce même gouvernement clérical qu'il a insulté tout à l'heure à cette tribune. Il ira peut-être chercher un jour ces bienfaits; il les trouvera, et alors il bénira le ciel d'avoir inspiré aux nations chrétiennes la pensée de maintenir en Europe un asile, un seul, pour des biens si précieux, à l'abri de ces orages, de ces calomnies, de ces mécomptes, de ces violences de la vie politique, où son inexpérience semble aujourd'hui placer le bonheur suprême des peuples et des individus. Eh bien, là, il se repentira d'avoir fait le discours qu'il vient de prononcer, et ce repentir sera son châtiment. Je ne lui en souhaite pas d'autres. >

Discutant les conditions que l'on mettait au retour de Pie IX à Rome, Montalembert déploya une éloquence irrésistible.

« Je ne sais pas de meilleur moyen de répondre à l'objection qu'on a faite à ce sujet que de citer le mot d'un homme d'État anglais en 1814, au Congrès, où l'on discutait sur les institutions, sur la constitution que l'on donnerait à l'île de Malte, qui était une nouvelle acquisition de l'Angleterre. Il disait que l'Angleterre ne donnerait pas à l'île de Malte la liberté de la presse. Comment! lui dit-on, vous. Anglais, qui avez la liberté illimitée chez vous, vous n'aimez donc pas la liberté de la presse ? — Si fait, répondit-il, je l'aime beaucoup ; mais je ne l'aime pas sur un vaisseau de ligne. Eh bien! si un Anglais pouvait comparer l'île de Malte à un vaisseau de ligne, à plus forte raison le monde catholique a-t-il le droit de comparer la ville de Rome à un vaisseau de ligne et d'y maintenir une certaine discipline incompatible avec la liberté de la presse. »

Puis il rappela ce que Pie IX avait fait pour son peuple, les ingratitudes dont on l'avait abreuvé, les dangers qu'il avait courus.

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« Voyez, ce qui se passait en Europe, il y a trois ans, continua-l-il. La liberté étendait partout graduellement son empire; les rois venaient, tour à tour, en regimbant, je le veux bien;... mais ils venaient tous, tour à tour, déposer en quelque sorte leur couronne aux pieds de la liberté, lui demander un sacre nouveau, une investiture nouvelle. Le Pape lui-même, le symbole vivant de l'autorité, l'incarnation du pouvoir le plus auguste et le plus ancien de l'autorité sur la terre, avait cru pouvoir demander à la liberté, à la démocratie, au progrès, à l'esprit moderne, un rayon de plus pour sa tiare. Eh bien, que s'est-il passé ? Vous avez arrêté tout cela, vous avez tout bouleversé, tout détruit : vous avez arrêté, détourné tout ce courant admirable qui nous inspirait, à nous vieux libéraux, comme vous dites, tant de confiance et d'admiration. Ce courant s'est perdu. Vous avez détrôné quelques rois, c'est vrai, mais vous avez détrôné bien plus sûrement la liberté. Les rois sont remontés sur leurs trônes, la liberté n'est pas remontée sur le sien. Elle n'est pas remontée sur le trône qu'elle avait dans nos cœurs. Oh ! je sais bien que vous écrivez son nom partout, dans toutes les lois, sur tous les murs, sur toutes les corniches. Mais dans les cœurs, son nom est effacé. Oui, la belle, la fière, la sainte, la pure et noble liberté que nous avons tant aimée, tant chérie, tant servie... oui, servie, avant vous, plus que vous, mieux que vous; cette liberté-là, elle n'est pas morte, j'espère, mais elle esc éteinte, évanouie, écrasée, étouffée.

» Savez-vous, poursuivit- il, savez- vous quel est devant le monde le plus grand de tous vos crimes ? Ce n'est pas seulement le sang innocent que vous avez versé, quoiqu'il crie vengeance au ciel contre vous ; ce n'est pas seulement d'avoir semé à pleines mains la ruine dans l'Europe entière, quoique ce soit le plus formidable argument contre vos doctrines. Non ! c'est d'avoir désenchanté le monde de la liberté.

» Vous niez ? vous niez la force morale, vous niez la foi, vous niez l'empire de l'autorité pontificale sur les âmes, cet empire qui a eu raison des plus fiers empereurs. Eh bien, soit ; mais il y a une chose que vous ne pouvez pas nier, c'est la faiblesse du Saint-Siège. Or, sachez-le, c'est cette faiblesse qui fait sa force insurmontable contre vous. Oui vraiment, car il n'y a pas dans l'histoire du monde un plus grand spectacle et un plus consolant que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse.

