chapitre Septième
Nous trouvons dans la correspondance de Montalembert, sous la date de la même année, une réponse à une nouvelle invitation à la distribution des prix du collège Saint- François Xavier. Le député du Doubs la décline fort spirituellement, en y mêlant quelques pressentiments sur son avenir politique.
i Monsieur le Supérieur, — Je regrette vivement de ne pouvoir, pas plus cette année que les précédentes, assister à votre distribution des prix. Il y a pour cela une raison impérieuse : c'est qu'il faut que je sois pour le 1 5 à Paris. En outre, vous dites que vous êtes étranger à la politique, mais vous ne pouvez pas en dire autant de moi, qui suis essentiellement un anirital politique. Cela étant, vous ne devez pas perdre de vue les inconvénients de tout genre qu'il y aurait à me faire figurer dans une solennité où beaucoup de regards hostiles ou jaloux doivent être fixés sur vous. Quand je ne ne serai plus député, ce qui ne tardera pas, très probablement, alors, si vous voulez encore de moi, nous verrons ce qui pourra se faire et se dire.
» Je suis, du reste, profondément touché de la précieuse sympathie que vous voulez bien me conserver et me témoigner, et j'irai vous parler de ma reconnaissance en passant à Besançon dimanche ou lundi. Nous irons voir ensemble, si vous le voulez bien, les reliques de sainte Elisabeth à l'hôpital, car on m'écrit de Marbourg qu'on vient d'y découvrir ses ossements en repavant l'église... »
Un voyage en Suisse, un séjour à Besançon, une course moitié scientifique, moitié électorale, dans les cantons de Quingey et d'Amancey, occupèrent Montalembert une partie de l'année suivante (1856). Voici deux lettres qui se rattachent à ces circonstances, et qui indiquent l'emploi de son temps.
« Monsieur l'abbé ('), — Est-il bien vrai que je vous aie jamais promis d'aller assister à votre distribution des prix ? Ma conscience ne me dit rien à cet égard. Quoi qu'il en soit, cela m'est tout à fait impossible cette année. Je pars pour la Suisse avec mes filles, dont l'une entre en vacances et revendique tout mon dévouement paternel. J'espère bien être de retour à Besançon le 28 au soir et y rester quelques jours.
» Je vous propose de visiter Alesia, pourvu que ce soit en passant et que cela ne nous prenne pas plus d'une demi-journée. Si vous le voulez bien, nous irons coucher à Quingey dimanche soir 31. Le lendemain matin, nous irons par Alaise dîner à Amancey, où je compte donner rendez-vous à quelques curés de ma connaissance ; ou, s'il faut, à la rigueur, plus de temps que je ne pense pour faire cette excursion, nous coucherons à Amancey, et nous retournerons
I. C'était encore au supérieur du collège Saint-François Xavier qu'il s'adressait.
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le lendemain soir à Besançon. Connaissez-vous le curé de Quingey, et pensezvous que je puisse lui demander l'hospitalité ? Si cette idée vous agrée, je vous donne carte blanche pour disposer notre voyage, à condition que vous me fassiez savoir le moment où je pourrai fixer à M. le curé d'Amancey le jour où je dînerai chez lui avec ses confrères. Veuillez me répondre à ce sujet par un mot que je puisse recevoir avant mon départ pour la Suisse... »
Ce petit projet put se réaliser au contentement des uns et des autres ainsi qu'on va le voir.
« Je serais charmé, écrit-il à M. de Jallerange, de me rendre à votre invitation pendant les jours que je vais passer à Besançon ; mais je ne pourrais y arriver que le 28 fort tard, devant m'arrêter ce jour-là pour dîner à Ornans, et le 31 dimanche au soir, je dois repartir avec M. l'abbé Besson pour aller coucher à Quingey, et de là à Alaise.
» Il ne me reste donc que deux jours maigres, ou bien le dimanche, à l'heure <lu déjeuner. Disposez de moi. Monsieur, pour celui de ces trois jours que vous préférez. Je suis à vos ordres, mais à la condition que vous me traiterez avec la simplicité dont je vous ai donné l'exemple à Maîche, et non avec le luxe bisontin et parisien que nous avons tant déploré.
» Je crains bien que M. Jacquard ne me trouve plus à Maîche, car je pars -après-demain ; mais s'il vient demain, je serai charmé de le recevoir. Je vous remercie d'avoir songé à le mettre en relation avec moi, comme de toutes les preuves que vous voulez bien me donner de votre sympathique intérêt. Croyez à ma sincère reconnaissance et agréez l'assurance de ma haute considération. »
La question d'Alesia divisait alors la Franche-Comté et la Bourgogne, occupait l'Institut et attirait des amateurs, des savants français et étrangers, des princes même, disait-on, sur le nouveau théâtre où un architecte de Besançon, M. Delacroix, avait transporté tout à coup la lutte de Vercingétorix contre César. A la place d'Alise-Sainte- Reine, où la tradition, d'accord avec les monuments, plaçait ce combat suprême, le hardi et spirituel archéologue signala Alaise, entre Salins et Besançon, sur des plateaux inaccessibles, ce semble, aux grandes armées, mais où son génie inventif imagina, découvrit, disposa, mit en bataille, à défaut de débris celtiques et romains, des tumulus, des lieux dits, des rochers sous le nom de murailles, tout un arsenal, jusque-là inconnu, de preuves assez populaires pour gagner le pays à sa cause, et assez habilement présentées pour faire réfléchir nombre de savants. Montalembert connaissait Alise-Sainte- Reine ; il proposa à un prêtre de ses amis de visiter avec lui Alaise, en suivant la route que César, si tant est qu'il y soit venu,