‹ MontalembertChapitre 40 sur 71 · LE COMTE DE FALLOUX. (P · texte numérisé non relu

LE COMTE DE FALLOUX. (P

cesseur des rois très chrétiens. Je parle comme simple laïque, ou, si voulez,, comme simple jésuite. »

Il e.xplique ensuite comment on pensait répondre au véritable esprit de l'Église par l'ensemble du projet.

<?: Tout en étant inflexible dans la lutte contre l'orgueil, l'Église, remarqua-til, dépasse toujours ses adversaires, ses rivaux, dans l'esprit de conciliation, quand

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le moment de la paix est arrivé. Quand on fait un pas vers elle, elle en fait deux vers vous. Voilà le rôle de l'Église tel que je l'ai étudié et apprécié dans •son histoire. L'Église, inflexible contre ce que j'appelais tout à l'heure l'incorrigible orgueil de la fausse philosophie, est pleine de douceur, de sympathie, de tendresse, pour les hommes qui font un pas vers elle. Elle fait tout ce qu'elle peut pour les encourager à faire le second, et elle marche, de son côté, à leur rencontre. L'Église ne veut jamais humilier personne devant elle, elle n'humilie que devant Dieu. L'Église ne dit jamais ces deux paroles que vous entendez tous les jours dans la sphère de la politique : Timt ou rien, et : Il est trop tard. Elle ne dit jamais : « Tout ou rien, » car c'est le mot de l'orgueil, de la passion humaine qui veut jouir et vaincre aujourd'hui, parce qu'elle doit mourir demain. L'Église, comme on l'a tant dit, est patiente parce qu'elle est éternelle, et voilà pourquoi elle ne dit jamais : « Tout ou rien. » Elle ne dit pas non plus : « 11 est trop tard, » ce mot coupable et impitoyable, parce que, s'il n'est jamais trop tard pour sauver une âme, il n'est jamais trop tard non plus pour sauver une société qui consent à être sauvée. »

Au nom de l'intérêt social, il supplia alors les législateurs de briser les entraves dont l'Église avait été chargée durant tant d'années et de rendre libre le noble métier de l'enseignement.

« Messieurs, s'écria-t-il avec une imposante solennité, il est impossible de le méconnaître, nous marchons vers l'anarchie. Je me souviens que, dans les premiers temps qui ont suivi la révolution de Juillet, une voix éloquente se fit entendre un jour à la Chambre des Pairs, pour dire cette parole : Les rois s'en vont. Eh bien, si cette voix prophétique pouvait encore se faire entendre, elle dirait aujourd'hui : « La France s'en va! La société s'en va! L'Europe moderne » s'en va ! »

« Vous connaissez ce fleuve de l'Amérique qui roule ses ondes à travers les déserts, les \illes, les lacs, les forêts, et puis tout à coup, se précipitant avec un irrésistible élan et d'une hauteur effroyable, forme la cataracte la plus formidable du monde, la chute du Niagara. Malheur à ceux qui sont embarqués sur ce fleuve et qui ne s'arrêtent pas à temps pour aborder au rivage ou pour remonter le courant; ils sont engloutis! Eh bien. Messieurs, malheur à nous! car nous sommes embarqués sur un fleuve semblable, et il ne faut pas prêter une oreille bien attentive pour entendre de loin les mugissements de la cataracte qui doit nous engloutir tous. Nous serons engloutis, si nous n'abordons pas au rivage, ou si nous ne remontons pas d'un bras vigoureux le courant du rationalisme et de la démagogie. Or, ce fleuve, vous ne le remonterez qu'avec le secours de l'Éirlise !... »

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La loi fut votée par 399 voix contre 237. C'était le 15 mai 1850. Le nonce fut chargé, par une dépêche spéciale de la secrétairerie d'État, de témoigner aux auteurs et aux défenseurs de cette loi si importante pour la religion toute la satisfaction de Pie IX pour la part qu'ils y avaient prise.