» Permettez-moi une comparaison familière. Quand un homme est condamné à lutter contre une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impunément. Elle lui dit: Frappez, mais vous vous déshonorez, et vous ne me vaincrez pas. Eh bien ! l'Église n'est pas une femme, elle est bien plus qu'une femme, c'est une mère!...

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« C'est une mère! C'est la mère de l'Europe, c'est la mère de la société moderne, c'est la mère de l'humanité moderne. On a beau être un fils dénaturé, un fils ingrat, on reste toujours fils, et il vient un moment, dans toute lutte ■contre l'Église, où cette lutte parricide devient insupportable au genre humain et où celui qui l'a engagée tombe accablé, anéanti, soit par la défaite, soit par la réprobation unanime de l'humanité. »

A ce cri : L' Eglise est une mère ! une triple salve d'applaudissements accueillit l'orateur. Ces applaudissements redoublèrent à la fin de la séance. « Ils furent tels, dit le Journal des Débats, qu'on ne se souvient pas d'en ■avoir entendu de pareils dans les assemblées délibérantes. » Sainte-Beuve écrivait, trois semaines après : « Je n'ai rien à dire de ce dernier discours qui retentit encore. Le passage sur l'Eglise, d'autant plus forte qu'elle est faible, et qui apparaît revêtue de l'inviolabilité d'une femme et d'une mère, ce pathétique mouvement, même pour ceux qui, à distance, ne prendraient ces choses qu'au point de vue du beau, devra rester comme une des plus heureuses inspirations •de l'éloquence. » Pie IX remercia Montalembert par un bref daté de Portici le 13 novembre 1849, déclarant « que ce discours vivrait à jamais dans la mémoire des gens de bien». Et à quelque temps de là les représentants du peuple romain réunis au Capitole décrétaient que le noble défenseur de la Papauté était créé citoyen romain, qu'en outre une médaille serait frappée, portant son image et la mention des services qu'il avait rendus à la cause pontificale.

Parvenu à cette hauteur, Montalembert sut s'y maintenir : témoin son discours sur l'impôt des boissons, dont il fit voter le maintien, en bravant l'impopularité attachée à cet acte, en prévoyant qu'un jour peut-être ce discours lui coûterait sa réélection. « S'il me la coûte, disait-il fièrement, c'est le discours dont je m'honorerai le plus... Dans les temps de révolution, l'impopularité est presque toujours l'apanage des vrais amis du peuple; la popularité du moment, celle de la passion, celle des masses ignorantes, aveugles, entraînées, celle des révolutions enivrées et triomphantes. Mais il y en a une autre, la vraie, celle qu'on gagne en dédaignant la fausse. Il faut la rechercher d'abord dans la conscience des honnêtes, gens, qui sont trop souvent, presque toujours, silencieux, timides, un peu poltrons, mais qui admirent chez les autres le courage qu'ils n'ont pas eux-mêmes. Puis, à côté de cette justice timide, mais certaine du présent, il y a l'éclatante et infaillible justice de l'avenir. C'est là l'éternelle popularité du vrai, du juste, de l'honnête, et j'ajouterai de l'honneur et de la conscience humaine. »

Enfin arriva le jour de la discussion sur la loi de la liberté d'enseignement.

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Vingt ans de débats préliminaires avaient précédé le combat suprême. La cause plaidée devant la Chambre des Pairs, devant le pays, allait-elle être définitivement gagnée ou perdue ? Montalembert se fit alors, avec M. de Falloux, alors ministre de l'Instruction publique, ]M. Thiers et l'abbé Dupanloup, le principal négociateur d'un traité de paix entre les partisans du monopole universitaire et ceux de la liberté. Le nouveau projet de loi apparut d'abord comme un signe de contradiction au milieu des partis en présence. Il fut en même temps attaqué par la gauche, parce qu'il donnait trop à l'Eglise, et par une partie notable de la droite, parce qu'il ne lui donnait pas assez. Une scission se déclara parmi les catholiques eux-mêmes. Chacun jugeait à son point de vue : ceux-ci auraient voulu tout ce qui était désirable, ceux-là ne voulaient que ce qui leur paraissait possible.

Il faut en convenir, les premiers avaient dans le passé trop de motifs de défiance pour ne pas exiger du gouvernement une liberté complète. Oui pourrait reprocher à des hommes mille fois abusés par des promesses sans résultat, de prendre des précautions et de demander des garanties ? Plusieurs d'entre eux purent croire à un piège. « Avec la loi projetée, disaient-ils, le monopole restera sous le masque de la liberté, et le nouvel état de choses sera pire que l'ancien, puisque les catholiques eux-mêmes en auront été les imprudents fauteurs. Auparavant on n'était pas libre, mais du moins on voulait l'être, et voilà qu'on renonce à le devenir ; on s'impose les chaînes qu'on avait noblement brisées ; l'Eglise perdra du même coup une partie de ses soldats et tout le terrain qu'elle avait gagné ! )>

Cette division, si plausible qu'elle fût, était bien inopportune au moment décisif. On comptait dans l'Assemblée nationale sur une centaine de voix pour la vraie liberté d'enseignement. Tout le reste de la majorité, dit le parti de l'ordre, se composait d'anciens conservateurs incorrigibles dans leurs errements, qui auraient voté avec les montagnards si les catholiques ne s'étaient pas entendus ou avaient trop exigé d'eux.

