‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 207 sur 242 · SA TENDRE AFFECTION POUR L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SA TENDRE AFFECTION POUR L'ÉGLISE

Nous devons donc le condamner sans réserve dans le secret de nos cœurs, mais en gardant toujours envers lui l'indulgence et Ja charité dont nous avons tant besoin pour nous-mêmes. Vous serez, j'en suis sur, d'accord avec moi, pour avoir horreur de Texécrable joie, non seulement des protestants et des libres penseurs, mais surtout de ces ultramontains forcenés qui le traitent déjà de renégat, qui veulent à tout prix le chasser de l'Église qu'il n'a point encore quittée, en lui criant tous les jours : Apostat, apostasie donc! Cela est effroyable! Gomme l'a si bien dit M. Cochin : que ceux qui l'ont poussé à bout s'accusent eux-mêmes en l'accusant. J'entends par là, non pas ses chefs légitimes qui l'ont toujours ménagé, mais ces janissaires de la Civiltà, de VUnivers, du Monde, auxquels on a si malheureusement livré la direction des esprits et des intérêts catholiques, dans la sphère de plus en plus étendue et influente de la publicité périodique.

Dans cette lettre adressée à une protestante convertie, lady Herbert of Lea, pour laquelle il professait la plus respectueuse sympathie, Montalembert ajoute ces paroles qui font vivement ressortir rattachement profondément filial qu'il gardait plus que jamais pour l'Église romaine :

En ce qui touche la direction actuelle des affaires catholiques dans le monde, je suis de l'opposition autant qu'on peut l'être, mais de l'opposition que je crois permise : et je suis bien résolu, quoi qu'il arrive et QUOI qu'il m'en coûte, à ne jamais franchir les limites inviolables... Les misères et les infirmités des hommes qui gouvernent ou représentent l'Église sont justement ce qui rend d'autant plus méritoire notre foi en son autorité légitime et en sa durée immortelle. L'Église n'en reste pas moins l'Église, c'est-à-dire le dépositaire unique des vérités, des vertus qui sont à la fois les plus nécessaires et les plus difficiles d'accès à la société moderne, de la chasteté, de l'humilité et de la charité. Elle a plus que jamais et elle a toute seule la clef des deux grands mystères de la vie humaine, la douleur et le péché. Aussi je demeure pénétré pour elle d'une tendresse et d'un respect qui n'ont fait qu'augmenter avec l'âge. A soixante ans que je vais avoir bientôt, je sens que je l'aime et que je crois en elle avec une toute autre énergie qu'à vingt ans. Les prodiges de vertu et de sainteté qu'elle offre à mon admiration quotidienne, dans les recoins les plus obscurs du monde, me touchent jusqu'au fond des entrailles, et font bien plus que me consoler des nuages et des ombres qui obscurcissent ses régions les plus élevées. Je promène un regard de plus en plus attendri sur les myriades de prêtres laborieux et de religieuses héroïques qu'elle enfante avec une fécondité si miraculeuse en France et dans les pays où domine l'esprit moderne avec la liberté. Ne pouvant plus la servir ici-bas, je lui garderai du moins jusqu'au jour

OÙ ses derniers secours viendront adoucir la fin de mes trop longues souffrances, je lui garderai une âme plus que jamais docile à ses sublimes enseignements, plus que jamais avide de ses consolations surnaturelles, plus que jamais éprise de sa divine beauté. (1)

(1) A Lady Herbert, 9 octobre 18G9

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