C'est qu'en effet elle donnait dans une large mesure la liberté de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire ; elle réservait celle de l'enseignement supérieur. L'Empire en a altéré l'esprit en ce qui concerne l'enseignement primaire; la troisième République a découragé et éliminé peu à peu tous les éléments libres qui concouraient à la surveillance et à la direction des écoles; on a cherché querelle aux congrégations enseignantes et récemment on a fini par les expulser toutes ; on a soustrait l'instituteur à l'influence du prêtre, et, sous prétexte de l'émanciper d'une tutelle habile et honorable, on lui a imposé le joug humiliant et capricieux d'une administration de mairie ou de préfecture, qui en a fait un agent, presque public et avoué, de propagande électorale. Les brèches à la liberté de l'enseignement secondaire ont été longtemps moins sensibles. Malgré une guerre à coups d'épingles qu'on n'a cessé de lui faire, il a porté de bons fruits. Il a fondé plusieurs centaines de collèges, peuplé les écoles de droit d'une génération meilleure et plus chrétienne que les générations précédentes. Il a agrandi le cercle un peu étroit dans lequel le sacerdoce français puisait ses recrues. Il a forcé les portes de l'école Polytechnique et de l'école Saint-Cyr, et l'élément chrétien, qui n'y pénétrait qu'à titre d'exception, y est entré désormais plus librement. Les jeunes gens formés dans nos collèges en sont sortis pour la plupart avec l'esprit de foi, et gardent, même dans les périls du monde et les passions de la jeunesse, les pratiques chrétiennes ou les remords de leur défection. Voilà les résultats acquis par la liberté de l'enseignement secondaire. Constatons-le sur la tombe de l'homme qui a usé sa vie à demander ce bienfait et qui a fini par le procurer à son siècle et à son pays. Puisse le peu qui nous reste de cette liberté ne pas disparaître sans retour !

Disons un mot du rapport de Montalembert sur une proposition de loi relative à l'observation du dimanche. Cette proposition, faite par M. d'Ollivier, avait été prise en considération et renvoyée à l'e.xamen d'une commission qui choisit pour organe le célèbre député du Doubs. Au milieu des rires ironiques de la gauche, mais de l'approbation et des applaudissements réitérés de la droite, la lecture de l'orateur soutint pendant près de deux heures l'attention de la Chambre. On l'écouta avec une curiosité inquiète quand il démontra qu'il était temps de faire intervenir la majesté de la loi et les efforts de l'autorité, si l'on ne voulait pas que la France fût la première des nations à donner au monde le spectacle d'un pays oîi l'une des plus saintes obligations de la nature

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et de la religion est impunément foulée aux pieds, et où rien ne distingue ostensiblement le jour du repos de la semaine du travail. Il fut interrompu à plusieurs reprises en signalant cette prospérité toujours croissante que Dieu donne aux pays où le dimanche est respecté, et dans la proportion même de ce respect, comme en Angleterre et aux États-Unis, où la liberté religieuse la plus absolue se concilie avec l'observation scrupuleuse du dimanche. Mais une sorte d'orage éclata à la fin de la séance, à la lecture des articles du projet de loi. Ce projet était modeste : il prescrivait la suspension des travau.x publics les dimanches et jours fériés; il autorisait la fermeture des cabarets dans les villages et dans les bourgs, pendant les offices des cultes reconnus par l'État ; enfin, il réservait deux heures au moins dans la matinée à tout militaire des armées de terre et de mer pour le libre accomplissement de ses devoirs religieux.

C'était parfait. Mais telles sont les mœurs françaises, qu'en général on ne veut entendre ni reproche ni conseil une fois qu'on touche à certaines matières. La Chambre fut évidemment plus émue que convertie par les paroles de l'orateur. On touchait du reste à de graves événements. De plus en plus le .socialisme menaçait la France. Un comité venait de se former, qui comprenait les hommes les plus courageux, décidés à exposer leur propre vie pour détourner de leur pays l'épouvantable orage que l'on craignait. Ce comité, ayant émis le vœu que l'on restreignît le suffrage universel, comme ne tenant compte ni des intérêts ni des capacités, et mettant le pays à la merci d'une poignée d'intrigants et d'une foule imbécile, les feuilles socialistes de Paris donnèrent les noms de ses douze membres, encadrés de noir, en tête de chaque numéro, et les firent suivre de cette sinistre légende : « Ils ont voué leurs têtes aux dieux infernaux de la Révolution ! »

