‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 170 sur 242 · INTERVENTIONS EN SA FAVEUR · texte numérisé non relu

INTERVENTIONS EN SA FAVEUR

inséparables de la société moderne, les réconcilier avec la situation que Dieu leur a faite au sein de cette société, leur montrer le bien qu'ils peuvent y faire, sans évoquer des souvenirs alarmants ou des thèses absolues, sans recourir à des voies de contrainte aujourd'hui impossibles, et sans invoquer une protection qui a si souvent trahi ou trompé leur confiance; enfin les exciter à l'action, à la lutte virile, immédiate, permanente, contre les ennemis de Dieu et de l'Église, à l'accomplissement de leur devoir actuel, dans les conditions de la vie actuelle, au lieu d'attendre en gémissant le retour du passé ou les chances de l'avenir : tel a été le but constant de ma trop longue carrière, et tel a été aussi celui du discours prononcé au Congrès de Malines. Si j'ai omis, bien involontairement, les précautions et les réserves nécessaires pour mettre ma pensée à l'abri de tout soupçon, je le regrette profondément et suis prêt à faire tout ce qui me sera prescrit ou indiqué pour réparer cette omission, comme pour reconnaître toute erreur qui me serait signalée. (1) »

En même temps que Montalembert se défend dans un langage à la fois si fier et si catholique, ses amis s'indignent et s'émeuvent des dénonciations portées contre lui; les évêques les plus éminents en France et en Belgique interviennent en sa faveur. Dans une lettre touchante, M. de Corcelles supplie le Saint -Père d'épargner celui qui a dévoué sa vie entière au service de l'Église (2). M. Adolphe Dechamps, ministre d'État en Belgique, expose au pape les résultats déplorables que produirait la condamnation des libertés modernes :

(1) Montalembert au cardinal Antonelli, 19 décembre 1863. Nous n'avons pas besoin de rappeler que tous ces documents sont inédits.

(2) Nous en citerons seulement ces quelques lignes : « Combien il importe, au milieu de tous nos périls, de ne pas décourager les âmes vaillantes qui ont soutenu tant de bons combats!... J'aime de toute mon âme le vicaire de N.-S. J.-C; c'est à son cœur que je m'adresse. L'ami dont je parle est bien ('prouvé déjà par la vocation de sa digne fille et le sacrifice qui en est la suite. Faudrait-il que cette victoire, qui coûte d'involontaires larmes, se terminât en une incurable douleur? Sainte Catherine a précisément sous son patronage les docteurs, parfois exposés aux fougues de l'éloquence... N'estce pas l'occasion de dire avec le Bréviaire romain : Quae machina brevi Catharinœ oratione confracta est ? » (16 décembre 1863. >

« 1° Dangers extrêmes et peut-être imminents créés pour la souve. raineté temporelle pontificale, en offrant à celui qui peut et qui veut la détruire, une arme formidable pour l'accomplissement de ses desseins. 2° On va aider puissamment à fonder un gallicanisme impérial, dont tous les éléments existent, et dont M"' Darboy sera le Bossuet. 3° On va voir se former, dans tous les pays libres, où les catholiques luttent depuis un demi-siècle avec les armes de la liberté religieuse et politique, un gallicanisme libéral. Les faits seront plus forts que les thèses théologiques. 4° On jette dans le découragement et le doute cette foule de cathohques intelligents, qui étaient revenus à l'Église par la porte de la liberté qu'on semble leur fermer; et l'on repousse toute cette jeunesse qui se trouve au seuil de cette porte, et à laquelle on ne peut pas demander de renoncer à toutes les idées de notre temps, sans la rejeter dans le rationalisme. (1) «

Il ajoutait textuellement : « Nous craignons qu'une telle encyclique, sans application au siècle présent et à la plupart des nations modernes, n'ait pour résultat de briser dans nos mains la seule arme que Dieu nous laisse pour défendre la liberté de l'Église, et de servir de raison ou de prétexte à nos éternels adversaires pour nous refuser ou nous ravir cette liberté de l'Église, qu'il est impossible d'obtenir ou de maintenir, sinon comme une condition de la liberté générale. Je viens plaider franchement en faveur du silence. M. le comte de Montalembert et ses amis m'ont autorisé à faire parvenir à Votre Sainteté la promesse formelle de leur silence sur ces questions. La conciliation est donc faite. Elle est faite sans éclat, sans humilier inutilement d'illustres dévouements, sans blesser des amours-propres dignes d'être respectés, sans amoindrir ou peut-être détruire l'influence précieuse des plus célèbres défenseurs de l'Église en notre temps, sans jeter dans la joie les ennemis de la religion... »

Le cardinal Stercks, archevêque de Malines, M^ Guibert, archevêque de Tours (2), le jeune évêque de Nancy, M^ Lavigerie (3), et bien d'autres, agissent à Rome dans le même

(1) Je trouve ce résumé dans une lettre à Montalembert, mars 1864.

(2) « J'ai fait quelques observations au Saint-Père sur les inconvénients de prononcer, au miUeu des controverses actuelles, des condamnations sur certains points qui présentent un caractère plus politique que religieux... C'est une grande force pour notre cause de réunir les hommes politiques de la plus haute valeur, et ce serait un malheur de les éloigner de nous par des décisions que je ne crois nullement nécessaires quant à présent. » (Lettre à M<^ Regnault, 1864.)

(3) « M»' Lavigerie, écrit-on à Montalembert, est d'un libéralisme à toute épreuve, un vrai disciple de M^*" Dupanloup... En correspondance réguhère avec le Saint-Père, il lui a écrit ex professa en faveur du libéralisme catholique. » (Lettre de l'abbé Guthlin à Montalembert.

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