‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 209 sur 242 · ADIEUX DE W DUPANLOUP · texte numérisé non relu

ADIEUX DE W DUPANLOUP

il essaie de rassurer son beau-frère sur les conséquences du Concile.

M""" Craven, le général Changarnier, MM. Steinmetz et Foisset, ne manquent pas, suivant leur habitude, de visiter Montalembert. Augustin Gochin vient lui communiquer un remarquable article d'Albert de Broglie sur le prochain Concile. En termes élevés et modérés l'auteur exprime, au nom du Correspondant^ l'espoir que le Concile écartera la définition de l'infaillibilité et surtout ne condamnera pas les libertés modernes. « L'article est fort beau, déclare Montalembert, mais il est bien tard pour saisir l'opinion publique, et d'ailleurs je ne m'occupe plus de ce qui se fait au Correspondant. »

M^"" Dupanloup veut aussi, avant de partir pour Rome, embrasser son ami et arrive à la Roche le 23 novembre. Quelques jours auparavant, il avait publié son fameux mandement contre la définition de l'infaillibilité et son Avertissement à Louis Veuillot, réponse virulente aux attaques de l'Univers. Aussi Montalembert accueille-t-il l'évêque avec plus d'affection que jamais : a Anima nostra sicut passer erepta est, s'écrie-t-il ; laqueus contritus est et nos liberati sumus! » Néanmoins ces deux écrits ne répondent pas entièrement à son attente. Il n'eût pas en effet engagé la lutte sur le terrain de l'infaillibilité, et surtout, il eût parlé plus tôt. « Ça été, selon moi, une grave erreur, écrit-il à Foisset, de se figurer qu'il suffirait du son de sa trompette pour faire tomber les murs de Jéricho (il parle ici de l'influence de l'Univers), tandis qu'il aurait fallu un siège en règle, six mois ou un an de tranchée ouverte et un feu d'enfer, comme à Sébastopol! » Mais enfin le courage avec lequel l'évêque s'expose aux attaques furieuses qui vont fatalement pleuvoir sur lui l'honore grandement. Avec sa nature trop portée aux illusions, Montalembert se figure que le mandement d'Orléans et la déclaration des évêques allemands empêcheront la définition de

connu de l'archevêque de Mélitène, elle est en contradiction formelle avec les documents que nous avons entre les mains. Ayant obéi à sa conscience, il n'avait rien à regretter et ne regretta rien, pas même devant le pape; il se soumit simplement comme il devait le faire.

l'infaillibilité. Mais, dit-il, nos adversaires « vaincus sur cette question se rejetteront sur le Syllabus et lesliheviés modernes. Là, ils ont pour eux la tradition, une sorte de tradition. J'insiste auprès de notre illustre champion sur le prix des âmes, et par conséquent sur la nécessité absolue, non pas de désavouer le passé, mais d'y renoncer pour l'avenir, d'admettre la transformation sociale du monde moderne, sous peine de perdre ce qui reste à l'Église d'influence. Je le trouve d'accord avec moi sur tout... (1) » Après quoi, les deux amis, plus unis que jamais, se séparent pour ne jamais se revoir. « Je lui dis que j'espère bien ne plus le revoir ici-bas, écrit Montalembert, car ma délivrance se fait vraiment trop attendre. (2) »

Quelques semaines auparavant, sur la demande expresse de l'évèque d'Orléans, Montalembert avait écrit à Newman et à Dôllinger. Il les suppliait de se rendre au Concile, le premier comme théologien de M'f'" Dupanloup, le second comme auxiliaire du cardinal Schwartzenberg, archevêque de Prague.

... Je n'ai aucun titre à exercer sur vous une autorité ou une influence quelconque, disait-il à Dôllinger; mais vous n'êtes pas de ceux qui dédaignent la voix d'un ami. Or je suis pour vous cet ami, et sa voix vous vient en quelque sorte de l'autre monde. Je suis déjà entré tout vivant dans mon cercueil; mais ce cercueil n'est pas encore fermé. C'est de là que je contemple, avec le désintéressement et l'impartialité d'un mort, tout ce qui se passe en ce monde; et c'est de là que je veux parler avec l'autorité d'un mort à ceux qui veulent encore m'écouter.

Aucune considération ne justifierait à mes yeux votre absence de ce Concile, si vous avez le moyen d'y assister : et si, comme me l'affirme M*' Dupanloup, le cardinal Schwartzenberg a insisté et insiste encore auprès des autorités romaines pour que vous y soyez appelé, aucun obstacle ne doit vous empêcher de vous conformer à ce désir.

Je vous jure que si j'entrevoyais un moyen quelconque pour moi, simple laïc, d'être admis au Concile, rien ne m'arrêterait. Tout misérable que je suis, j'essayerais de me traîner jusqu'à Rome, dussè-je périr en route, et quand môme, une fois arrivé, je ne dusse point obtenir la parole....

Et moi, je ne suis rien, et n'ai jamais rien été dans l'Église. Mais

(1) Journal, 24 novembre 1869.

(2) Journal, 25 novembre 1869.

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