‹ MontalembertChapitre 54 sur 71 · chapitre Ifuitiènic · texte numérisé non relu

chapitre Ifuitiènic

(( M. de ]\Iontalembert estimait qu'autour de l'É.olise, tout était changé sans retour, mais que dans cette Société transformée, l'Église avait une place aussi considérable à prendre, des services aussi nécessaires à rendre qu'à aucune autre époque de son histoire. Il disait : « Je regarde devant moi et je ne vois « partout que la démocratie. Je vois ce déluge monter toujours, tout atteindre « et tout recouvrir. Je m'en effrayerais volontiers comme homme ; je ne m'en « effraye pas comme chrétien , car en même temps que le déluge, je vois l'arche. > Et précisant sa pensée à la fois politique et religieuse, il ajoutait : « L'avenir « de la société moderne dépend de deux problèmes: corriger la démocratie par « la liberté, concilier le catholicisme avec la démocratie. » Il posa ces deux problèmes, il s'appliqua à résoudre surtout le second, la dernière fois qu'il parla en public, au congrès de Malines, en 1863.

» Le congrès de Malines avait été convoqué par les catholiques belges, appelant les catholiques de toute nation à délibérer ensemble à l'abri de la liberté belge. Ils avaient ainsi ouvert à leurs voisins de France, trop souvent réduits au silence sous le régime impérial, un asile, dont M. de IMontalembert devait être le premier à profiter. Car, non seulement son mariage l'avait attaché à la Belgique, mais de plus il trouvait réalisé en ce pays ce qu'il avait souhaité toujours et ce qu'il n'apercevait nulle part ailleurs en Europe : la liberté de l'Église fondée sur les libertés publiques ou, comme il disait alors, « l'Église libre dans l'État libre, » et mieux encore : « l'Eglise libre dans la nation libre. >>

« Relégué dans sa patrie hors des assemblées délibérantes, il vint donc à Malines, il y prononça deux discours pleins de flamme et d'éclat où, prenant pour exemple le pays qu'il avait sous les yeux, il pressa les catholiques s<: d'accepter les conditions vitales de la société moderne, afin d'exercer sur elle une action féconde et salutaire 5>. Il fit observer que dans les sociétés anciennes, la liberté des diverses classes, des diverses professions, et au premier rang la liberté de l'Église, avait été fondée sur le privilège, mais que dans la société moderne, éprise avant tout d'égalité, la liberté de qui que ce soit ne peut s'établir, si ce n'est en vertu du droit commun, et la liberté de l'Église moins qu'aucune autre. Les catholiques doivent-ils donc redouter pour leur foi un tel régime ? Loin de là ! passant en revue les principales libertés modernes : la liberté de l'enseignement, la liberté d'association, la liberté de la presse, enfin la liberté des cultes, l'orateur soutint que l'Église a plus à gagner qu'à perdre à leur exercice et trouve en nos jours avantage à les revendiquer. Il déclara d'ailleurs qu'en ceci « il ne faisait point de théorie, ni surtout de théologie, qu'il parlait « uniquement en homme politique et en historien, qui invoque les faits et en « tire des enseignements purement pratiques. »

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» Les paroles applaudies à Malines furent contestées ailleurs. M. de Montalembert dut les justifier en les expliquant. Plus tard, il voulut consigner encore dans un dernier écrit les sentiments qui avaient inspiré ses derniers discours ; il intitula cet écrit Espagne et Liberté, parce qu'il débutait par le compte de ce qu'a coûté à la catholique Espagne le pouvoir absolu ; il y laissa échapper l'amertume qu'il ressentait de certaines ingratitudes et de certaines palinodies et, l'ayant tracé d'une main fiévreuse et mourante, il ne le publia pas.

» Au fond, à travers un langage divers, tantôt précis et mesuré comme dans le livre des Intérêts catholiques, tantôt oratoire, passionné et par conséquent moins inattaquable, comme à Malines, ou dans les pages ^Espagne et Liberté, sa pensée ne variait pas. Vis-à-vis des hommes et des partis qu'il avait rencontrés le lono- de sa route, souvent il avait changé d'attitude, tandis qu'ils changeaient eux-mêmes de principes et de conduite ; mais aux idées qu'il avait embrassées en entrant dans la carrière, il restait jusqu'à la fin ardemment et constamment fidèle, et c'est pourquoi, rassemblant dans une édition complète ses discours et ses écrits, il lui fut permis d'inscrire en tête de ses œuvres cette épigraphe : Qiialis ab incepto '. ))

Les grandes chaleurs étant venues, Montalembert quitta, selon sa coutume, le château de la Roche pour sa maison de Maîche, et s'arrêta une soirée à Besançon, conformément à l'avis qu'il en donnait, dans ce gracieux et spirituel billet, à l'abbé Besson.

« La Roche, le 28 juin 1864. — Cher supérieur et ami, je vous préviens que j'irai vous faire visite vendredi soir, en arrivant de Dijon, pour aller le lendemain matin à Maîche. Ne le dites pas au préfet, bien que je le soupçonne d'être aujourd'hui trop rassuré sur mon compte pour mettre, comme l'an passé, toute sa police sur pied et la faire encore une fois rhabiller de neuf. Ne le dites même à personne, car je ne veux voir absolument personne que vous, M. Michel et M. de Jallerange. Mais je ne veux pas déranger M. de Jallerange cette année ; je veux seulement aller le remercier de la bonne hospitalité qu'il m'a donnée après ma défaite électorale. Un vaincu doit se cacher, excepté aux intimes. Aussi veux-je éviter tous vos chers Bisontins, excepté vous, qui savez rire de tout, et le bon M. Michel, qui ne se lasse pas de pleurer sur tout et d'annoncer la fin du monde pour après-demain. Au revoir donc, et, comme toujours, tout à vous. »

« — Pardonnez-moi, Monsieur, écrivait-il à un autre ami quelques jours après, de venir si tard vous remercier du plaisir que vous m'avez fait par votre excellente lettre du 1 3 juin au sujet de ma défaite électorale. De très graves préoccupations

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