Le P. de Ravignan s'interposa vivement pour réunir les défenseurs des libertés religieuses. Tandis qu'il se dévouait à la cause commune, il se trouva compromis lui-même. Il fut dénoncé au R. P. général de la Compagnie, qui se trouvait alors en Belgique, et ce ne fut pas sans peine qu'il put mettre en pleine lumière la pureté de ses intentions et les avantages du projet de loi qu'il soutenait, dans le seul intérêt de la religion.

Nonobstant ces difficultés et ces divisions, Montalembert eneaeea le débat. Heureusement, il était soutenu par Thiers, cjui n'hésita pas à dire bien haut à la Chambre, malgré les moqueries de ses adversaires :

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« Oui, c'est vrai, je n'ai pas à l'égard du clergé les jalousies, les ombrages, que j'avais il y a deux ans... J'ai tendu la main à M. de Montalembert, je la lui tends encore... »

A quoi Montalembert répondit :

« Messieurs, on fait la paix le lendemain d'une victoire, on fait la paix le lendemain d'une défaite, mais on la fait surtout, selon moi, le lendemain d'un naufrage. Eh bien, que l'honorable M. Thiers me permette de le lui dire, nous avons fait naufrage, lui et moi, en février, quand nous naviguions ensemble sur ce beau navire de la monarchie constitutionnelle, qui a porté, pendant trente-quatre années, avec tant d'honneur, les destinées du pavillon de la France. Quand nous voguions ensemble sur ce navire sans nous connaître, ou nous connaissant à peine, nous pouvions et nous devions nous disputer sur la direction du navire. Mais la tourmente est venue à éclater, le pilote a été jeté à la mer, le navire a sombré, dans un clin d'œil ; nous périssions, si la Providence ne nous avait permis de nous retrouver, lui et moi, sur le radeau. »

Thiers parvint à faire comprendre ce qui l'épouvantait dans la société I

actuelle, l'impiété répandue par la Révolution, le mauvais esprit des instituteurs ^V

et les doctrines perverses qu'ils pouvaient répandre dans les masses. ^<0

« Quand vous avez été prendre dans un village, disait-il, un petit paysan, quand vous l'avez amené à quinze ou seize ans dans une grande ville, quand vous lui avez donné un habit noir, quand vous l'avez logé dans une belle école normale, et quand là, pendant deux ans, vous lui avez donné plus d'esprit qu'il n'en pourra jamais porter; quand vous lui avez appris la physique, la géométrie, l'algèbre, la trigonométrie, l'histoire et le reste; et puis, après cela, quand vous le renvoyez à dix-huit ans, au fond d'un village, avec quelques cents francs, pour y mourir d'ennui, avec de grossiers petits enfants qui ne savent ni lire ni écrire, et souvent ne veulent apprendre ni l'un ni l'autre, vous en faites nécessairement un mécontent, un ennemi. Eh bien, ces maîtres d'école, apôtres de l'athéisme et du socialisme, m'inspirent tant d'inquiétude que je suis prêt à donner au clergé tout l'enseignement primaire!... »

Montalembert eut la sagesse de ne pas accepter. Ce monopole eût amené la réaction et provoqué des représailles : il le sentit et se tint loyalement sur le terrain de la liberté dans le droit commun.

Quoi qu'il en soit, une foule de représentants demeuraient hostiles à la liberté de l'enseignement secondaire. Le projet de fait fut renvoyé, à une voix de majorité, à un nouvel examen : la victoire se trouvait terriblement compromise. Les partisans du projet ne se tinrent pas néanmoins pour battus. Ils revinrent à la charge. Dans un magnifique discours, Montalembert s'attacha à

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démontrer l'esprit pacificateur qui avait inspiré la préparation du projet de loi ; puis, après de graves considérations, il lança cette phrase d'un ton enjoué :

<(. Je suis, du reste, convaincu que j'ai agi complètement d'accord avec l'esprit de l'Église ; et veuillez croire que je ne parle pas du tout ici comme évêque de dehors, ainsi qu'on l'a dit, car je n'ai pas la prétention d'être le suc-

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