LK CARDINAL DE BONNKGHOSE. (P
rendre les derniers honneurs à la dépouille mortelle de mon angélique sœur ; ce jour-làj, j'ai été condamné à être, à mon tour, la victime de ces usages inhumains et cruels qui semblent inventés pour envenimer le supplice de ceux qui ont perdu ce qu'ils aiment. J'ai été contraint de traverser une foule indifférente et curieuse, de livrer ma douleur en spectacle pendant deux heures aux regards d'un monde d'étrangers; j'ai vu le cercueil de ma sœur livré aux mains profanes et grossières de je ne sais quels porteurs et acolytes ; puis je l'ai vu déposer dans sa fosse et j'ai entendu le bruit de la terre que le prêtre laissait tomber sur ces planches funèbres ; et puis je l'ai [)crdue de vue pour toujours !
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Mon ami, je ne veux pas te donner les détails de mon supplice : tu liras mon journal, où j'ai tâché de les transcrire. J'ai seulement voulu que tu saches que, le 5 octobre, j'ai été plus malheureux que pendant tout le reste de ma vie. Tu n'as jamais encore, cher ami, suivi l'objet de ton amour et de tes soins à sa dernière demeure : un jour, tu rempliras ce devoir, tu boiras à ce funeste calice, car nul homme ne peut s'y dérober : quand tu en seras là, pense à ton ami et console-toi de n'être pas, comme lui, seul de ta famille et loin de tes foyers.
Depuis la mort de notre martyre, je n'ai plus le courage de t'écrire, je n'en ai plus même le besoin. D'ailleurs, nous nous reverrons maintenant si tôt! Toutefois, ne crains pas mon silence : nous partirons pour Paris après-demain. Dès mon arrivée, je t'écrirai, et toi, hâte-toi de venir me rejoindre.
Te rappelles-tu mes prédictions, mes pressentiments ? Ai-je mal fait de voir l'avenir en noir ? Je t'écrivais : « Elle mourra en route ; je serai seul au lit de mort de ma sœur ! » Qu'en dis-tu ?
Et cependant, cette solitude n'a point été aussi cruelle qu'elle aurait pu l'être tout autre part qu'à Besançon. Les soins affectueux du duc de Rohan, qui nous looe chez lui, ont un peu adouci l'épreuve cruelle de ma mère ; et puis Dieu nous a envoyé un véritable consolateur dans la personne d'un jeune homme, Henry de Bonnechose, avocat général à la cour de Besançon, que nous n'avions jamais vu de notre vie et qui, depuis notre malheur, nous dévoue la sienne ('). Depuis huit heures du matin jusqu'à dix heures du soir, il est auprès de ma mère ; et moi, il m'a soutenu pendant tout le temps de cet affreux service, pendant que j'étais agenouillé devant la fosse de ma sœur. C'est un jeune homme admirable sous tous les rapports ; je lui ai promis une longue et sincère amitié... »
Charles de Montalembert a pleuré jusqu'à la fin de sa vie cette petite sœur, dont il avait reçu le dernier soupir. 11 lui fit élever un monument, et il le visita pendant quarante ans avec une piété touchante, dont l'exemple devient plus rare chaque jour. S'il passait à quelque distance de Besançon, il se détournait de .sa route pour revoir cette tombe si chère. A chacun des divers séjours qu'il fit dans le Doubs, sa sœur eut toujours sa première et sa plus longue visite. Il lui portait des fleurs et des prières, et en sortant du cimetière, il allait recommander son âme au curé de Bregille. L'abbé Busson fut son principal consolateur. Il lui écrivait, avec l'accent de la condoléance et de l'intimité le 1 2 octobre 1829 :
« Cher Charles, je suis au désespoir d'être obligé de quitter Paris pour
I. Le jeune avocat <;ôncral à la cour de Besançon, qui savait si bien dès lors consoler les affligés, entra, après la révolution de 1S30, dans les ordres, et est devenu le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen.
