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discussion, on s'est appliqué à l'assourdir, il semble opprimé comme si l'air eût manqué à sa poitrine, ou comme si sa voix n'eût point été mise au diapason des temps nouveaux. »
Montalembert prit la parole à l'occasion du budget, et dans cette circonstance surtout, il conquit les sympathies d'un certain nombre de ses collègues, mais Louis- Napoléon et le ministère furent exaspérés de la liberté avec laquelle il s'expliquait. On défendit l'impression de ce discours et on saisit à la poste le petit nombre d'exemplaires qui avaient été publiés par méprise.
Ce qui ajoutait au désenchantement du grand orateur, c'était de voir l'apathie de la noblesse et de tous ceux qui pouvaient s'intéresser à la cause catholique. Le temps des généreux enthousiasmes semblait passé; chacun se contentait de la situation actuelle et ne demandait pas davantage. L'âme de Montalembert souffrait cruellement de ces abandons et de ces persécutions; mais d'autres épreuves, encore plus délicates, allaient lui être ménagées par la Providence.
Un de ses frères d'armes, Louis Veuillot, par un revirement d'opinion auquel on ne s'attendait pas, épousa la cause du nouveau gouvernement et devint par le fait un adversaire déclaré de Montalembert. Ce fut l'occasion d'une division très regrettable et non moins funeste parmi les catholiques. Dans les deux partis, on voulait le bien, on travaillait au triomphe de la religion, mais les interminables polémiques suscitées par d'aussi graves divergences sur les questions de principes et sur l'attitude à tenir vis-à-vis du nouveau gouvernement, animaient les uns contre les autres les champions de la sainte Eglise, et dissipaient en pure perte leurs forces respectives. Montalembert, persuadé avec plusieurs évêques et nombre d'excellents laïques, que V Univers, par ses discussions irritantes, ses attaques d'une violence excessive et surtout sa campagne en faveur de l'absolutisme, préparait à la religion les plus redoutables mécomptes, ne recula devant aucun effort pour lui opposer un sérieux adversaire dans le Correspondant.
Cette revue, essentiellement catholique et déjà ancienne, était tombée peu à peu. Il s'agissait de la rajeunir, de la relever en lui donnant pour rédacteurs des hommes de talent. Grâce à de persévérantes instances et des démarches réitérées, Montalembert s'assura le concours de MM. de Broglie, de Falloux, Cochin, Foisset, de Mgr Dupanloup, du P. Lacordaire et de plusieurs autres. On se proposait surtout l'apologie de la religion, la défense de ses intérêts. De magnifiques travaux furent successivement publiés dans la Revue et exercèrent sur les esprits une salutaire infîuence. Ses directeurs soumettaient ainsi au Saint-Siège leur ligne de conduite :
« Notre ferme résolution sera toujours de nous conformer dans l'accomplis-
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sèment des devoirs qui peuvent être imposés à chacun de nous, aux exemples de modération, de prudence, de charité que le vicaire de Jésus-Christ, depuis son avènement, au milieu de tant d'afflictions et d'épreuves, n'a cessé de donner au monde catholique. Si nous nous sommes justement inquiétés de la conduite de quelques écrivains qui semblent s'attacher par de continuelles témérités à compromettre cette œuvre de miséricorde, de douceur et de conciliation, que le règne de Pie IX a fait resplendir aux yeux de l'univers, nous nous efforcerons de ne pas les imiter en les combattant, de ne pas ajouter ainsi aux troubles, aux divisions, aux embarras que notre plus ardent désir serait précisément de prévenir... »
En même temps Montalembert publiait, sous l'inspiration de son zèle pour la religion, un de ses plus remarquables ouvrages : Les intérêts catholiques au XIX' siècle.
« Se reportant cinquante ans en arrière et jetant un regard sur l'Europe, il découvre partout le catholicisme en ruine; la religion semble descendue dans le tombeau; cinquante ans plus tard elle reparaît féconde; sous son influence salutaire, la Pologne reprend vie au milieu des humiliations; la Suisse catholique secoue les chaînes dont on veut l'enserrer, l'Espagne régénérée apparaît radieuse entre Balmès et Donoso Cortès; le catholicisme renverse le protestantisme en Allemagne et les ordres religieux refleurissent sur ses décombres ; l'Autriche, la Prusse affranchissent l'Église; la Belgique, la France, l'Angleterre et la Hollande lui tendent une main amie et, au milieu des puissances occidentales, Rome élève sa tête triomphante, et vers elle se tournent tous les cœurs » (').
