‹ MontalembertChapitre 5 sur 71 · Uotcl ilo ViUo lit- iiruxoUes. yi'.^y · texte numérisé non relu

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conductrice ! Je réussis à lui démontrer que, dans son état d'obscurité et de pauvreté, elle était tout aussi heureuse que moi, et ensuite que l'état des classes

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inférieures était bien meilleur qu'avant la Révolution. Après avoir gagné ces ■deux points, je tombe sur M. de Villèle ; mais il paraît que l'esprit de la brave femme se bornait à des généralités ; car elle se brouilla entièrement dès que je commençai à particulariser. Toutefois, j'arrivai à la Roche tout fier ; car je sentais que j'avais rempli un devoir, que j'avais communiqué des lumières. >

Dans plusieurs lettres subséquentes, il donne à son ami d'intéressants détails sur son court séjour chez le duc, — qui était alors, comme on le sait, cardinal.

« M. de Rohan est d'une bonté parfaite pour moi. Sa dévotion est bien touchante ; les cérémonies de la chapelle, qui est admirable, sont exécutées avec un soin et un recueillement tout à fait édifiants. Je ne connais point d'édifice religieux où l'on se sente plus disposé à la piété que clans la chapelle de la Roche-Guyon ; elle est creusée dans le roc et ornée avec la plus grande magnificence. J'y ai communié hier.

» Il est venu ici beaucoup de monde dernièrement : nous avons maintenant le comte Apponiy, ambas.sadeur d'Autriche, et sa femme ; le comtesse Esterhazy, amie de la Dauphine, et ses filles ; mais ce qui me plaît le plus dans la société actuelle de la Roche-Guyon, c'est un jeune homme qui partage entièrement nos idées, et avec qui j'espère me lier dans la suite...

» — Ce qu'il y a eu de plus intéressant ces jours-ci, et ce qui a produit le plus d'impression sur les étrangers, c'a été les cérémonies admirables de la délicieuse chapelle d'ici. Tu ne peux te faire une idée de leur solennité et du recueillement (]iii y règne.

» Je ne travaille pas trop, n'aie pas peur. Je ne lis presque que de la poésie : un livre d'Homère, un poème de Byron, un peu de Pline, voilà absolument tout ce c[ue je fais par jour. Je joue beaucoup et très mal au billard et je fais de longues promenades, pendant lesquelles je suis accompagné par mon favori Thomson ou par Cowper.

» — Ah! cher ami, que je regrette de ne pas t'avoir avec moi dans les longues et solitaires promenades que je fais ici! Je tâche de m'en consoler par la lecture... Tu rirais bien si tu me voyais livré, pendant ces promenades, à une de mes occupations favorites, la déclamation. Souvent, au milieu d'un bois, je commence une improvi-sation fougueuse contre le ministère, et puis, avec ma vue basse, je tombe nez à nez sur quelque bûcheron ou quelque paysanne, qui me regardent d'un air ébahi et me croyent sans doute échappé d'une maison de fous. Moi, couvert de honte, je me sauve à toutes jambes, puis je recommence à gesticuler et à déclamer. Oh ! tu rirais de bon cœur, j'en suis persuadé.

» — Je suis encore tout ému de la belle cérémonie qui a eu lieu ici hier. C'était la fête de la Réparation des injures faites à Notre-Seigneur dans le

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