LK GÉNÉRAL LAMORICIÈRE. (P
demanda son avis. « C'est bien, répondit cet ami si fidèle et si courageux, mais ce n'est pas là tout le sujet. » Ce mot fut un arrêt de mort pour le volume prêt à paraître. L'auteur, par un trait d'abnégation inouï, mit au pilon l'ouvrage imparfait qui lui avait coûté di.\ ans de travail, et passa treize ans à compléter
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et à agrandir son sujet, en faisant précéder la Vie de saint Bernard de l'Histoire des moines d'Occident. Que ne fit-il pas pour en recueillir les éléments épars dans les lieux les plus éloignés, et confondus dans la poésie légendaire des chroniques espagnoles, franques, italiennes, allemandes et anglo-saxonnes ! Il voyagea dans toute l'Europe, visitant les casernes, les magasins, les haras, les écuries, qui avaient été autrefois de célèbres abbayes, ramassant les derniers restes des chapiteaux et des colonnettes que le casseur de pierres achevait de mutiler sur la route voisine, interrogeant les derniers témoins des splendeurs monastiques, plaidant partout sur son passage cette cause perdue, ce semble, à tout jamais, des moines dépouillés par les puissances, raillés par les légistes, oubliés ou condamnés par l'ingratitude ou l'injustice des peuples. Il revenait de ces lointains voyages avec un riche butin, une quantité incroyable de choses aussi vieilles que notre civilisation, mais singulièrement neuves pour ce siècle d'oubli encore plus que de progrès ; puis, l'automne venu, il s'enfermait à la Roche-en-Breny ou à iNIaîche, dans la compagnie des annales bénédictines et des Bollandistes, et il expliquait, complétait, éclairait, par les notes de ses voyages, ces textes obscurs des légendaires du VI I^ siècle, ces dissertations un peu froides des érudits du XVI I=. En passant à Besançon, sa première visite était pour le bibliothécaire de la ville, qu'il appelait tantôt le redoutable IVeiss, à cause des instances qu'il fallait faire pour obtenir de lui quelque livre rare, tantôt le savant, Xinépiiisable, Xiticomparable, éloges sincères autant que mérités. L'air pur de la Comté ranimait sa patience, son ardeur et sa plume; il retrouvait des forces en touchant cette terre qui était pour lui comme une patrie adoptive. Que de fois le consciencieux écrivain ne s'est-il pas dit qu'il avait entrepris une œuvre au-dessus de ses forces ! Que de fois il a été tenté de renoncer à cette tâche excessive, de fuir cet abîme où semblaient devoir s'engloutir, avec ses années fugitives, une patience épuisée et une fatigue impuissante ! Son érudition, toute de première main, cherchait la vérité à tout prix. Sur la moindre date, sur la circonstance la plus insignifiante en apparence, il voulait la lumière et il la faisait. Chaque page avait été écrite en consultant, en comparant, en traduisant, en rectifiant vingt in-folio. Il entrait, comme autrefois les moines, la cognée à la main, dans les forêts de l'Europe encore vierges, il entrait dans cette forêt touffue et inextricable de noms et de faits, d'hommes et de langues, d'institutions et de ruines, il y défrichait avec la plume l'histoire la plus vaste et la jjIus oubliée qui fut jamais, et il l'écrivait pour les lettrés les plus délicats comme pour les savants les plus difficiles, avec toute l'exactitude qu'on pourrait exiger d'un Mabillon, avec toute la sagacité et tout l'intérêt qui distinguent Guizot et les deux Thierry, mais aussi avec cette vigueur, cette originalité, cet
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éclat, qui n'appartiennent qu'aux Tertullien, aux Augustin et aux Bossuet. L'Introduction qui précède cette histoire, et qu'on peut appeler la philosophie du livre, est à elle seule un livre tout entier.
