I. Dans le Correspondant
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Le mal ne tarda pas à faire des progrès, et l'espoir de laguérison fut ajourné à long terme. M"e de Montalembert en informa de nouveau les amis du comte en se faisant l'interprète de ses saints désirs auprès d'eux.
€ Mon père, écrivait-elle à l'abbé Besson, infiniment reconnaissant de la
s. É. LE CARDINAL NEWMAN. (P. 291.)
lettre que vous avez bien voulu m'écrire à son sujet, me charge de vous en remercier de sa part.
» Son état ne varie pas beaucoup en ce moment ; cependant, voici quelques jours qu'il est plutôt mieux. Les médecins sont plus contents et espèrent le voir bientôt délivré des malaises terribles qui, outre la plaie, le faisaient beaucoup souffrir. Mais, d'un autre côté, ils pensent que la maladie sera plus longue
Moutalembert.
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encore qu'ils ne l'avaient di^ au commencement, et qu'au lieu de trois mois, la durée de la suppuration sera probablement de quatre ou cinq. C'est une perspective bien longue et bien fatigante, mais que mon père envisage avec une grande résignation ; ce qui lui est le plus pénible, c'est de penser à ses volumes des Moines^ qu'il est obligé de laisser inachevés jusqu'à une époque encore bien éloignée, et cela au moment oi^i il allait les publier.
» Mon père vous prie. Monsieur l'abbé, de vouloir bien le rappeler au souvenir et surtout le recommander aux prières de ses amis et connaissances de Besançon. Il vous remercie mille fois des prières que vous voulez bien lui promettre au M ont- Roland... »
Dès qu'il fut en état de le faire personnellement, Montalembert adressa au même ami les lignes suivantes :
« Je suis toujours dans la même impossibilité de marcher et d'écrire, mais du reste je vais certainement mieux, et mes courses en voiture ne me fatiguent pas. On veut en profiter pour m'envoyer à la campagne.
>y J'aurais bien voulu que ce fût à Maîche, mais on y est trop loin des chemins de fer et des médecins. J'irai donc probablement en Belgique, dans une terre que nous y avons en commun avec l'archevêque de Mélitène. Je me recommande plus que jamais à vos prières et à votre bonne amitié. »
Les lettres que ses amis reçoivent en 1867 leur donnent la triste conviction que l'état du malade ne fait qu'empirer.
« Hélas ! fait il écrire encore à l'abbé Besson, il ne faut plus compter sur moi pour quoi que ce soit, tant je retombe vite dans les défaillances qui constituent ma triste vie depuis quatorze mois... »
Et à M. Jules Sauzay :
« Avant de répondre à votre lettre, j'ai voulu lire votre livre d'un bout à l'autre, ce qui n'est pas peu de chose dans l'état oia je me trouve. Mais, cette lecture achevée, j'ai éprouvé le besoin dédire publiquement ce que j'en pensais. Cette tâche s'est trouvée presque au-dessus de mes forces. Ne pouvant moimême écrire, j'en suis réduit à dicter ; ce que je n'ai jamais fait jusqu'à présent, et ce qui me fatigue au delà de toute expression. De là, ce long silence que vous avez pu me reprocher, tandis que depuis six semaines, je ne suis à vrai dire occupé que de vous.
ï> Le changement d'air que j'ai été chercher en Belgique ne m'a fait aucun bien ; il m'est au contraire survenu différentes incommodités qui, sans aggraver, à ce qu'on assure, le fond de mon état, rendent ma situation encore plus misérable qu'elle ne l'était à Paris.
» Depuis le mois de novembre, je n'ai pas fait le moindre progrès vers la
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convalescence qu'on me fait si vainement espérer. Il ne me reste qu'à solliciter le secours des prières de ceux qui s'intéressent encore à moi, et parmi lesquels je n'hésite pas à vous compter. Croyez à toute ma sympathie et à mon affectueuse estime. »
Quelque cruelle, quelque longue que fût l'épreuve, il en parlait toujours avec résignation, souvent avec une grâce mêlée de spirituelles et douces plaisanteries; on en jugera par ce billet :
« Paris, le 2ç octobre iSôj. — Je vous remercie mille fois de votre bonne lettre. Malgré le mieux qu'on vous a signalé, je ne puis pas rester levé plus d'une heure ou deux par jour, et je ne puis écrire sans une excessive fatigue, ce qui m'oblige à employer la main de ma fille pour vous dire combien je suis touché de votre sollicitude et combien je compte sur le secours de vos prières pour m'obtenir la patience qui m'est si nécessaire dans une épreuve dont les médecins ne me laissent pas encore entrevoir la fin, tout en m'affirmant que je guérirai tôt ou tard. Prenez garde seulement de ne pas contribuer à la faire durer, car il est bien possible que Dieu me l'ait envoyée en expiation, non seulement de mes péchés, mais de certains éloges exagérés dont vous pourriez bien être coupable. Cette opinion est très répandue dans ma famille.