« On sait ce que cela veut dire, s'écria l'intrépide orateur en s'adressant à la Montagne ; l'histoire des hauts faits de vos ancêtres est là pour nous apprendre ce que sont les dieux infernaux de la Révolution : c'est le choix entre l'échafaud de la Terreur et le poignard démocratique qui a frappé M. de Rossi. »

Ces paroles si hardies furent très bien accueillies de la droite. Montalembert se sentit soutenu et poursuivit :

« Eh bien ! ce sort, je l'accepte, et je le préfère mille fois à l'infamie et au mépris écrasant dont la postérité accablera ceux que la France avait chargés de la sauver,et qui l'auront livrée... qui, en proie à une pusillanimité sans exemple et sans excuse, auront livré la patrie déshonorée, la société trahie, la France éperdue, à la servitude, à la honte et à la barbarie que vous lui préparez. »

Une extrême agitation suivit ce discours ; il fallut susprendre la séance, et l'Assemblée se prorogea pour trois mois.

Cfiapîtrc ^ixitmt

« Pendant cette prorogation, écrit un biographe, l'abbé Dourlens (■), les partis s'agitèrent, les légitimistes allèrent à Wiesbaden visiter le comte de Chambord, les orléanistes à Claremont saluer Louis-Philippe. Les socialistes ayant à leur tête Ledru-Rollin et IMazzini fondèrent à Londres la caisse du peuple et fixèrent l'année 1852 pour la réalisation de leurs espérances. Le pays était inquiet et jetait avec intention ses regards sur le président. Celui-ci parcourut une partie de la France et les discours qu'il prononça rendirent son nom de plus en plus populaire. L'armée surtout acclamait avec enthousiasme le nom

LOUIS- PHILIPPK.

de Napoléon : aux camps de Saint- Maur et de Satory, on entendit à différentes reprises le cri de : Vive l' Empereur ! C'était, à vrai dire, le cri que poussait dès lors la grande majorité des Français. Les insurrections successives qu'on avait eues à réprimer, inspiraient peu de confiance dans le système républicain, et tout le monde comprenait que le socialisme était loin d'être anéanti.

> Quelques jours après le retour de l'Assemblée, Montalembert qui avait

I. M. de Montalembert et extraits lie ses œuvres. Biunet, «iJiteur .\ .Xrras.

jflâontalcmûcrt

l'œil ouvert sur les évolutions d'un si redoutable ennemi, faisait entendre ces graves paroles :

« Nous conjurons les amis de l'ordre de ne pas s'endormir dans une sécurité trompeuse, et de ne pas se fier au calme apparent dont nous jouissons. La révolution se dissimule, mais elle vit. Elle est patiente, parce qu'elle croit que tout travaille pour elle. Convaincue de l'inutilité actuelle de la violence, elle applique toute son énergie à miner les vieux dogmes et la vieille morale que la France professe depuis quatorze siècles. Lorsque ces antiques boulevards de la société moderne seront prêts à s'affaisser, il suffira de la pousser du doigt pour la faire écrouler tout entière. Prenons garde qu'un réveil, plus terrible mille fois que celui de 1848, ne nous attende et ne nous surprenne !»

Beaucoup de bons esprits partageaient les craintes de Montalembert. Ce fut sous l'empire de ces pensées qu'il s'attacha à fortifier l'autorité du président. Aussi appuya-t-il sa demande d'un crédit de 1,800,000 francs pour les frais de représentation de l'Elysée.

