‹ Montalembert (volume 2)Chapitre 216 sur 242 · SON ESPRIT DE SOUMISSION · texte numérisé non relu

SON ESPRIT DE SOUMISSION

faveur du Saint-Siège et de son autorité, se laisse aller à de bien autres intempérances de langage que Montalembert; il exprime dans ses lettres bien d'autres critiques amères, parce que Pie VII ne comprend pas comme lui les intérêts de l'Église et qu'il est venu à Paris sacrer Napoléon T^ (1). Cela n'empêche pas Joseph de Maistre, et Montalembert plus encore, de compter parmi les meilleurs catholiques que l'Église ait jamais produits.

Dans les mois qui suivirent la mort de Montalembert, celle qui l'a le mieux connu et le plus aimé ici-bas, qui l'a entouré pendant sa longue maladie de sa tendre et infatigable sollicitude, recueillait pour la duchesse de Norfolk ses derniers entretiens avec lui. « Ce qui m'est une bien intime consolation religieuse, écrivait-elle, c'est que, tout en étant résolu à lutter jusqu'au bout, tant qu'on en avait le droit, il était décidé d'avance avec la même netteté à se soumettre sur la question de l'infaillibilité, le jour où elle serait votée... Ce n'est pas l'infaillibilité du Pape en matière de foi qui me répugne à moi, me disait-il; ce n'est que son omnipotence sur les questions d'un autre genre, politique, sciences, etc., que certains fanatiques cherchent à ériger derrière son infaillibilité dogmatique. La même lettre raconte qu'un membre de sa famille lui ayant demandé ce qu'il ferait si l'infaillibilité était votée, Montalembert parut surpris d'une question si simple et répondit qu'il se soumettrait. — « Oui, vous vous soumettrez extérieurement. Mais comment arriverez- vous à arranger cjette soumission avec vos idées et vos convictions? — Je n'arrangerai rien du tout, répondit-il vivement; je soumettrai ma volonté comme on la soumet à toutes sortes d'autres questions de foi. (2) »

(1) Voir Joseph de Maistre, Mémoires politiques et correspondance diplomatique, publiés par Albert Blanc; Paris, 1858; p. 138 et 139. — Je n'en veux ^iter que ce passage beaucoup plus modéré que les autres : « Je n'ai point de termes pour vous peindre le chagrin que me cause la démarche que va faire le Pape. S'il doit l'accompHr, je lui souhaite de tout mon cœur la mort, de la même manière et par la même raison que je la souhaiterais à mon père, s'il devait se déshonorer demain. »

(2) « Voilà notre Coriolan, écrivait Louis Veuillot, l'homme qui a dit : « V Église, c'est une mère! » Qui peut craindre que cet homme meure hors du giron de sa mère et résiste à sa voix ne le connaît point. Nous, nous le connaissons. » Univers, 1" septembre 1869.

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Mais il avait le pressentiment qu'il ne verrait pas la fin du Concile, que Dieu abrégerait ses souffrances et l'appellerait à lui. La peilsée de la mort et des jugements divins ne le quittait guère depuis sa maladie, et il ne passait pas un jour sans sV préparer. Il aimait à réciter cette belle prière de Tabbé Perreyve dans la Journée des Malades : <( J'ose vous demander, Seigneur, la grâce d'aimer la mort, et parce qu'il faut craindre les surprises et se défier beaucoup des appareils imprévus du spectre, je vous demande de mettre dans mon esprit une méditation continuelle, incessante de la mort. » Près de lui se trouvaient toujours un certain nombre d'ouvrages, les uns traitant de la science de bien mourir, d'autres racontant les plus belles morts des saints. En tête de son Jowmal de 1870 qu'il rédigea jusqu'au dernier jour, il a réuni les textes de la Sainte Écriture et les pensées les plus propres à lui inspirer la résignation, le détachement suprême et surtout le repentir de ses péchés; car, disait-il avec saint Augustin : « Il vaut mieux voir ses péchés que de voir toutes les merveilles de l'univers. »

Dans les derniers temps de sa maladie, il se confessait et communiait chaque semaine. Le 6 février, il put encore se rendre à l'église. « Pour la première fois depuis mon retour à Paris cette année et même depuis le mois de mars de l'année dernière, je me traîne à la messe dans la tribune de Saint-Thomas d'Aquin. Je ne m'aperçois que trop de tout ce que j'ai perdu de forces. La distance me semble trois fois plus longue que l'an dernier, quoiqu'il n'y ait toujours que la rue du Bac à traverser. Après la messe et la sainte communion à l'intention d'obtenir la résignation dont j'ai tant besoin, je rentre exténué de fatigue et de malaise. »

Le samedi 12 mars, veille de sa mort, ressembla à tous les autres jours. Il se leva plusieurs heures et rien ne fut remarqué, sinon qu'il semblait plus dispos, plus animé, plus visiblement heureux des affections qui l'entouraient. Il reçut quelques amis, entre autres Emile Ollivier qu'il entretint de

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