‹ MontalembertChapitre 55 sur 71 · chapitre ï^uîtièmE 2S · texte numérisé non relu

chapitre ï^uîtièmE 2S

<ile famille m'accablaient au moment où je l'ai reçue, et depuis j'ai dû faire une tournée dans notre pauvre Franche-Comté. Pendant ce voyage, ma pensée s'est sans cesse dirigée vers vous et vers les autres jeunes gens qui ont bien voulu, à l'occasion de cette lutte récente, m'apporter la plus efficace des consolations en protestant de leur inébranlable dévouement à l'union du catholicisme et de la liberté. J'avais besoin de me consoler ainsi en étudiant sur place le spectacle répugnant de l'exploitation des préjugés, des passions et des besoins du peuple, par les scribes et les valets de César. »

Sur ces entrefaites parut l'encyclique Quanta cura suivie du Syllaùus. Cette pièce, que Montalembert attendait avec impatience, excita au plus haut degré les critiques de la presse et les susceptibilités jalouses du gouvernement. Deux évêques français, le cardinal Mathieu et Mgr de Dreux- Brézé, évêque de Moulins, en firent publiquement lecture dans leur cathédrale, avec un courage qui demeurera l'honneur de leur nom ; les autres y adhérèrent sans réserve. Montalembert avait tout accepté d'avance. La lettre suivante, entre autres, adressée à l'abbé Basson, ne laisse aucun doute à cet égard.

« La Rocke-en-Breny, 21 janvier t86j. — Ce qu'il y a de plus grave, à mon sens, dans le grand événement du jour, c'est l'attitude de l'épiscopat. Cette attitude est admirable en ce qui touche le gouvernement et l'intervention de César dans la question. Au point de vue ecclésiastique, c'est à vous, prêtres, d'en juger ; c'est à nous, laïques, d'en souffrir, si le jugement contrarie nos vues et nos espérances.

» Quand un prélat aussi intelligent, aussi courageux, et au fond aussi libéral, -que le cardinal Mathieu, trouve, en présence d'un acte aussi considérable que l'encyclique, qu'il n'y a rien de mieux à faire que d'y adhérer purement et simplement, sans demander aucune explication à Rome, sans en donner aucune au public, il faut en conclure qu'il ne nous reste plus qu'à nous soumettre nousmêmes.

)> Les questions personnelles sont bien peu de chose auprès de celle que je viens de vous indiquer ; néanmoins, en considération de l'affectueux dévouement que vous m'avez toujours témoigné, je vais vous parler avec ma franchise ordinaire et d'une façon toute confidentielle. Je crois qu'à l'aide de certaines interprétations, la conscience d'un catholique libéral comme moi .peut se trouver à l'aise dans les termes de l'encyclique. D'ailleurs, dans tout ce qui nous regarde, il ne s'agit que de politique et non de théologie. Ni moi ni aucun de mes amis n'avons jamais soutenu les thèses absolues que condamne le Syllabits.

» Mais en présence d'une pareille situation, mon devoir comme chrétien est

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d'accepter l'encyclique et le Syllabîts, et votre devoir comme prêtre est de me prêcher la soumission à cette grande loi de la souffrance, de l'épreuve, de l'expiation, qui est le fond de la vie, surtout de la vie chrétienne, et la condition du salut. Je vous le dis, parce que je vous regarde comme un ami spirituel, parce que je compte bien vous revoir de temps à autre en Franche-Comté, parce qu'alors et même avant cela vous pouvez être utile à mon âme, en aidant à ma fille la religieuse à me faire une atmosphère de résignation et d'humilité où je puisse achever ma vie en silence et en offrant à Dieu le sacrifice de mon âme navrée et de ma carrière deux fois brisée. Encore un coup, votre devoir, comme prêtre et comme ami, est de m'y aider, et j'y compte.

» Quant aux jeunes gens que mon exemple aurait pu autrefois séduire et qui se troublent peut-être devant l'encyclique, donnez-leur deux conseils, d'abord d'être meilleurs chrétiens que je ne l'ai été, et ensuite de ne se mêler jamais de théologie... »

La guerre d'Amérique fit diversion à ces préoccupations théologiques et ramena Montalembert sur un autre terrain. En embrassant la cause du Nord avec la vivacité et la chaleur qui lui étaient si naturelles, il rencontra des contradicteurs parmi ceux qui lui témoignaient le plus de confiance et d'admiration. Son article sur la victoire du Noi'd, publié par le Correspondant le 25 mai 1865, essuya de vives critiques. On se demandait si cette victoire était un bienfait et si ceux qui l'avaient obtenue n'en abuseraient pas. Nombre de gens regrettaient que la France et l'Angleterre ne fussent pas intervenues en faveur du Sud, pour séparer en deux cette formidable république américaine dont la puissance politique et l'influence sociale pouvaient peser si fort sur les destinées des deux continents. Montalembert ne considérait dans cette question que la traite des noirs, et c'est à ce point de vue qu'il se plaça dans ses articles de polémique.

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