I. Cités par le P. Lacanuct. Montalcmberty III
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y a de digne et de noble dans la position que vous conservez, ni ce que renferment de prudent et de sage les conseils que vous donnez aux catholiques, relativement aux incertitudes et aux éventualités de l'avenir. »
« Je suis enchanté, écrit Mgr Blanquart de Bailleul. On ne parle pas un plus beau langage, on n'a pas de plus nobles sentiments. Vous vengez dignement les vaincus sans insulter aux vainqueurs. Vous avez une puissance de raisonnement, une manière d'évoquer les faits et de les mettre en lumière qui donne à votre argumentation une autorité et un charme extrêmes... Le contentement l'a tellement emporté chez moi que je ne me souviens pas d'une contreimpression. »
« Vous m'avez procuré réellement une des jouissances les plus vives que j'aie eues depuis longtemps... avoue Mgr de Salinis. Il y a si longtemps que c'est un bonheur pour moi de vous entendre dire éloquemment tout ce que je pense, tout ce que je sens!... »
« L'esprit qui a dicté vos conclusions, écrit Mgr de Bonnechose, m'a dirigé moi-même dans les conjonctures délicates que nous venons de traverser... Sans blâmer l'exercice du pouvoir absolu depuis un an, je blâme les écrivains qui prétendent en glorifier la théorie et la montrer comme l'idéal et la perfection du gouvernement. »
«Je crois comme vous, Monsieur le Comte, remarque Mgr Pie, évêque de Poitiers (et chacune de mes publications pastorales depuis le 2 décembre en fait foi), que l'Église doit s'attendre, pour un avenir prochain, à rencontrer beaucoup d'embarras et d'entraves dans la prétendue protection d'un pouvoir trop personnel pour ne pas mêler à ses dons de déplorables e.xigences. »
Le P. Lacordaire, le P. de Ravignan et une foule d'autres expriment dans les termes les plus pompeux l'admiration, la reconnaissance, le bonheur que le livre de leur ami fait naître dans leur âme.
Montalembert trouvait dans ces précieuses approbations un dédommagement aux attaques et aux dénigrements qui venaient trop souvent l'affliger et qui l'eussent découragé s'il avait été moins dévoué à l'Lglise. Une autre consolation lui était réservée : il fut élu membre de l'Académie française.
Succédant à M. Droz, voltairien converti, qui était devenu un fervent catholique, il fut appelé à faire son éloge le jour de la réception. Montalembert lut ses œuvres et s'attacha surtout à analyser et à juger son important ouvrage : Histoire du règne de Louis XVI. S'étant laissé entraîner par son imagination et sa verve habituelle, il composa un discours plus d'une fois trop long ; il paraît que ne pouvant se décider ensuite à en supprimer la moitié, il pria un de ses amis, M. Foisset, de faire lui-même les retranchements nécessaires, besogne
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que ce dernier n'accomplit qu'avec répugnance et pour rendre service à son ami.
En tout et toujours Montalembert était chrétien : nous en voyons une nouvelle preuve dans le naïf récit que fait son journal de la préparation qu'il apporta à la solennité littéraire. « Enfin, ce grand jour arrive, écrit-il, et se passe heureusement. Je me lève tard, quoique ayant peu dormi. Je prie de mon mieux et m'humilie tant que je puis devant Dieu, et, fortifié par l'invocation spéciale de Notre-Dame de la Salette, je pars pour l'Institut. La séance de l'Académie s'ouvre à deux heures. Aucun des pronostics fâcheux lancés contre moi, ne se réalise : non seulement on n'a pas fait le vide autour de moi, mais, depuis la réception de M. Royer-Collard en 1827, on n'a jamais vu une telle aftluence, une foule plus élégante ni surtout plus sympathique (')•■•»
Le discours du récipiendaire, dans ces solennités académiques, est toujours suivi d'un autre discours en réponse à celui du nouvel élu. Ce fut Guizot qui répondit au noble champion de la cause catholique, et il profita de cette occasion pour le féliciter de son admirable indépendance, de son opiniâtreté à soutenir les doctrines libérales et chrétiennes, aussi bien sous un gouvernement absolu que sous tout autre.
