L'UNITÉ ITALIENNE ET L'UNITÉ ALLEMANDE
nent dès le berceau à les maudire, et que la tiare outragée ne devienne comme le crucifix un symbole de douleur et d'amour pour les fidèles, mais aussi un souvenir ineffaçable de la cruauté et de l'ingratitude italiennes. »
« Vivat! Vivat r s' écr'm Pie IX en recevant M^"" de Mérode; notre cher Montalembert s'est surpassé. J'avais lu une première fois avec une complète satisfaction cette belle défense du Saint-Siège ; je viens de la relire et je l'ai trouvée plus belle encore. » — « Mon très cher beau-frère, ajoutait M^' de Mérode, j'entends mettre par tout le monde votre lettre à M. de Cavour au-dessus de tout ce qui a été écrit dans ces derniers temps sur la conduite du Piémont. Vous venez encore une fois de remporter un des plus beaux triomphes qui puissent être donnés à la parole. (1) » Montalembert, on le comprend, recueillit ces paroles avec une joie profonde.
Un mois plus tard, à la fin de mai 1861, M. de Cavour allait rendre compte à Dieu de ses spoliations. Il devait avoir un successeur, ou, si Fon aime mieux, un imitateur, non pas en Italie, mais en Allemagne. Montalembert écrivait à M. Reichensperger le 18 décembre^ 1860 : « Les princes allemands, protestants et catholiques, qui ont laissé dépouiller le Pape et immoler à petit feu le brave roi de Naples avec riiéroïque Allemande qu'il a pour femme, ces princes-là ont signé d'avance leur arrêt de mort. L'unité italienne aura pour conséquence nécessaire et inévitable l'unité allemande faite par la révolution, soit que la Prusse veuille être son instrument ou non... Et tenez pour certain qu'elle le voudra bien. »
Quelques semaines auparavant, dans le numéro du 25 novembre 1860, le Correspondant, par la plume de M. Raudot, expliquait et précisait, d'une manière véritablement saisissante, la prophétie de Montalembert : « La Confédération germanique, disait-il, d'après les derniers recensements, a 43 286 116 habitants; les Allemands sont bons soldats et, si cette confédération se change en un seul État centralisé, la France immédiatement descend au second rang. Si, à un moment donné et qui pourrait bien arriver, l'Angleterre,
(1) M»' de Mérode à Montalembert, 1" mai 1861.
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l'Allemagne et l'Italie se réunissaient contre la France, notre pays pourrait être réduit aux dernières extrémités. La France n'aurait qu'une seule ressource alors, ce serait de former avec la Russie une alliance intime...
« On a reproché à M. le comte de Montalembert d'avoir dit à M. de Cavour : « Je suis pour les petits États libres « contre les grands États centralisés. « Un jour peut-être, la France apprendra à ses dépens que cette politique est celle du bon sens et du vrai patriotisme.
« Si la France dépensait ses richesses, son sang, son honneur, pour faire de l'Italie un seul grand État, ce serait une de ces erreurs, une de ces folies qu'un aveugle esprit de parti pourrait seul trouver sublime. La France travaillerait de ses propres mains à saper les bases de sa grandeur. Cette faute capitale serait un jour maudite par tous les vrais Français... »