L'auteur, rejetant loin de lui tous les lieux communs allégués pour la défense des moines, ne demande point grâce pour ces augustes institutions au nom des sciences, des lettres, de l'agriculture. « Sans doute, les services qu'elles ont rendus en défrichant les forêts et en transcrivant les monuments historiques et littéraires, auraient dû suffire, si l'humanité était juste, pour couvrir les moines d'une éternelle égide. Mais, ce qui est bien autrement digne d'admiration et de reconnaissance, c'est la lutte permanente de la liberté morale contre les servitudes de la chair ; c'est l'effort constant de la volonté consacrée à la poursuite et à la conquête de la vertu chrétienne ; c'est l'essor victorieux de l'âme dans ces régions suprêmes où elle retrouve son immortelle grandeur. Voilà ce qu'ont voulu les moines, et voilà ce qu'ils ont fait. Ils pratiquaient la perfection dans une vie de mortification et de sacrifice : c'était le principal. Défoncer la terre, copier les manuscrits, écrire les annales des peuples, n'était que l'accessoire. L'éducation de l'âme, tel est le caractère fondamental des institutions monastiques. Là était le but, le fond, l'objet suprême de l'existence, l'unique ambition, le mérite unique, la souveraine victoire. »
Autant on a méconnu cette vérité en défendant les moines, autant on a oublié, en les regrettant, la véritable nature de leur vocation. « S'il est des lieux pour la santé du corps, a dit Chateaubriand, ah ! permettez à la religion d'en avoir aussi pour la santé de l'âme. » L'idée est poétique et touchante, mais elle n'est pas vraie. Les monastères n'étaient nullement destinés à recueillir les invalides du monde. Ce n'étaient pas les âmes malades, c'étaient au contraire les âmes les plus saines et les plus vigoureuses qui se présentaient en foule pour les peupler. On ne rencontre guère que dans les romans ces vocations produites par les mécomptes, les chagrins, la mélancolie. S'il y a eu des hommes jetés dans le cloître par un grand malheur, par une disgrâce éclatante, par la perte d'un être passionnément aimé, ces exemples sont assez rares. Le caractère distinctif des vocations religieuses, ce n'est ni le caprice, ni l'infirmité, ni la déception : c'est la force. Les vrais moines des grands siècles de l'Eglise sont les représentants de la virilité sous sa forme la plus pure et la plus énergique. La solitude est la patrie des forts, le silence leur prière. La milice monastique était la chevalerie de Dieu. Jamais hommes ne connurent moins que les moines la crainte du plus fort ni les basses complaisances envers le pouvoir. Les cœurs vraiment indépendants ne se trouvèrent nulle part plus nombreux que sous le froc. Il y avait là. et en foule, des âmes calmes et fières,
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droites et hautes autant qu'humbles et ferventes, des âmes vraiment héroïques, comme les appelle Pascal. Le cloître fut pendant toute la durée des âges chrétiens l'école permanente des grands caractères, c'est-à-dire de ce qui manque le plus à la civilisation moderne.
Montalembert, il faut bien l'avouer, justifie assez ce qu'il pense de la vocation des moines par ce qu'il raconte de leurs services. Il montre dans ces prétendus rêveurs, dans ces oisifs, que le dernier siècle a flétris et que le nôtre a oubliés, des hommes énergiques, actifs, pratiques, imposant cortège de saints, de pontifes, de docteurs, de missionnaires, d'artistes, de maîtres de la parole et de la vie, les premiers au combat et au travail, sortant des cloîtres pour remplir les chaires, pour peupler et diriger les conciles, les conclaves, les diètes, les croisades ; puis rentrant dans leur solitude pour y créer des églises et des livres qui étonnent et défient l'orgueil des modernes. Voulez-vous rechercher les raisons qui ont mérité aux moines un rôle si important dans les destinées de l'Eglise ? Il est facile de les reconnaître dans les deux grandes fonctions communes à tous les ordres et à toutes les branches, la prière et l'aumône. Prier beaucoup et donner toujours, c'est ce que Montalembert appelle éloquemment les deux services du monachisme. Quel spectacle que ce saint et perpétuel combat engagé contre l'omnipotence divine par les supplications de tant de milliers de moines, champions aguerris et infatigables de la chrétienté, rassemblés et ordonnés légalement pour la prière en commun, et regardés avec raison par le bon sens public comme une puissance d'intercession instituée pour le salut du monde ! Mais les moines ne se bornent pas à cet ordre de bienfaits. Ils servent, ils touchent, ils moralisent la société par l'exemple le plus constant de la charité la plus féconde. Il ne leur suffit pas de soulager la pauvreté, ils l'honorent, ils la consacrent, ils l'adoptent, ils l'épousent comme ce qu'il y a de plus grand et de plus royal ici-bas. Que de soins délicats, que de tendres prévenances, que de précautions ingénieuses inventées et pratiquées pendant douze siècles dans ces maisons de la prière qui comptaient parmi leurs dignitaires les infirmiers des pauvres ! Après avoir édifié et réjoui la foule indigente par le spectacle de leur vie pacifique et douce, ils lui offraient encore en temps de guerre un asile presque toujours respecté. Leur seul aspect semble avoir toujours été une prédication permanente au profit de l'aumône, et leur familiarité habituelle avec les grands a toujours profité aux petits.