« Catholique et fervent fidèle, lui dit-il, vous pouviez tomber dans l'erreur de ceux qui, par esprit, soit de routine, soit de réaction, soit de système, feraient de l'Église catholique l'alliée exclusive du pouvoir absolu et la placeraient en hostilité permanente avec ces libertés de l'ordre temporel, acquises par le travail de tant de siècles, et toujours chères et nécessaires au nôtre, malgré les fatigues qu'elles lui coûtent et les égarements où elles l'ont jeté. Wius n'avez point touché, Monsieur, sur ce dangereux écueil : dangereux et pour de nobles esprits et pour la religion elle-même, qu'ils ont quelquefois méconnue et compromise, au moment même où ils la défendaient glorieusement. \'ous avez mieux compris et votre temps et l'Église ; vous savez que si elle est l'appui naturel de l'ordre et du pouvoir social, elle se prête aux diverses formes de gouvernement, aux grandes nécessités de l'histoire, et qu'elle peut aussi accepter et protéger ces belles libertés de l'âme et de la vie humaine, plus ou moins développées et praticables selon les temps, mais qui, une fois reconnues et réglées, deviennent l'honneur civil des nations. Vous avez, vous-même. Monsieur, constamment défendu ces libertés, celles de votre pays comme celles de votre foi, et vous avez ainsi bien servi la cause de la religion chrétienne et de son autorité sur les peuples... Ce qui fait peut-être votre caractère le plus original et votre principal attrait, c'est que vous avez su réunir, à un degré rare, dans votre âme, le
l. Joui liai, cité par le I'. Lccamict, //">('., III.
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respect du passé et le mouvement vers l'avenir, la fidélité à la tradition et le goût de la liberté. »
Le soir de cette grande journée, Montalembert reçut la visite d'un jeune catholique, qui venait, lui aussi, le féliciter, Henri d'Audigier. Il avait entendu Guizot répondant au nouvel immortel et louant son ancien adversaire, tant de fois incriminé de jésuitisme sous le gouvernement de Juillet, le qualifiant même d' « âpre lutteur de l'arène politique ». Le jeune homme, qui avait assisté à ce curieux spectacle du noble fils des croisés accueilli et acclamé par ceux qu'il avait tant de fois combattus, assurant qu'il ne reculerait pas devant les fils de Voltaire, exprima en termes chaleureux son enthousiasme de vingt ans ; après avoir rappelé la distance parcourue depuis le jour où les fils de Voltaire, bondissant sous le fouet, couvraient de leurs murmures la voix éloquente du fils des croisés, il s'écria, dans un élan de chaude sympathie pour l'orateur catholique :
« Ah ! souffrez que j'ajoute une définition à celle que M. Guizot a faite de vous : vous n'êtes pas seulement le lutteur imcomparable des arènes politiques. Vaillant et fort comme un baron des Croisades, croyant comme eux, en un temps où nul ne sait plus l'être, vous êtes le dernier baron chrétien.
— Jamais, lui répondit Montalembert, jamais, il y a quatre ans, je n'aurais pu faire ce discours à l'Académie. Attaquer Voltaire ! en pleine Académie, là même où l'on mettait alors au concours l'éloge du patriarche de l'incrédulité, dire à haute voix, — en public, à l'Institut, de Voltaire, — • qu'il fut «le plus formidable esprit que le mal ait enfanté », je ne l'aurais jamais pu ! Et quel symptôme de cet apaisement, de cette amélioration de l'esprit public, que le seul discours de M. Guizot!... Mon ami, l'avez-vous remarqué ? de quel air, sur quel ton, n'a-t-il pas prononcé, en pareil lieu, son « Notre-Seigneur Jésus- » Christ » ! Oh ! oui, rien de plus nouveau, rien de plus rassurant ! »
On le voit, le vaillant catholique se réjouissait et aimait à manifester son contentement, toutes les fois qu'un honneur public était rendu à la religion ou qu'on proclamait ses bienfaits, sa divine influence. Et lorsque au contraire il arrivait qu'on la calomniât devant lui, il n'hésitait jamais à prendre hautement sa défense et à confondre ses contradicteurs. Nul ne fut plus que lui l'adversaire décidé et implacable du respect humain.
Un jour, raconte Mirecourt, trois voyageurs revenaient, en chemin de fer, du camp de Compiègne. L'un d'eux était un homme de trente à quarante ans, au visage pâle et régulier, avec de longs cheveux tombant droit, des yeux grands et mélancoliques d'une expression pleine d'aménité et de poésie. II lisait un livre de Joseph de Maistre et semblait parfois méditer, comme perdu dans une sorte d'extase.
CÇapitrc Septième
A côté de lui se trouvait un capitaine de dragons, dont la lèvre supérieure était ornée d'une large moustache noire, qu'il relevait en crocs d'un air martial, et dans l'angle opposé se tenait vis-à-vis d'eux un tout jeune homme, qui, le lorgnon dans l'œil, regardait le lecteur avec un air très suspect d'impertinence.
« Voyez donc la bonne tête de jésuite ! murmura ce dernier, à voix basse, en se penchant vers le capitaine, son vis-à-vis de wagon.