« Certes, écrit le grand homme d'Etat, il faut remonter bien haut dans l'histoire pour retrouver un temps où le Saint-Siège ait occupé, ému, dominé les esprits, comme depuis que Pie IX y est monté. Destiné, comme celui dont il est le vicaire, à passer, pendant sa vie mortelle, par toutes les vicissitudes de la grandeur et de la douleur, tantôt investi de la popularité la plus enivrante, tantôt assiégé dans son palais, fugitif, exilé, il n'a cessé de fixer les regards du monde et de montrer l'incomparable majesté du pontificat romain, soit en réveillant les sympathies des indifférents et des incrédules, soit en provoquant, dans l'épiscopat et chez tous les fidèles, les manifestations d'une union dans l'obéissance et d'une subordination à l'Église mère et maîtresse, qui n'a pas été surpassée dans les plus beaux temps du moyen âge. Digne d'aimer et de comprendre la liberté, il a voulu en doter, dans la mesure du juste et du bien, un
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peuple que les agitations démocratiques en ont rendu profondément incapable. Mais au plus fort des entraînements de cette position difficile, par la célèbre allocution du 29 avril, qui brille comme un premier rayon de lumière et de vérité à travers les ténèbres de 184S, et en refusant de déclarer la guerre à l'Autriche, il a su montrer que jamais la politique ne lui ferait oublier la sublime neutralité du père commun de toutes les nations. Bien au-dessus des réformes politiques, dont sa sollicitude s'occupait à si juste titre, il a placé les réformes ecclésiastiques et les intérêts spirituels commis à sa garde. Pendant que toute l'Europe se préoccupe de son sort, et pendant que l'on proclame à Rome sa déchéance et la création de la république, lui, calme et libre au fond de son exil, à Gaëte, les yeux fixés sur le ciel, et le cœur uniquement préoccupé du gouvernement des âmes et des devoirs de sa charge apostolique, adressse à tous les évêques de l'univers une bulle destinée à hâter le moment où la doctrine de l'Immaculée Conception sera érigée en article de foi. Ramené dans Rome affranchie par la valeur française, avec le concours des armes de l'Espagne, de ri\utriche et de Naples, il y rétablit son autorité paternelle, à l'ombre de ce drapeau tricolore qui avait jadis présidé à l'enlèvement de Pie VI et de Pie VII. Les secrets de l'avenir sont à Dieu ; mais, quelle que soit l'issue de l'occupation française, la prise de Rome et le rétablissement du pouvoir pontifical par l'armée de la république répondent aux plus grands souvenirs de l'Eglise et de la France. Celui qui a vu nos soldats agenouillés, dans leur force et dans leur simplicité, sur la place du \'atican, inclinant leurs bannières libératrices, ayant devant eux Saint- Pierre, la cathédrale du monde, sous leurs pieds la poussière des martyrs, sur leur tête la main de Pie IX étendue pour les bénir, celui-là peut se dire qu'il a vu le plus beau spectacle que puisse éclairer le soleil ; et il ne lui reste qu'à répéter, avec l'accent d'une reconnaissante admiration, les paroles gravées par Sixte-Ouint sur l'obélisque de Néron : € Le Christ a vaincu, le Christ règne ! »
ï> Les victoires de l'Église à l'intérieur ne sont pas moins glorieuses. Sur les ruines du gallicanisme, la poésie, l'histoire, les arts, se christianisent ;\dL\\tnr^\ç^ et les institutions des âges de foi ressuscitent. Les oeuvres de la piété refleurissent de toutes parts. Et l'on voit reparaître ces ordres religieux, ces moines qui étaient l'objet spécial de la haine et du mépris du monde rationaliste.
» Les voilà qui sortent un à un de l'abîme où l'on croyait les avoir précipités pour toujours ; qui marchent avec une modeste confiance à la conquête des âmes ; qui, n'ayant que la pauvreté pour arme et pour refuge, luttent contre tous les obstacles et toutes les tentations de la civilisation. Les voilà ! non seulement ces Jésuites, dont la ruine, opérée par le criminel aveuglement des rois,
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a été partout l'avant-coureur de la chute des trônes, et qui partout répondent à leurs détracteurs par des prodiges de zèle, de patience et de charité ; mais encore ces nouveaux Oratoriens qui vont consacrer à la pratique de l'enseignement libre des talents supérieurs et un dévouement aussi modeste que pur ; mais aussi les Bénédictins, humblement courbés sur l'ineffaçable sillon que leur ordre a tracé dans toutes les sciences et toutes les gloires ; mais les fils de saint Bernard, plus nombreux et plus austères dans leurs Trappes qu'on ne les avait vus au temps de Rancé ; mais les Dominicains, régénérés par un homme qui est un saint religieux autant qu'un admirable orateur ; mais jusqu'aux Capucins, dont le froc, si longtemps méprisé, excite encore plus de sympathie que de surprise. Les voilà ! non seulement à Rome ou en France, mais dans les cités enfumées de l'industrie anglaise ; dans les landes de la Westphalie, où ils confondent les prédictions des novateurs ; en Algérie, oîi ils attirent le respect des Arabes ; sur les rives des grands fleuves de l'Amérique, oi^i ils défrichent les bois et les cœurs, comme autrefois les fils de saint Benoît aux bords du Danube et du Rhin. Les voilà au bagne, oîi ils convertissent les forçats ; dans les champs et les forêts, où leurs labeurs dépassent ceux du plus robuste prolétaire ; dans la chaire, où quelques-uns égalent l'éloquence des plus célèbres orateurs , dans le confessionnal, où tous remuent les consciences, éclairent les esprits, consolent et pacifient les cœurs, et livrent à cet orgueil rationaliste, que la fausse science a fait descendre jusque dans les masses, une guerre permanente et victorieuse.
