QUE DEVRAIENT FAIRE LES CATHOLIQUES
présentatif, atteint par le revers du coup qui ne devait abattre que le socialisme, s'est éclipsé :
« Des hommes qui ont invoqué toute leur vie la liberté; qui ont con^ quis la confiance et la juste admiration des catholiques en leur montrant comment la liberté pouvait servir au bien et au vrai; ces mêmes hommes en sont venus aujourd'hui jusqu'à la déclarer inutile et dangereuse. Les constitutions, les discussions, les parlements, le contrôle des législatures, des assemblées, n'excitent plus chez eux que la risée ou le dédain... Ils ont trouvé un maître qui leur veut du bien et ils semblent se confier en aveugles à la faveur de ce maître et à la durée de cette faveur. Ils se ferment les yeux, se bouchent les oreilles sur des actes qui ont révolté tous les honnêtes gens, sur des violations manifestes du Décalogue, sous prétexte que ce sont des questions indifférentes à la religion ou des représailles excusables. »
Montalembert proteste de toutes ses forces contre « cette grande palinodie... Je ne veux pas qu'on dise de mes amis et de moi que nous n'avons défendu et obtenu la Uberté que pour en trafiquer, ou la sacrifier à la première occasion .... On saura qu'il y a au moins un vieux soldat du catholicisme et de la hberté, qui, avant 1830, avait distingué la cause catholique de la cause royaliste; qui, sous le régime de Juillet, a plaidé la cause de l'indépendance de l'Église à rencontre du pouvoir civil; qui, en 1848, a combattu de toutes ses forces la prétendue identité du christianisme et de la démocratie et qui, en 4852, a protesté contre le sacrifice de la liberté à la force sous prétexte de religion. »
Que veut-il donc? Que demande-t-il aux catholiques? Fautil entreprendre contre le nouveau régime une opposition stérile et dangereuse? Montalembert n'y songe même pas.
(( A titre d'épreuve utile, à titre de châtiment mérité, je conçois et j'accepte la dictature, le despotisme même. Dût cette dictature durer non seulement dix ans, comme le veut la constitution, mais plus longtemps encore; si ce n'est que comme régime provisoire, comme remède temporaire, je m'incline devant l'arrêt que la France a sanctionné. Je reconnais volontiers que la démocratie française, cette grande débauchée qui n'a rien ménagé, rien respecté, rien épargné, ne mérite guère d'être ménagée et qu'on est en droit de la traiter comme les débauchées, en la mettant à l'hôpital. Elle y mourra peut-être : peut-être aussi y guérira-t-elle à force d'abstinence et de silence. Mais je me permets de croire qu'il ne nous convient pas de prendre l'hôpital pour la terre promise, ni la diète du malade pour la nourriture de la santé et de la nature. »
Montalembert supplie donc les catholiques de ne pas se
livrer aveuglément au nouveau pouvoir, de ne pas associer la cause de l'Église à celle de l'absolutisme : « La cause de l'absolutisme est une cause perdue. Malheur à ceux qui voudraient enchaîner à cette idole décrépite les intérêts immortels de la religion! « Que faire encore? Entre une
OPPOSITION SYSTÉMATIQUE ET UNE SOUMISSION SANS DIGNITÉ, GARDER UNE ATTITUDE RÉSERVÉE ET INDÉPENDANTE.
« Ne versons pas des larmes sur ce qui est tombé, soit; mais ne l'insultons pas. Ne blasphémons pas notre propre passé, pour mieux nous affubler de la mode courante, pour nous faire bien voir, même dans l'intérêt de la bonne cause, des puissances du jour. La liberté nous a valu d'inappréciables conquêtes, d'éclatantes réparations ; au lieu de la renier, sachons l'honorer par notre reconnaissance, notre patience et notre espoir... Si je peux éveiller dans quelques esprits le désir de profiter des enseignements du passé, la résolution de ne pas engager l'avenir, de ne pas tout sacrifier à l'entraînement du présent, mon but sera atteint. Et, dussè-je n'être écouté ou cru de personne, je rentrerai dans le silence avec la conscience d'un devoir ingrat humblement accepté, mais loyalement accompli, et avec le droit de dire : Liberavi animam meam! »
De cet admirable écrit, dont notre pâle résumé ne saurait donner une juste idée, nous ne dirons qu'un mot : jamais la sagesse ne revêtit pour persuader les hommes une forme plus éloquente. Cependant Montalembert hésite longtemps à le publier. « A quoi bon? se dit-il. Les catholiques sont entraînés dans le courant universel ; ma voix sera impuissante à les retenir. » Il faut pour le décider que le sage Foisset ^ multiplie les raisons et les prières : « Je vous jure que vous n'avez rien fait de meilleur. J'y retrouve toute la sève de Vlntroduction à Sainte-Elisabeth, toute la chaleur, toute l'abondance de votre brochure sur les Devoirs des catholiques, et pourtant une abondance sobre, une chaleur qui se contient, l'abondance et la chaleur de l'âge mûr. Il y a une foule de traits qu'on voudrait détacher et enchâsser dans sa mémoire comme des diamants. — Mais on ne m'écoutera pas. — Vous avez écrit pour l'honneur et non pour le succès. Ce qu'il importe surtout que vous fassiez, c'est une protesta-