« Une question formidable, écrit Foisset ('), dominait à ce moment toutes les autres : Ou'adviendrait-il de la France à l'expiration du mandat de l'Assemblée législative et de celui du président de la république ? Leurs pouvoirs, en effet, expiraient à la fois au mois de mai 1852. Beaucoup d'esprits, et Montalembert était du nombre, ne voyaient de salut que dans la prolongation par le peuple des pouvoirs du président de la république et par conséquent dans la révision de la constitution, car la constitution déclarait le président irrééligible. D'autres se préoccupaient moins des dangers du mal que des dangers du remède. Ils appréhendaient par-dessus tout que la réélection de Louis- Napoléon ne frayât le chemin à l'intronisation d'une troisième dynastie, et, dans cette appréhension, ils s'opposaient de toutes leurs forces à la révision. Au milieu de ces tiraillements intestins, le parti de l'ordre se décomposait à vue d'œil, le régime parlementaire perdait de plus en plus toute action sur les masses. Les masses en effet ne connaissent que le pouvoir exécutif ; même quand il est exercé sous une forme collective, elles le personnifient, quoi qu'on fasse : pour elles, le Comité de salut public, par exemple, s'appelait Robespierre, et le Directoire, Barras. En 185 i, les masses ne voyaient que Louis- Napoléon. Montalembert avait conscience de cette pente où glisse fatalement la multitude : il sentait venir la dictature napoléonienne, il la croyait inévitable, et il pensait devoir soutenir le prince président pendant que la lutte était engagée contre lui, non seulement pour avoir le droit de le conseiller efficacement plus tard, mais

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surtout parce qu'il croyait servir par là le double intérêt de l'ordre social et de la France. C'était une illusion, mais cette illusion fut la sienne. Le prince, en apparence, était doux, calme, sérieux, digne, et surtout modeste ; nul ne savait mieux écouter ; nul ne semblait aussi accessible à de bons conseils. Il était peu brillant; mais précisément ce manque d'éclat rassurait; on n'estimait pas que cet homme si terne fût de force à pouvoir se passer du concours de tous les chefs du parlement, on s'obstinait à croire qu'il ne tenait qu'à eux de gouverner avec lui. »

Ni Thiers, ni Mole, ni les autres chefs de la majorité de la Chambre ne partageaient les idées de Montalembert. Ce dernier se trouvait dans la position la plus fausse. D'une part il lui en coûtait beaucoup de se séparer de ces éminents diplomates; de l'autre, sa conscience semblait lui prescrire de suivre la ligne de conduite qu'il avait adoptée: il y voyait l'intérêt de l'Église, celui de la société ; il était convaincu qu'une autre solution mènerait la France aux abîmes.

« Une chose dont je suis sûr, disait-il à la tribune, c'est que jamais la faveur ni la complaisance ne me feront condescendre aux volontés du président. Il pourra me faire regretter un jour d'avoir mis ma confiance en lui, mais du moins je ne lui demande rien et je ne cherche que l'intérêt du pays. »

Sur ces entrefaites, le coup d'État éclate ; les représentants du peuple sont arrêtés dans la nuit du 2 décembre par ordre du prince président ; il a recours à la force pour disperser l'Assemblée.

Cette nouvelle stupéfia Montalembert. 11 formula une éloquente protestation. Et comme Louis- Napoléon lui demandait son aide pour tout organiser à nouveau, il répondit par un refus, lui reprochant hardiment d'avoir fait emprisonner ses collègues au mépris de toute légalité.

Le président allégua quelques prétextes pour justifier cette mesure, puis donna des ordres pour qu'on rendît la liberté aux représentants. 11 revint alors à la charge auprès de Montalembert, dont il connaissait les sentiments et sur l'appui duquel il fondait les plus riches espérances.

Jamais le grand homme d'État ne se trouva dans une telle perplexité. La plupart de ses amis le priaient d'abandonner le président ; quelques autres cependant, et de haute valeur, lui donnaient un avis contraire : c'était notamment Mgr Parisis, Mgr Gousset, Donoso Cortès, M'"« Swetchine, la direction de r Univers.

Après de longues réflexions, il se décida à avoir un entretien avec Louis- Napoléon, toujours poussé par cette secrète persuasion qu'il aurait plus tard uiv réel empire sur lui s'il favorisait sa dictature et qu'il pourrait ainsi rendre d'éminents services à la religion.