» Permettez-moi aussi de ne pas entrevoir l'avenir resplendissant que vous évoquez pour moi au milieu des sombres horizons que nous signalent tous les évêques. J'ai eu mon jour, il est passé, et je ne crois à aucune restauration. »
Grâce à son amour pour la Franche- Comté, à sa passion pour la gloire de l'Église, Montalembert se sentit à la fois consolé et glorifié par ces jeunes Comtois qui s'étaient faits soldats du pape pour répondre à l'appel de Lamoricière, et qui achetèrent par leur sang les trophées de Mentana. Il salua au premier rang de ceux qui avaient été les témoins de Dieu, dans ce grand duel du bien et du mal, les deux Dufournel, ces répondants du droit, de l'honneur et de la justice, également inséparables dans la vie, dans le combat et dans la mort. Il écrivit au prêtre qui les avait loués dans la chaire chrétienne :
« Paris, le lo novembre i86j. — Je ne peux résister à l'envie de vous faire mon compliment sur votre admirable oraison funèbre d'Emmanuel Dufournel. Vous êtes naturellement éloquent, vous l'êtes toujours ; mais vous l'avez été plus que jamais dans cette circonstance si touchante. Quel sujet ! quelle vie ! quelle mort ! Je ne doute pas que votre allocution n'ait produit le meilleur effet à Besançon et dans toute la province. Le petit nombre de personnes auxquelles j'ai pu la montrer ici en ont été émues jusqu'aux larmes, et surtout M. et M'"« Cochin, cjui ont connu les deux Dufournel dans leur adolescence. La mort d'Adéodat, survenue depuis votre discours, ajoute à la grandeur tragique et
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vraiment chrétienne de cet épisode de notre histoire contemporaine. J'ai connu leur père, j'ai été son collègue à l'Assemblée législative. Est-il à Rome ? Est-il arrivé assez tôt ? Je vais lui écrire, je veux le féliciter. Quel honneur pour lui d'abord, pour votre collège, pour toute la province, pour nous tous enfin, de voir de tels jeunes gens sceller ainsi de leur sang nos convictions religieuses ! Voilà la jeunesse telle que je l'avais rêvée, telle que je la suppliais d'être, quand je lui disais si familièrement chez vous : Ne soyez pas àes poulets chrétiens.
» Mon état est toujours le même; ma maladie est devenue une sorte d'infirmité permanente dont je n'ai plus l'espoir de guérir. Je me sens cependant mieux depuis mon retour à Paris, mais pas assez pour reprendre un travail suivi et sérieux. Je me recommande donc toujours à vos prières comme à votre bonne amitié. »
Cependant Montalembert voulait revoir encore une fois ses chères montagnes du Doubs. Ce désir, cette espérance perce dans toutes ses lettres dès le commencement de l'année 1868. Voici quelques fragments choisis parmi les plus intimes:
<iParis, 2g janvier 1868. — Je suis vraiment stupéfait de voir que vous ayez non pas seulement la bonne volonté et la bonne amitié de m'écrire, mais le temps et la force matérielle de m'adresser une épître aussi longue, aussi pleine et aussi intéressante que celle du 14 janvier. Quoique je n'aie absolument rien à vous dire aujourd'hui qui puisse se comparer aux renseignements si précieux et si variés que vous me donnez, je ne veux plus différer de vous adresser mes remerciements.
» Les esprits, me dites-vous, se réveillent en Franche-Comté ; j'en suis encore plus charmé que surpris. Plaise à Dieu qu'on ne s'endorme plus, et que notre cher Michel, si courageux, si spirituel, si dévoué au bien, ne laisse pas rouiller entre ses mains cette bonne plume, cette excellente arme dont il se sert si heureusement !
» Donnez-moi, quand vous m'écrirez, des nouvelles des deux frères Tripard, l'avocat et le colonel ; ils sont au premier rang des Franc-Comtoisque j'aime et quej'admire.
» Je n'ai pas encore pu lire le deuxième volume de M.Sauzay.Mon infirmité consiste surtout en défaillances et en assoupissements qui absorbent la plus grande partie de ma triste journée. Je lis certainement beaucoup plus que la plupart des malades, mais bien moins encore que je ne le voudrais et ne le devrais. Je compte toutefois me faire transporter à la campagne en commençant par la Bourgogne, d'où j'espère pouvoir passer en Franche-Comté et monter jusqu'à Maîche, après trois ans d'absence.
» Je ne saurais vous cacher que j'ai lu la plus grande partie de votre lettre à l'évêque d'Orléans, qui est venu chez moi le jour où je l'ai reçue. Il s'est beaucoup diverti de ce que vous racontez sur la nouvelle entreprise du ministre