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oscillerons sans doute pendant longtemps encore entre l'anarchie et la dictature ; mais nous ne nous arrêterons définitivement ni à l'un ni à l'autre de ces points extrêmes. Seulement, les catholiques seront-ils capables de profiter de ce prodigieux revirement pour reprendre dans la vie publique et moderne la place qui leur convient, comme nous le leur avons enseigné de 1830 à 1850 ? Sont-ils même capables de comprendre ce qui vient de se passer ? Cela est douteux. Ils ont besoin d'un renouvellement complet dans leur éducation morale
et intellectuelle Il y a là toute une révolution à opérer, aussi urgente que
légitime. Pour le tenter, il ne faudrait qu'un groupe d'honnêtes gens, bons chrétiens, mais résolus et intrépides... Se pourrait-il que le bon sens et le bon droit pussent manquer désormais de recrues chez les catholiques ? Au d^ut de ma vie, j'ai trouvé, j'ai suivi, et plus tard j'ai conduit un groupe de gens comme ceux que je voudrais revoir aujourd'hui. Mon malheur a été de ne plus le retrouver après le second Empire, mais j'espère bien que d'autres seront plus heureux que moi.
» Comment avez-vous pu découvrir ma lettre aux étudiants suisses ? On a refusé de l'insérer dans V Union franc-coiiitoise, malgré les instances du bon petit curé suisse qui me l'avait fait demander pour son association. Si jamais vous allez du côté de Pontarlier ou de Morteau, ne manquez pas de faire la connaissance de ce très remarquable abbé Jacquet, curé aux Cerneux-Péquignot. Il vous consolera et il vous ranimera comme moi. C'est tout à fait rara avis in terra ('). Grâce à lui, j'ai pu faire entendre ma voix en Suisse, d'où elle a retenti jusqu'en Allemagne. Mais en France elle n'a plus d'organe.
» Voici une lettre démesurée. Je vous promets bien de ne pas vous en écrire de pareille avant 1871. Mais, d'ici là, je compte en recevoir plusieurs de vous et, en les attendant, je demeure plus que jamais votre dévoué, affectionné et obligé serviteur. »
A la date de cette lettre, Montalembert n'avait plus guère que deux mois à vivre. De retour à Paris dès le 13 janvier 1870. il s'était senti assez bien, un dimanche, pour aller à pied, de son hôtel de la rue du Bac, à l'église Saint- Thomas d'Aquin, où il entendit la messe et reçut la communion. Ce fut le 6 février qu'il fit cette visite d'adieu à sa chère paroisse. Au sortir de l'église, il écrivit ces mots dans son journal : « Pour la première fois depuis mon retour à Paris, je me traîne à la messe dans la tribune de Saint-Thomas d'Aquin. Je ne m'aperçois que trop de tout ce que j'ai perdu de forces depuis un an. La distance me semble trois fois plus longue que l'an dernier, quoiqu'il n'v ait