Il exprinia donc ses désirs, il demanda que le prince s'engageât à soutenir

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le catholicisme, surtout la Papauté, et Louis-Napoléon lui donna des espérances, La pensée que le dictateur était également nécessaire pour réprimer le socialisme acheva de dissiper ses hésitations. « Il pressentit, dit un biographe, Mgr Ricard, le résultat du vote de confiance que le président allait demander à la nation. Il estima imprudent et insensé de se mettre en travers du vote populaire,quand ce vote n'avait rien de contraire à la loi de Dieu ni auxconditions du pacte social. Il n'hésita plus, et \ Univers du 14 décembre 185 1 répandait dans Paris, en province, partout, la célèbre lettre où Montalembert disait : « Voter pour Louis-Napoléon, ce n'est pas approuver tout ce qu'il a fait ; c'est » choisir entre lui et la ruine totale de la France. Ce n'est pas dire que son » gouvernement est celui que nous préférons à tout ; c'est dire simplement que » nous préférons un prince qui a fait ses preuves de résolution et d'habileté, à » ceux qui font aujourd'hui les leurs par le meurtre et le pillage. Ce n'est pas » confondre la cause catholique avec celle d'un parti ou d'une famille, c'est » armer le pouvoir temporel, le seul pouvoir possible aujourd'hui, de la force » nécessaire pour dompter l'armée du crime, pour défendre nos églises, nos » foyers, nos femmes contre ceux dont les convoitises ne respectent rien, qui » tirent à l'habit, qui visent au propriétaire, et dont les balles n'épargnent pas » les curés. Ce n'est pas sanctionner d'avance les erreurs ou les fautes que » pourra commettre un gouvernement, faillible comme toutes les puissances » d'ici-bas ; c'est déléguer au chef que la nation s'est déjà une fois choisi le » droit de préparer une constitution qui ne sera certes pas plus dangereuse et » plus absurde que celle dont les neuf cents représentants élus en 1848 ont » doté la France, et contre laquelle j'ai eu le bonheur de voter. »

» Comme on le voit, en adhérant au coup d'État, Montalembert s'inspirait avant tout de son amour de l'ordre et de son dévouement à la cause des libertés religieuses. « Jamais, écrivait-il, il ne me rendra son complice, s'il attente à la liberté de l'Église ou aux lois fondamentales de la société. » Hélas! l'illusion fut de courte durée. Jusqu'au jour du vote, le prince président l'accueillait avec une distinction et une déférence marquées. Dès que sept millions de suffrages en eurent fait l'élu de la nation, il n'écouta plus que d'une oreille distraite le chef du parti catholique. Montalembert le comprit et resta chez lui. Alors, on lui fit de nouvelles avances, et il sut qu'il allait figurer sur la liste des notabilités du pays appelées par le choix du prince à composer le Sénat. Il fit savoir qu'il n'acceptait point. Les intimes du maître, Fould, Persigny, vinrent de l'Elysée chez lui pour combattre sa résolution. Mais lui, ne voulant rien devoir à la faveur et convaincu qu'on voulait surtout faire de son nom une décoration pour le Sénat impérial, il persista dans son refus. »

Cgapître M>mmt

La lettre suivante fait bien ressortir ce caractère de loyauté rigide et de noble indépendance.

« Paris, jo déce^nbre 1851. — Monsieur et ami, je vous remercie cordialement de vos deux lettres du 22 et du 29 décembre. — J'appuierais volontiers votre demande de secours auprès du ministre de l'instruction publique ; mais je dois vous prévenir contre l'illusion trop générale que l'on se fait sur mon crédit auprès du gouvernement ; je n'en ai aucun. Il est vrai que je me suis arrogé le droit de dire ce que je pense aux dépositaires du pouvoir, à commencer par le

Mgr PARISIS. (P. 211.)

président ; on m'écoute avec bienveillance, quelquefois avec sympathie, et de temps à autre j'ai la satisfaction de voir que mes considérations ^^^«.VaA-5 sont goûtées et mises en pratique. Mais quant aux faveurs individuelles, aux mesures de détail, aux sollicitations de bureaux, j'y suis tout aussi peu heureux que par le passé. La bureaucratie de tous les ministères sait qu'elle a en moi un ennemi sincère, et comme elle est encore toute-puissante, comme elle survitaux monarchies, aux républiques et aux constitutions, je n'obtiens Jamais rien de ce qui passe par ses mains. Ne comptez donc pas être exaucé parce que je vous appuierai, •et ne vous en plaignez pas plus que moi. Le gouvernement actuel, comme tous

Montalembcrt.