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quelques jours. J'aurais aimé dans cette circonstance malheureuse remplir les devoirs de l'amitié que je vous porte. Pleurer avec vous, vous consoler, compatir à toutes vos douleurs, nous entretenir ensemble de ce que vous avez perdu, eût été tout à la fois doux et pénible à mon cœur. 11 y a trois jours seulement que je sais votre malheur. Nous vous attendions plus tôt. Aussitôt que je serai de retour, je vous verrai, je vous embrasserai. Que la piété, la foi, soient votre consolation. Pauvre petite ! elle vous regarde du haut du ciel avec amour. Elle jouit à la fois de vos regrets, de votre résignation et du pouvoir qu'elle a de vous être utile. Priez pour elle, mais en même temps adressez-lui aussi vos prières. — Je vous embrasse tendrement. »
Charles de Montalembert finit par trouver dans l'amitié quelque soulagement à sa douleur. Les sympathiques confidences de Gustave Lemarcis exerçaient principalement sur lui une influence bienfaisante. L'un et l'autre commençaient à fonder sur leurs relations si cordiales les espérances les plus radieuses lorsque la santé déjà chancelante de Lemarcis donna aux médecins de sérieuses inquiétudes : ils l'envoyèrent en Italie. Montalembert en éprouva un nouveau et très vif chagrin ; mais telle était sa générosité que, pour procurer à son ami encouragement et consolation, il s'astreignit à écrire pour lui, chaque soir, le récit de sa journée. Ces lettres intimes, qui sont comme la photographie, jour par jour, de la vie du jeune vicomte, présentent une variété et un charme inexprimables ; aussi chacune d'elles transportait de joie l'infortuné destinataire. Nous allons en reproduire quelques fragments au hasard, sans chercher à y mettre aucune liaison (').
« Vous savez qu'en tout je ne sais pas ce que c'est que la modération, qu'en tout je m'abandonne avec excès à l'impression du moment. Je ne guérirai de ce défaut qu'en mourant... Je suis véritablement un grand pécheur... Je sens tout ce qu'il y a d'injuste et d'ingrat dans cette révolte perpétuelle contre la volonté de Dieu, dans cet oubli persévérant de ses bontés et de sa miséricorde. — » Si vous saviez quelles bonnes résolutions j'ai prises hier en communiant ! Comme je me suis bien promis d'accepter avec résignation toutes les croix qui pèsent sur ma jeunesse, de les regarder comme autant de bienfaits de Dieu, destinés à me mûrir plus tôt pour une autre vie !...
— » Je ne sers cju'à vous exalter un peu, en faisant résonner dans votre cœur ces cordes de poésie et d'enthousiasme qui y tiennent une si large place... O mon ami, vivez et remettez à plus tard votre départ pour cette céleste patrie, où deux anges vous attendent ! Vivez, pour tous ceux qui vous chéris-