Quand on a lu ce chapitre, on pleure d'admiration en songeant à l'héroïsme des moines ; mais Montalembert nous apprend dans le chapitre suivant que ce qui nous paraît de l'héroïsme n'était que du bonheur. Le bonheur des moines était naturel, durable, profond. Ils prolongeaient et achevaient leur vie au sein
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d'une tranquillité laborieuse et d'une douce conformité : l'amitié en était le
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Mais cette paix et cette joie, qui constituaient leur apanage, ils ne s'en réservaient pas le monopole ; ils la versaient à pleines mains sur tout ce qui les entourait et partout où on leur en laissait la liberté. Ils la montraient, ils la prêchaient, ils la donnaient à tous ceux qui s'approchaient d'eux. Il n'y avait pas un besoin moral ou matériel auquel n'eussent essayé de pourvoir ces moines, qui de tous les bienfaiteurs de l'humanité furent à coup sûr les plus généreux,
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les plus ingénieux, les plus aimables, les plus désintéressés et les plus persévérants. De là tant de bonheur inaperçu dans les annales de l'histoire, mais distillé en abondance dans le cœur des peuples chrétiens, pendant toute la durée de la ferveur monastique. De là cette paix invincible, cette lumineuse sérénité, qui régnaient sur tant d'âmes au milieu même des époques les plus orageuses du moyen âge.
Les moines avaient découvert l'art de concilier la grandeur avec l'humilité, les apaisements du cœur avec les ardeurs de l'intelligence, la liberté et la lécondité de l'action avec une soumission minutieuse et absolue à la règle, des
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traditions ineffaçables avec l'absence de toute hérédité, le mouvement avec la paix, la joie avec le travail, la vie commune avec la solitude, la plus grande force morale avec une entière faiblesse matérielle. Et ce merveilleux contraste, cette étrange union des qualités et des conditions les plus diverses, ils ont su les faire durer pendant mille ans. Ils avaient trouvé le secret des deux choses les plus rares en ce monde, le bonheur et la durée. Ils ont duré sept, huit, dix et quelquefois même quatorze siècles, c'est-à-dire autant que la royauté française, et deux fois ce qu'a duré la république romaine.
En pénétrant ainsi le secret d'une vie si tenace et si féconde, Montalembert n'a garde d'oublier l'impartiale équité que l'histoire commande. Il ne dissimulera aucune tache, afin d'avoir le droit de ne voiler aucune gloire ; il ne taira aucun grief, afin de n'omettre aucune réponse. Après le tableau de la ferveur, vient celui de la décadence et de la ruine.