» Et que serait-ce si je pouvais passer ici en revue, à côté des ordres d'hommes renaissants, toute l'immense armée des cono-réo-ations de femmes ? Elle a déjà repris possession du sol de la France, au nom de la prière et de la charité. Bravant tous les genres de mépris et d'obstacles, elle envoie de Paris, d'Angers, de Nancy, des essaims de jeunes et intrépides conquérantes jusqu'à Berlin et au Caire, jusqu'en Chine et en Californie. Sur ces vaisseaux qui portent dans le pays de l'or des nuées d'hommes dévorés par la cupidité et dégoûtés de la vie régulière, voyez-vous ce groupe à part, tranquille, recueilli, patient et joyeux ? C'est un missionnaire avec quelques sœurs de charité, qui vont à la recherche des pauvres âmes qu'il s'agit de dérober à la fièvre du gain et de préserver d'une ruine éternelle.
> Partout cette race immortelle se développe avec la même rapidité que les misères et les infirmités de l'homme. Embrassant dans sa vaste étreinte toutes les forces et toutes les faiblesses de la nature déchue et rachetée, elle est plus vieille que toutes les constitutions, plus neuve et plus féconde que toute les utopies ; elle renouvelle, elle maintient, elle applique toutes les ressources qu'ont produites et le génie du moyen âge et la fécondité de la charité contemporaine,
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depuis les nobles filles de sainte Scolastique et de sainte Claire, jusqu'à ces petites sœurs des pauvres, inventées par une servante bretonne, à l'effet de recueillir les délaissés de la charité régulière, et de se nourrir aussi bien de la desserte des pauvres que des restes de la table des riches. Il y a cinquante ans, pas une seule religieuse ne se montrait sur le sol de la France ; aujourd'hui, on voit apparaître leur cornette blanche, leur visage riant, leur regard pur et calme dans chaque ville, dans chaque bourgade, à l'ombre de tous les clochers, sur le seuil de toutes les écoles, de tous les hospices, partout où il y a une larme à essuyer, une misère à alléger, un mort à ensevelir, un vivant à consoler.
» Vous avez vu une forêt abandonnée à la cognée du bûcheron : tout paraît mort, dévasté, stérile ; les vieux chênes sont tombés, et leur feuillage desséché jonche le sol d'alentour ; leurs grands bras dépouillés et dépecés, leurs troncs mutilés gisent à terre : rien n'est épargné, et jusqu'aux jeunes rejetons qui croissaient à l'ombre de leurs ancêtres semblent entraînés dans la ruine commune. Et cependant, rien n'a péri ! De ces cépées, que la hache a découronnées, la sève et la vie vont jaillir de nouveau. Tout renaît, tout repousse, tout se relève et reverdit. Au bout de quelques années, vous repassez, vous retrouvez d'épais ombrages, une végétation féconde, partout la fraîcheur, la jeunesse, la beauté et l'impérissable témoignage de la vitalité dont Dieu a doté la nature !
» Ainsi, et plus vivace encore, renaît du sein déchiré mais inépuisable de rÉoflise la race invincible des serviteurs et des servantes de Dieu. »
Dans ces pages vibrantes d'émotion, pleines de chaleur communicative, Montalembert,après un brillant tableau des conquêtes et des progrès du catholicisme, s'attache à démontrer qu'on ne les doit ni à Napoléon I", ni à la Restauration, mais à la liberté dont le régime parlementaire a doté le pays et il prémunit les catholiques contre les dangers de l'absolutisme en les suppliant de ne pas se livrer aveuglément au nouveau pouvoir.
S'il fut attaqué et critiqué avec violenceparr6^«ïz/^r.yet par tous les partisans de la politique de ce journal, en revanche il reçut les plus chaudes félicitations d'une multitude d'éminents catholiques. Voici entre autres dans quels termes lui écrivent les évêques (') :
« Nos affections ne sont pas tout à fait les mêmes, lui dit le cardinal de Donald, mais nous sommes parfaitement du même sentiment sur 'Eglise, sa liberté, sa constitution : c'est l'essentiel. »
« La question que vous traitez, écrit Mgr Régnier, archevêque de Cambrai, peut être l'objet d'appréciations diverses, mais on ne pourra contester ce qu'il