I. Emprunté à Montalembert, sa jeunesse, par le R. P. Lecanuet, p. 75 et suivantes.
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sent, jîour moi que vous chérissez tant. Vivez, et nous nous aimerons, pour être plus vertueux ici-bas, plus heureux là-haut... Si aujourd'hui je me sens plus fort, plus enclin à vous encourager, à vous tendre la main pour vous retirer de cet abîme d'incertitude et de méfiance oi^i j'ai roulé si longtemps avec vous, n'est-ce pas uniquement parce que l'amitié fait oublier à l'un ses propres erreurs, ses propres souffrances, quand l'autre a besoin de consolations et d'encouragements? Il y a longtemps que j'ai remarqué que l'amitié est la seule illusion du jeune âge qui se réalise, la seule espérance qui ne soit pas brisée ou étouffée, la seule puissance de l'âme qui porte ses fruits dès l'entrée de la vie. »
Un jour, Lemarcis répondit bonnement, à une doléance de son ami sur «sa progression décroissante, sur son reculement et sa dégradation intellectuelle » : « Il est vrai que vous ne faites plus de progrès, mais c'est tout naturel, attendu que l'homme reste homme et que votre croissance morale étant parvenue à son plus haut point, vous ne devez plus grandir. » En chrétien sincèrement humble, Montalembert fut saisi d'une vertueuse indignation à la lecture de ces flatteuses paroles. « Quelle cruauté ! répliqua-t-il avec sa fougue ordinaire; vraiment ce serait à vous jeter par la fenêtre si vous étiez près de moi ! Quoi ! vous vous résignez ainsi avec la meilleure foi du monde, à me voir rester perpétuellement dans l'odieuse médiocrité où je suis maintenant, dans cette eau tiède où je barbotte depuis un an, ne jouant aucun rôle, ne sachant rien à fond, ne rendant service à personne, obscur, inconnu, sans passion, sans intérêt, sans exaltation durable et active, en un mot, être manqué et médiocre en tout, au physique, au moral, à l'intellectuel ? Grand merci de vos compliments, je vous les rends avec dédain, je les repousse... Si je devais rester toute ma vie ce que je suis à présent, j'irais demain me faire voleur de grand chemin ou agent de change, ... ce qui revient à peu près au même. »
Ces journées que Montalembert terminait par son journal pour Lemarcis, — parfois à onze heures ou à minuit, — étaient toujours consciencieusement remplies par le travail et l'étude. Il s'y livrait, dit un biographe, «avec une ardeur dévorante : la matinée était consacrée au droit et à l'histoire ; l'aprèsmidi à l'économie politique et à la philosophie allemande ; dans la soirée, il lisait un chapitre de la Bible,continuait ses travaux sur l'Irlande et la Suède, etc.» Il assistait du reste au cours des grands professeurs d'alors : Guizot, Jouffroy, Cousin, Villemain... et déjà il avait des relations plus ou moins suivies avec les écrivains les plus distingués.
C'est ainsi qu'il arriva aux graves événements de l'année 1830.
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Au moment où éclata la Révolution de Juillet, Charles de Montalembert venait de se mettre en route pour l'Angleterre. Il apprit à Rouen les premiers soulèvements des Parisiens ; au Havre il fut témoin d'une émeute. A ce spectacle, il faillit rebrousser chemin, se disant que son devoir pouvait être de défendre la patrie, de combattre pour le triomphe de l'ordre et de la justice.
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Néanmoins, il se décida, réflexion faite, à suivre les instructions que lui avait données son père et il s'embarqua.
Mais à Londres les journaux le mettent au courant de la gravité des événements accomplis. Aussitôt la pensée des périls que les siens peuvent courir et celle de se dévouer pour son pays s'emparent tellement de lui qu'il ne résiste pas
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davantage au désir de rentrer en France. Après avoir visité les lieux qui lui étaient chers, il se rembarque et, à travers mille difficultés, il arrive à Calais le loaoût 1830.
Déjà le parti de l'insurrection avait gagné de nombreux adhérents et les royalistes, ceux du moins qui avaient occupé des postes importants sous Charles X, n'étaient pas rassurés. Pour son malheur, Montalembert avait sur lui un passeport signé <i; de Polignac». Ce nom abhorré souleva contre lui une troupe d energumènes et il courut un réel danger. Dès qu'il put s'échapper de leurs mains, il prit la malle-poste, et arriva dans la capitale au moment où la lutte prenait fin.
Le jeune vicomte trouva sa famille consternée, mais en même temps fort surprise de son retour. On l'accueillit assez froidement ; et après les confidences que provoquait la révolution récente, le pauvre chevalier errant reçut de son père l'ordre de se remettre en route pour Londres.