L'abus des richesses et de la commende dans les abbayes, le relâchement des moines, la malveillance intéressée du pouvoir temporel, la cupidité de l'aristocratie, la mollesse du clergé, expliquent la décadence; mais rien ne justifie la ruine. Après avoir eu le rare et le plus difficile de tous les courages, celui de dire la vérité aux amis de la vie religieuse, l'illustre écrivain use de la même liberté envers ses détracteurs et ses ennemis. Il dit aux révolutionnaires : « Il ne faut jamais se laisser aller jusqu'à absoudre les crimes, sous prétexte que les victimes ont mérité leur sort. L'injustice des hommes sert la justice de Dieu, mais elle n'en reste pas moins l'injustice ; » aux princes : « C'est vous qui êtes les grands coupables, car vous avez trafiqué des abbayes pour assouvir les passions de votre noblesse et pour asservir par là sa liberté ; » aux sophistes modernes de Berne, de Turin et d'ailleurs : « Qu'est-ce que ces reproches contradictoires dont vous accablez les moines ? S'ils observent leur règle, on dit qu'ils ne sont pas de leur siècle ; s'ils ne l'observent pas, les mêmes voix qui les insultaient comme fanatiques crient au relâchement. S'ils administrent mal leurs domaines, on les leur ôte sous prétexte qu'ils ne savent pas en tirer parti; s'ils les administrent bien, on les leur ôte encore, de peur qu'ils ne soient trop riches. S'ils sont nombreux, on leur défend de recevoir des novices, et quand ce régime les a réduits à n'être plus qu'une poignée de vieillards, on déclare que, n'ayant pas de successeurs, leur patrimoine tombe en déshérence. » Mais il faut entendre surtout comme il flétrit ces faux savants, ces lettrés de bas étage, ces lâches sycophantes de la spoliation qui, s'attachant à suivre la piste des 'Vandales, essaient encore de flétrir jusqu'à la mémoire de ceux que leurs devanciers ont naguère livrés à la hache du bourreau et au marteau du démolisseur.
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« Est-ce bien vous, qu'on n'a peut-être jamais vus ployer le genou, depuis votre enfance, dans un temple chrétien, qui vous érigez en docteurs de la prière et de l'office canonial ? Avez-vous donc si scrupuleusement réprimé en vousmêmes toutes les faiblesses de la chair, pour qu'il vous soit donné de peser au poids du sanctuaire les désordres plus ou moins bien constatés de certains moines ? Contez-nous donc vos efforts, disait Bossuet à certains rigoristes de son temps. Ah ! si vous vouliez bien commencer par essayer de la règle la plus relâchée, par vous contraindre aux observances de l'ordre le plus dégénéré, vous pourriez monter avec quelque autorité au tribunal de l'histoire, et votre âpre censure pourrait inspirer quelque confiance. Quoi ! les bénédictins mangeaient de la viande ; les carmes déchaussés portaient des souliers ; les cordeliers ne ceignaient plus leurs reins de la corde! En vérité! et vous qui les accusez, que faites-vous donc de tout cela? Ils ne se donnaient plus la discipline aussi souvent qu'autrefois ? Mais vous, combien de fois par semaine la prenezvous ? Ils ne consacraient plus à la prière, au travail, autant d'heures qu'ils le devaient ! Et vous, où sont les champs que vous avez fécondés de vos sueurs, les âmes que vous avez sauvées par vos oraisons ? Après tout, les plus coupables, les plus dépravés, vivaient comme vous vivez : voilà leur crime. Si c'en est un, ce n'est pas à vous qu'il appartient de le châtier. Eh quoi! vous commencez par infecter l'Eglise de vos vices, et puis vous lui reprochez d'en être atteinte et souillée ! Vous administrez le poison à la victime, et vous faites un crime d'y avoir succombé ! Ah ! certes ! que les fidèles, les zélés et les purs se soient indignés et désolés du relâchement monastique ; qu'un Bernard, un Pierre Damien, un Charles Borromée, un François de Sales, une Catherine de Sienne, uae Thérèse, l'aient dénoncé à Dieu et à la postérité, on le conçoit. On ne concevrait même pas leur silence. Mais vous, héritiers ou panégyristes des auteurs du mal qui a corrompu les moines, comme de la spoliation qui les a frappés, vous devriez être les derniers à vous étonner et à vous plaindre, car c'est le procès de vos pères ou le vôtre que vous instruisez. »
