‹ MontalembertChapitre 58 sur 71 · I. Ch. de Riancev · texte numérisé non relu

I. Ch. de Riancev

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» Suivez-le dans les sites agrestes du Morvan, où s'élève son antique château de la Roche, au milieu des bois ombreux, à travers les sentiers sauvages, dans les plaines cultivées; ayez soin d'égaler ce pas rapide et ferme qui semble défier l'espace et dévorer le temps; pas une de ses courses ne sera une promenade inutile, un loisir agréablement perdu. Non, tandis que le corps marche, l'esprit veille et le devance. La conversation prendra vite une tournure élevée, historique, politique, artistique ou religieuse. La vulgarité n'y aura nulle prise, même en ce qui est des incidents de la vie réelle, des babillages de chaque jour, des anecdotes de cette « petite ville » d'élite qu'on nomme la « société européenne, » de ce « grand monde » qui a, lui aussi, ses passions, ses misères, ses scandales à côté de ses grands souvenirs, de ses hautes traditions, de ses nobles façons et de ses beaux caractères. M. de Montalembert s'en amusera un instant avec une gaieté pleine de franchise et de malice, mais pour se reporter promptement à des vues supérieures, à des raisons d'Etat, de religion ou d'avenir.

» Du reste, l'échange des idées et des paroles ne demeurera pas longtemps sur ce facile terrain, trop étroit et trop rapidement parcouru. On montera dans les régions plus sereines de l'art et de la science; on s'avancera vers les horizons plus chargés d'orages, de foudres et de nuées de la politique contemporaine. Ce sont alors des aperçus d'une rare élégance et d'une lumière vive et claire; ce sont des récits admirables d'entrain, de verve; ce sont des épanchements profonds de regrets et d'espérances.

» Quand un homme de la trempe de M. de Montalembert s'est trouvé mêlé aux affaires publiques depuis la première aube de sa jeunesse; quand il a parcouru les lieux les plus renommés du monde, depuis le Nord jusqu'à l'Orient, jusqu'aux îles lointaines de l'Océan ; quand il a tracé son sillage en tous sens sur cette mer du monde bien autrement émue et redoutable; qu'il a rencontré tant de personnages, visité tant de cours, passé à travers tant de révolutions ; il a des mines inépuisables de souvenirs. C'est l'histoire vivante dans toute la fleur de la vérité fraîche éclose. Aussi, rien ne surpasse, rien n'égale l'attrait des confidences que l'intimité de la causerie provoque si aisément. Et comme l'orateur n'est jamais absent, comme l'écrivain est toujours là, on recueille des chapitres de Plutarque, des pages de Tacite, qui n'auraient besoin que d'être transcrites par une sténographie fidèle pour se fixer comme des chefs-d'œuvre.

» M. de Montalembert aime les voyages, mais comme distraction forcée; les stations aux eaux qu'il accepte souvent comme adoucissement à de cruelles douleurs; les excursions archéologiques qu'il recherche comme complément de ses énergiques et laborieuses veilles.

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