Ce nouveau séjour dura un mois ; les lettres qu'il écrivit à ses amis durant cet intervalle montrent qu'il s'y trouvait fort isolé et fort triste ; elles dévoilent en même temps l'horreur que lui inspiraient les crimes de la démagogie triomphante et l'usurpateur couronné. L'irréligion du nouveau gouvernement l'indignait. « Comment irais-je m'associer, s'écrie-t-il, à une cause qui autorise la profanation de Sainte-Geneviève... au peuple patriote de Reims qui a renversé la croix des missions, et puis, séparant le Christ du bois sacré, a promené en triomphe l'image de Notre-Seigneur comme un trophée de sa honteuse victoire?... Quant à moi, le cœur désespéré, ulcéré, saignant, mais déterminé, pénétre d'une conviction invincible, je me détache de plus en plus d'une cause qui se détache elle-même de tout ce qu'il y a de noble et de pur dans la nature humaine. » Montalembert était libéral, mais il tenait avant tout pour la justice et le droit. De tels libéraux, dit Lecanuet, « le dégoûtaient par leurs excès, et il eût donné tout son sang pour rendre à Charles X le trône qu'il avait perdu il s'eût voulu régner avec sagesse ».
De Londres, le noble jeune homme se rendit en Irlande. Ce pays lui avait toujours inspiré un immense intérêt. Il admira d'abord les sites pittoresques, les importants paysages. « Depuis trois jours, écrit-il à Cornudet, c'est-à-dire depuis que j'ai quitté Dublin, je suis dans un ravissement perpétuel. Je ne sais pas comment établir une gradation dans mon admiration, ni comment trouver des paroles pour l'exprimer, tant mon esprit est confondu par la variété et le nombre des beautés qui ont passé sous mes yeux pendant ces trois jours. Et cependant le résultat de tout cet enchantement est un profond sentiment de mélancolie, qui survit à toutes les jouissances et me domine quand je songe
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que ces beaux lieux ne sont pas ma patrie, et que je ne les reverrai peutêtre jamais. Non jamais, ni en France, ni en Angleterre, ni dans les Pays-Bas, ni même en Allemagne, je n'ai rencontré quelque chose de comparable aux gorges sauvages de ce comté de Wicklow. Cela surpasse même ces îles de la baie de Stockholm que je préférais naguère à tout, mais qui maintenant sont éclipsées à mes yeux. Je ne tenterai pas de t'en faire la moindre description ; je ne pourrais pas même le faire en te parlant, bien moins encorç en t'écrivant. Figure-toi seulement tout ce que tu peux concevoir à la fois de plus grandiose et de plus riant : des torrents à cascades innombrables se frayant avec peine un chemin à travers des roches perpendiculaires, des forêts d'une épaisseur fabuleuse ; des prés d'une verdure digne de VEtnerald Isic, de vieilles abbayes, des châteaux modernes du gothique le plus pur et le plus aérien. Parsème ce beau paysage d'une population la plus pieuse, la plus gaie, la plus poétique qui soit au monde. Dis-toi de plus que c'est là que Grattan passa son enfance, qu'il méditait ses discours le long de ces torrents, que l'un de ces châteaux lui a été donné par sa patrie et qu'il y passa ses vieux jours, que tous ces beaux lieux ont été sanctifiés et immortalisés par les exploits héroïques des rebelles de 1798. Figure-toi tout cela, et alors tu auras une faible idée de ce que j'ai dû éprouver pendant ces derniers jours. Tu verras dans mon journal une sèche et terne énumération des lieux que je viens de parcourir. J'en suis si mécontent que je me garderai bien de la transcrire ici. Je veux seulement te décrire l'endroit où j'ai passé la première nuit de mon voyage : c'est Kiirjiddery, le château du comte de Meath.