Ceux que les découvertes d'une science neuve et profonde ne charment pas assez peuvent donc lire encore, s'ils aiment l'éloquence, \ Histoire des moines d'Occident. Le sujet y est toujours grand, le style plein de couleurs, la parole émue et entraînante. L'érudition n'y fatigue jamais, parce que l'éloquence la soutient et l'élève ; elle n'y déborde pas, parce que le goût la domine et la contient. L'ordonnance de l'ouvrage atteste la supériorité d'esprit avec laquelle l'auteur a embrassé son sujet. Il met en relief les grands noms, groupe autour d'eu.\ les têtes secondaires, évite par là toute confusion, renouvelle incessamment l'intérêt, donne à chacun la place qui lui convient, et fait de chaque cha-
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pitre un tableau parfait dont le dessin, les proportions et le coloris sont également admirables. Ajoutez à cela les cris de noble indignation et de sainte colère jetés contre les spoliateurs des institutions monastiques, les -cris d'admiration, de reconnaissance et d'amour poussés vers Dieu et les saints à la vue des merveilles accomplies par l'esprit des Benoît, des Grégoire et des Colomban. Tout cela est bien vieux, disent les gens du jour, tout cela n'est plus, et il nous faut autre chose pour vivre et nous sauver en ce monde. Oui, tout cela est vieux ; mais ce vieux, il faut l'étudier, parce que c'est là qu'est la vie. Oui, tout cela n'est plus ; mais ce qui n'est plus, il faut le ressusciter et le refaire, sous peine de périr. Montalembert a écrit son Histoire des vioities d'Occident en face des sottes vanités, du luxe stérile, des égoïstes servitudes d'une société avilie, corrompue et rampante. La dignité modeste, la pauvreté féconde, l'indépendance généreuse, excitaient alors les railleries ; nous regrettons aujourd'hui ces belles qualités, qui ne sont plus de notre siècle ; nous parlons de grandeur antique et de noble fierté ; nous souhaitons que la France, que l'Europe, se régénèrent. Eh bien ! sachons gré à Montalembert de nous avoir tracé le spectacle des rudes vertus et les inspirations des grands cœurs, au temps où cette France, où cette Europe, avaient des moines et des saints, et où les barbares s'arrêtaient devant eux, laissant tomber de leurs mains le fer et la flamme...
Il nous semble que personne n'a mieux parlé que Montalembert de ce qu'il y a de plus beau, de plus généreux, de plus grand chez le moine, le sacrifice de tout son être, celui du brillant avenir et des joies humaines auxquels il pouvait prétendre, celui de son cœur, celui de sa fortune, celui de sa liberté. C'est peutêtre parce qu'il l'avait admiré de plus près et qu'il l'avait plus profondément aimé chez l'illustre reliorieux devenu son intime ami, le P. Lacordaire.
« Pour la première fois, écrit le docte gendre du grand historien, dans une magistrale appréciation de ce chef-d'œuvre, l'histoire monastique était tirée du texte latin des poudreux in-folios pour passer dans notre langue, pour parvenir à la lumière, à la vie, à la beauté littéraires. L'auteur s'était proposé d'attester le caractère surhumain des vocations religieuses, en même temps que les services rendus par les moines à l'humanité. Il avait souhaité que son livre pût être lu et goûté à la fois dans les cloîtres et dans les Académies. Quand il eut publié les deux premiers volumes, il lui fut permis de croire qu'en une si rare entreprise, il n'avait pas échoué. Lacordaire, qui allait mourir, ayant eu le temps d'achever cette lecture, écrivit à son ami : « C'est un délicieux et excellent ouvrage, destiné à devenir le Vade jnecum de tous ceux qui se consacrent ou veulent se consacrer à la vie religieuse. Je n'ai jamais eu de regret de l'avoir fait, malgré les soucis, les peines et les liens qui me sont nés de là depuis vingt