‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 167 sur 242 · DÉNONCIATIONS DE W PIE · texte numérisé non relu

DÉNONCIATIONS DE W PIE

« Que Votre Sainteté me pardonne la liberté respectueuse que je prends de lui soumettre humblement et confidentiellement cette pensée. Je crois voir que le mal résultant du discours est très grand, soit dans le clergé belge, soit dans le clergé français, principalement de la capitale; et j'entends déjà plusieurs de ce!» ecclésiastiques pseudo-libéraux se targuer du silence du Saint-Siège, à qui l'orateur a publiquement soumis son discours. »

L'évêque de Poitiers ne se contenta pas d'écrire ; il envoya à Rome son vicaire général, l'abbé de Briey, avec mission d'appuyer sa demande. Celui-ci trouva Pie IX très excité contre la liberté de conscience; mais, raconte M^ Baunard, <( quand le vicaire général lui parla pour conclure du besoin de procurer l'union par une parole d'autorité et de bonté, le pape se recueillit et garda le silence. » — (( Je crois, écrivait l'abbé de Briey, que la question des personnes embarrasse beaucoup la question des idées. On craint notamment de blesser des hommes qui ont rendu des services et en pourraient rendre encore. Mais, somme toute, il est très clair pour moi que l'ouvrage auquel travaille présentement Votre Grandeur sera particulièrement agréable au pape. Ce sera entrer dans ses idées et lui venir en aide. »

M^"" Pie vient en aide au pape et lance contre les erreurs contemporaines sa. iroisième Synodale^ dans laquelle il condamne à la fois le naturalisme, le rationalisme et le libéralisme catholique. En même temps, d'autres évêques. Français, Belges, Irlandais et Anglais, auxquels se joint le nonce de Bruxelles Ledochowski, réclament aussi l'intervention pontificale. C'est un étonnement douloureux pour Montalembert de voir les catholiques anglais, à peine sortis des persécutions qu'ils ont soutenues pour l'affranchissement de leur religion, se prononcer àprement contre la liberté. On a nommé parmi eux le cardinal Wiseman, qui s'en défend avec énergie (1). Toutes ces dénonciations sont accueillies

(1) « En ce qui me concerne, écrivait le cardinal Wiseman à M. Phillipps de Lisle, je n'ai jamais écrit un mot à Rome pour parler défavorablement de son éloquent discours, et n'ai chargé personne de le faire en mon nom. A plus forte raison, n'est-il jamais entré dans mon esprit de le dénoncer

et entretenues à Rome par les Jésuites de la Civiltà, par M^' Talbot, camérier du pape, et par le cardinal Pitra. Ce dernier prélat se montre le plus ardent de tous, « ne voyant partout que paganisme, naturalisme, etc., déclarant qu'il n'y a d'autre chance de salut que le retour au régime de saint Louis, et que le gouvernement temporel du pape est le type de tous les pouvoirs terrestres. (1) » — « Il se forme ainsi, écrit M^ Place, une véritable émeute contre les deux discours de Matines. » Pendant six mois, les adversaires de Montalembert redoublent d'efforts, fatiguent le Souverain Pontife de leurs accusations et le supplient d'agir, sous quelque forme que ce soit. A un Anglais qui lui affirme que la condamnation de Montalembert ferait grand plaisir aux protestants. Pie IX répond : « Je connais des catholiques auxquels elle ferait plus de plaisir encore. (2) »

Ces nouvelles se répandent rapidement. Déjà les partisans du Monde ne cachent plus leur joie et se disent assurés du succès. Dans une réunion du clergé de Nîmes, l'abbé d'Alzon, un ancien ami, annonce publiquement la censure des discours de Matines et la suppression du Correspondant. « Je ne déplie jamais le Monde, écrit le bon Foisset, sans appréhender d'y trouver en tête le document pontifical dont nous sommes menacés. Si la scène était à Paris et non à Rome, le temps qu'on a laissé écouler sans lancer la

a l'Index, ni de solliciter une censure, encore moins une condamnation. Bien que je n'aie point partagé et que je ne partage point encore ses principes et ses tendances politiques, son discours ne renfermait contre la foi et la morale aucune erreur de nature à provoquer une dénonciation, surtout de la part d'un étranger, en présence du métropolitain. Vous pouvez affirmer tout ceci au Comte, et l'assurer que mon respect et mon affection pour lui ne sont diminués en rien... » (15 mars 1864.)

(1) Lettre de M. Werner de Mérode à Montalembert.

(^) Montalembert à Foisset, 24 décembre 1863.

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