» Imagine-toi un vallon dominé par deux rochers immenses, à moitié couverts de bois, et dont le sommet est d'un granit rougeâtre ; à l'une des extrémités de ce vallon, la mer avec son éternelle variété, à l'autre une campagne semée de châteaux, de chaumières et de haies vives, avec Dublin et son port dans le lointain ; au milieu de ce vallon, une antique abbaye restaurée et agrandie de nos jours, couronnée d'innombrables tourelles, garnie d'ogives, de sculptures chevaleresques, de fenêtres longues, serrées et étroites ; partout des écussons, des cimiers, des couronnes ; sur les parois du grand escalier, des armures, des lances, des bannières ; au centre de l'édifice, une salle de cinquante pieds de haut, où viennent aboutir les corridors de tous les étages, et où une cheminée colossale semble appeler tous les vassaux du seigneur. Voilà le lieu où j'ai passé deu.x jours, le matin à parcourir les ravissants environs, et le soir à jouir de tous les agréments de la civilisation anglaise.
» Je suis logé ici dans la plus gentille petite auberge du monde, au bord du charmant Avoca au doux et perpétuel mm mure, et en face du banc sur lequel
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Moore composa sa mélodie : There is not... Nul ne sympathise plus complètement que moi avec son admiration pour ces lieux enchanteurs. Mais, hélas ! que ne puis-je sympathiser également avec toutes les émotions qu'ils lui inspiraient ! Tu connais la suite de cette ravissante mélodie et cette description sans pareille du charme que produit l'alliance des douceurs de l'amitié avec les beautés de la nature. Moi malheureux, je suis ici tout seul, sans ami, me consumant en émotions inconnues et inutiles qui se perdent et s'oublient, faute d'un cœur où je puisse les déposer, faute d'un œil où je puisse lire leur réponse... »
Bientôt, comme il le dit lui-même, à l'enthousiasme pour l'Irlande succède l'enthousiasme pour les Irlandais. Il est ravi de les connaître et admire leur simplicité, leur bon sens, leurs moeurs patriarcales, surtout leur foi et leur esprit profondément religieu.x. Il visite tour à tour lesévêques et les prêtres et il s'extasie devant leur dévouement et leur abnégation. Puis il va porter ses hommages au grand libérateur de l'Irlande, O' Connell. En quittant ce pays si constamment fidèle aux traditions de ses pères, il constate que ce contact avec les Irlandais lui a fait un grand bien. « Je ne suis plus le même homme ; ma foi et mon fervent attachement au catholicisme ont beaucoup profité de ce voyage : sous ce rapport, j'ai puisé ici dix ans de force et de vie. Plaise au ciel que je devienne aussi zélé dans la pratique des vertus chrétiennes que je le suis pour la cause et la liberté de l'Eglise de Jésus-Christ ! »
Un peu plus tard, il envoyait à un journal de Paris cette belle page, qui retrace un des plus émouvants souvenirs de son séjour en Irlande :
« Je n'oublierai jamais la première messe que j'entendis dans une chapelle de campagne. J'arrivai un jour au pied d'une éminence dont la base était revêtue d'une épaisse plantation de sapins et de chênes ; je mis pied à terre pour y monter. A peine avais-je fait quelques pas que mon attention fut attirée par un homme agenouillé au pied de ces sapins ; j'en vis bientôt plusieurs autres dans la même posture ; plus je montais, plus ce nombre de paysans prosternés était considérable ; enfin, au sommet de la colline, je vis s'élever un édifice en forme de croix, construit en pierres mal jointes, sans ciment, et couvert de chaume. Tout autour, une foule d'hommes robustes, énergiques, étaient à genoux, la tête découverte, malgré la pluie qui tombait par torrents et la boue qui fléchissait sous eux. Un profond silence régnait partout. C'était la chapelle catholique de Blarney et le prêtre y disait la messe. J'arrivai au moment de Télévation et toute cette fervente population se prosterna le front contre terre. Je m'efforçai de pénétrer sous le toit de l'étroite chapelle qui regorgeait de monde. Pas de sièges, pas d'ornements, pas même de pavé ; pour tout plancher la terre humide et pierreuse ; un toit à jour, des chandelles en