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les gouvernements passés et fulurs, sait très bien qu'il n'a aucun intérêt à me faire des grâces. Ses refus ne m'empêcheront pas de l'appuyer s'il est bon ou seulement tolérable, et ses fav^eurs ne me rendront jamais son complice s'il attente à la liberté de l'Eglise ou aux lois fondamentales de la société.

» Le décret sur les cabarets va combler de joie la magistrature, le clergé et tous les bons citoyens. J'aurais désiré qu'il fut plus sévère, et qu'on eût assimilé les dettes contractées au cabaret à celles dont parle l'article 1695 du Code civil. C'eût été le meilleur préservatif contre l'usure qui dévore nos pauvres paysans. Le garde des sceaux, sur mes instances, avait ajouté cette disposition à son décret ; mais, à l'Elysée, on l'a trouvée trop sévère. »

Le 22 janvier 1852 parurent les décrets par lesquels le président de la république confisquait le patrimoine des princes de la maison d'Orléans. Montalembert adressa aussitôt au ministre d'Etat, M. de Casablanca, la lettre suivante :

« Paris, 2j janvier 18^2. — Monsieur le ministre, en présence des décrets qui ont paru ce matin, je remplis un devoir impérieux en vous priant de vouloir bien faire agréer au président de la république ma démission des fonctions de membre de la commission créée le 2 décembre dernier.

» Bien que cette commission n'ait été consultée sur aucun des actes du pouvoir, il n'en existe pas moins aux yeux du public, pour ceux qui la composent, une sorte de solidarité avec la politique du gouvernement qu'il m'est désormais impossible d'accepter.

» J'en appelle à votre loyauté, Monsieur le ministre, et au besoin à celle du prince Napoléon lui-même, pour que ma démission soit rendue publique par la même voie que l'a été ma nomination, c'est-à-dire par son insertion au Monileicr... »

Cette lettre écrite, Montalembert l'adressa à ses amis, les priant de la faire connaître, car aucun journal français n'eut la permission de la reproduire. A l'abbé Besson l'orateur l'avait envoyée en y joignant le billet suivant :

« \'ous savez qu'il m'est défendu d'écrire. Je ne vous adresse donc que deux lignes, d'abord pour vous remercier des récentes marques de sollicitude que vous m'avez données, et ensuite pour vous transmettre la copie ci-jointe de la lettre que j'ai écrite hier au nouveau ministre d'Etat. Je dois ajouter que, dès le 14 de ce mois, j'avais refusé la dignité de sénateur, qu'un ministre était venu, ce jour-là, m'offrir au nom du président. Je préférais être réélu dans le Doubs, si, comme on me l'a fait espérer, on voulait bien toujours songer à moi. Mais je ne me doutais pas alors de la spoliation qui se préparait.

» En communiquant l'incluse à toutes les personnes du clergé qu'elle pourra intéresser, vous rendrez service à celui qui a l'honneur d'être, Monsieur l'abbé.

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avec une respectueuse considération, votre très humble et très obéissant servi leur. »

Les décrets de confiscation achevèrent d'ouvrir les yeux à Montalembert et tout en lu. faisant amèrement regretter d'avoir concouru à mettre la France sous la domination d'un homme tel que Louis- Napoléon, elle lui fit prendre en horreur son gouvernement et sa politique. « Quelle indignité ! s'écriait-il Reconnaître la clémence deux fois éprouvée du roi Louis- Philippe (■) par la spohafon de ses enfants!... Rétablir la confiscation, inconnue en France depuis cmquante ans ! Au lendemain d'une révolution faite pour sauver le droit de propriété, Porter à ce droit le coup le plus grossier et le plus perfide!... Enfin pour légitimer sans doute cet acte de brigandage, faire à l'Église la suprême injure de lui offrir cinq millions sur ce bien volé !... Je suis consterné... Personne nest plus rudement frappé que moi... »

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