‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 177 sur 242 · SAGES CONSEILS DE M. DE MEAUX · texte numérisé non relu

SAGES CONSEILS DE M. DE MEAUX

pontificaux dans la solitude, avec le calme qui convient; ils ont comparé l'encyclique Quanta Cura de Pie IX à l'encyclique Mirari vos de Grégoire XVI et n'y ont pas trouvé de différences notables ; pour s'expliquer certaines propositions du Syllabiis, ils sont remontés aux sources indiquées à la suite de chacune d'elles, c'est-à-dire aux différentes lettres et allocutions du Souverain Pontife, et ils en ont mieux saisi la vraie portée. Le premier qui rassure Montalembert est son gendre, M. de Meaux, et il le fait avec une sagesse et une hauteur de vue tout à fait supérieures :

f( L'encyclique, lui écrit-il dès le 28 décembre, n'entend porter aucune sentence nouvelle. Elle rappelle des condamnations déjà prononcées, et, prise dans son ensemble, je ne crois pas qu'elle aille plus loin que l'encyclique de d832. C'est sous l'empire de ces jugements du Saint-Siège que nous n'avons cessé de parler et d'agir. Nous avons toujours fait profession de les accepter. Il peut être pénible, il peut paraître inopportun que le Pape les renouvelle; mais il ne faut donner à personne, ami ou ennemi, le droit de mettre en doute la sincérité de notre soumission antérieure... — Les dangers qui menacent le Saint-Père, les malheurs qui bientôt peuvent fondre sur lui nous font un devoir de ne pas quitter le champ de bataille... Hélas! Vous ne pouvez, nous ne pouvons en ce moment défendre le Pape comme nous voudrions et comme il faudrait, et c'est en tout ceci, je vous l'avoue, ce qui m'afflige davantage; mais, au moins, ne soyons pas un moyen de plus contre lui. Sa faiblesse enchaîne l'homme d'honneur, autant que son autorité s'impose au chrétien.

a Au fond, la déclaration que vous méditez ne serait pas sans analogie avec celle de M. de Lamennais, que « par beaucoup de motifs et principa- « lement parce qu'il appartient au Saint-Siège de décider ce qui est bon « et utile àrÉglise, il est résolu de rester étranger aux affaires qui la tou- « chent». Vous ne le dites pas, mais c'est ce que votre acte signifierait; c'est ainsi que tout le monde l'interpréterait... Aujourd'hui comme en 1832, il faut commencer par un acte de foi, et j'ai la confiance que maintenant, aussi bien qu'en ce temps-là, cet acte de foi sera récompensé. Il se fera sur l'encyclique de Pie IX un travail d'interprétation analogue à celui qui s'est opéré sur l'encyclique de Grégoire XVI; ce travail sera plus prompt et, tout compensé, moins difficile. Il me semble que j'en entrevois les bases. Nous restons libres dans l'appréciation des nécessités et des circonstances contemporaines. Il nous est seulement défendu d'ériger ces nécessités et ces circonstances en principe absolu et universel, en idéal deperfection sociale (1). Ce terrain pratique et politique est le nôtre.

(1) Lettre du 28 décembre 1864. Montalembert a souligné ces mots dans la lettre que je transcris.

MONTALEMBERT. — m. 25

Si nous en sommes sortis, ça été par échappées plutôt qu'avec préméditation. Il faut y revenir et nous y renfermer. Soyons de notre temps, sans le canoniser. »

Ces conseils étaient la sagesse même; MM. de Falloux et Foisset abondèrent dans le même sens, et Montalembert se rendit à leurs hautes raisons. Dans les derniers jours de janvier 1865, un conseil extraordinaire du Correspondant se tint à Dijon, où demeurait M. Foisset. Le prince de Broglie, MM. Cochin, de Vogtié, de Meaux, Léopold de Gaillard y assistèrent. M. de Falloux était malade, et Montalembert préféra s'abstenir. Là, au milieu de leur commune et profonde tristesse, « tandis que Foisset se lamentait, que Broglie, selon sa propre expression, se sentait à la géhenne, que Cochin^ très ouvert à toutes les idées et à tous les progrès modernes, mais ignorant l'histoire et peu versé dans les questions de droit public et de droit ecclésiastique, demeurait stupéfait autant que consterné » , ils discutèrent le maintien ou la disparition du Correspondant. M. de Meaux se prononça avec tant de force pour la continuation de la revue que son avis prévalut. Il semblait que la direction et la responsabilité du Correspondant allaient retomber sur lui, lorsque parut la brochure de Févêque d'Orléans.

De tous côtés on l'avait pressé de parler ; Montalembert l'en suppliait plus que personne. Il se mit à l'œuvre, et le 23 janvier 1865, lança sa fameuse brochure : La Convention du i5 septembre et V Encyclique du 8 décembre. Après avoir mis en pièces la première, il abordait la seconde. Malgré l'amertume qui lui restait de son dernier voyage à Rome, malgré ses appréhensions profondes, il défendait le pape et montrait la grandeur de l'acte qu'il venait d'accomplir :

« Fussè-je un simple philosophe, aussi bien que je suis un chrétien et un évêque, oui je trouverais que c'est un beau spectacle que celui de ce vieil-

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