‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 160 sur 242 · INVITATION AU CONGRES DE MALINES · texte numérisé non relu

INVITATION AU CONGRES DE MALINES

que le souvenir de ces événements inspira plus tard à Montalembert, à la fin du v^ volume des Moines :

« Quel est donc cet amant invisible, mort sur un gibet, il y a dix-huit siècles, et qui attire ainsi à lui la jeunesse, la beauté et l'amour? qui apparaît aux âmes avec un éclat et un attrait auquel elles ne peuvent résister? qui fond tout à coup sur elles et en fait sa proie? qui prend toute vivante la chair de notre chair et s'abreuve du plus pur de notre sang? Est-ce un homme? Non : c'est un Dieu. Voilà le grand secret, la clef de ce sublime et douloureux mystère. Un Dieu seul peut remporter de tels triomphes et mériter de tels abandons. Ce Jésus, dont la divinité est tous les jours insultée ou niée, la prouve tous les jours, entre mille autres preuves, par les miracles de désintéressement et de courage qui s'appellent des vocations. Des cœurs jeunes et innocents se donnent à lui pour le récompenser du don qu'il nous a fait de lui-même ; et ce sacrifice qui nous crucifie n'est que la réponse de l'amour humain à l'amour d'un Dieu qui s'est fait crucifier pour nous. «

Entre le départ de sa fille pour Conflans et la cérémonie de la prise d'habit, un grave événement arracha pour quelque temps Montalembert à sa tristesse. Le baron de Gerlache, MM. Ducpétiaux, Dechamps et autres catholiques belges, eurent l'idée de convoquer à Malines une assemblée générale de leurs coreligionnaires. Créer des relations entre les catholiques les plus éminents de chaque pays; les faire sortir de leur isolement funeste ; en présence des dangers qui, de toutes parts, menacent l'Église, provoquer sur tous les terrains une entente et une action communes ; tel était leur but, et ce but réalisait un des plus ardents désirs de Montalembert. Ils insistèrent vivement pour obtenir sa présence et son concours. «... Une tribune retentissante s'ouvre pour vous, lui écrivait M. Dechamps ; un auditoire composé de catholiques de toute nation, de cardinaux, d'évêques, de prêtres, de religieux de tous les ordres, de fidèles de toutes les œuvres, s'apprête à vous applaudir. Cette tribune, il faut vous en emparer ; cet auditoire, il faut vous en servir au profit de notre commune cause... Il importe au plus haut point que le résultat soit libéral et que le programme qui en sortira soit le vôtre : le catholicisme et

la liberté... Si vous nous manquez, le but sera manqué. Il y a là un grand bien à faire et, dès lors, un devoir à remplir... (1) »

Après de longues hésitations, Montalembert promit d'assister au Congrès, d'y prendre la parole et d'y exprimer toute sa pensée sur l'avenir de la société moderne et de l'Église. « Je dirai tout : je sens que je n'ai plus beaucoup de temps devant moi, et je ne veux plus perdre ce peu de temps qui me reste en vaines tergiversations ou en dissimulations misérables... Il s'agit moins pour moi de persuader l'Assemblée de Malines et d'y être applaudi que de faire ainsi en public mon testament politique... (2) »

Ce fut à Maiche, au milieu de ses chères montagnes de Franche-Comté, qu'il composa ses deux célèbres discours. Les plus graves préoccupations troublèrent son travail. Pendant une promenade en voiture, M™* de Montalembert et sa fille, M™^ de Meaux, furent projetées avec violence sur le sol et cruellement blessées. Un instant même on trembla pour leur vie. Puis une crise aiguë de son mal de reins reprit Montalembert lui-même, et il fut sur le point de renoncer au voyage de Belgique. Avant de partir, il communiqua ses discours à M. de Meaux, son gendre, au prince de Broglie et à M. Foisset. Le premier, malgré sa haute prudence, n'y vit rien à reprendre; M. Foisset conseilla quelques retranchements; M. de Broglie fut alarmé des hardiesses de son ami ; il prévit que son langage allait susciter des tempêtes et le supplia de le modifier; comme celui-ci refusait, le prince faillit même ne pas l'accompagner en Belgique.

Montalembert et ses amis de Broglie, Cochin et Léopold de Gaillard arrivent à Malines le 20 août. Depuis deux jours, le Congrès est ouvert; il tient ses séances dans les vastes salles du petit séminaire. Les catholiques français s'y rendent aussitôt. L'entrée de Montalembert est « saluée par une explosion d'applaudissements tels, dit-il lui-même, que je n'en ai jamais entendu de ma vie » . L'assemblée entière (plus de trois

(1) M. Dechamps à Montalembert, 20 juillet et 3 août 1863. (i) Lettres à Foisset, août 1863.

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