CHAPITRE X
LA GUERRE d'iTALIE. LA DÉFENSE DU POUVOIR TEMPOREL.
Le rôle joué par Montalembert, M. de Falloux et M. Thiers pendant l'expédition de Rome, en 1849, demeurait un des grands actes de leur vie politique. Or, depuis 1852, l' Univers s'efforçait d'amoindrir ce rôle. A l'entendre, le principal mérite en revenait au prince président. L'expédition de Rome était la première croisade du nouveau saint Louis. Un certain nombre d'évêques, acceptant cette opinion comme tout le reste, saluaient dans l'Empereur « le restaurateur de Notre Saint-Père le Pape »! Une fois du moins, Montalembert voulut protester contre ces allégations injustes.
M^' Cousseau, évêque d'Angoulème, avait dit en prononçant l'éloge du général de Ponte vès : « Ceux qui la décrétèrent n'en voulaient faire qu'une expédition politique. Pour eux, il ne s'agissait de protéger ni la religion ni son chef, mais bien de défendre la république romaine contre les influences de l'absolutisme autrichien... Tels qu'ils l'avaient conçue, l'expédition pouvait susciter au Souverain Pontife d'étranges embarras. Telle que la firent la folie des républicains de Rome et la haute sagesse qui de France en prit la direction, elle servit à le rétablir sur son trône et à consolider son autorité. »
— « J'ose affirmer. Monseigneur, lui écrivit Montalembert, que vos souvenirs ou vos renseignements vous ont trahi et que vos paroles présen-
lent l'origine et la conduite de rexpédition de Rome sous un jour diamétralement contraire à la vérité historique. Je suis un de ceux qui ont conçu et décrété l'expédition de Rome. Peu de personnes ont pris aux délibérations qui l'ont précédée et dirigée une part plus décisive et plus compromettante que moi, et c'est pourquoi je proteste de toute l'énergie de ma conscience, pour mes amis comme pour moi, contre votre accusation. »
Montalembert résume et précise les événements avec une clarté parfaite ; il rappelle comment l'expédition fut votée dans la séance du 31 novembre 1848, à la suite du meurtre de M. Rossi, pour défendre la personne et la liberté du chef de l'Église; comment le prince Louis, alors simple député, s'abstint de prendre part au vote; comment M. de Fallouxfit de la restauration du Souverain Pontife à Rome une des bases principales de sa politique; comment l'Assemblée législative se montra plus favorable que la Constituante à ses projets :
« Mais bien loin d'approuver la politique des ministres et de la majorité parlementaire dont ils étaient sortis, le prince auquel seul vous attribuez, Monseigneur, la haute sagesse qui a dirigé l'expédition, profita de la prorogation de l'Assemblée pour signifier quelles étaient ses intentions au sujet du rétablissement de l'autorité pontificale, et les conditions qu'il entendait mettre au retour du Pape dans ses États. Il le fit dans sa fameuse lettre au colonel Ney. Est-il possible. Monseigneur, que vous l'ayez oublié?
«.. Le premier soin de l'Assemblée, dès qu'elle rentra en session, fut de trancher la question dans un sens exactement contraire aux prétentions émises dans la lettre de Louis-Napoléon. M. Thiers,dans un rapport qu'il lut le 10 octobre au milieu des clameurs de la Montagne et qui honorera à jamais sa mémoire, établit que la France n'avait que le droit de supplier le Saint-Père d'introduire les réformes désirables, et, le 19 octobre, j'eus le bonheur de me rendre l'organe des vœux de la majorité catholique de l'Assemblée nationale par des paroles qui marquent le sens de ce vote triomphant, après lequel le Pape n'hésita plus à rentrer libre et souverain dans la capitale.
<( Sans doute, il faut savoir gré au prince d'avoir cédé, de n'avoir pas, sous son nouveau ministère, essayé de paralyser les décisions de l'Assemblée... Il aurait pu faire beaucoup plus de mal qu'il ne l'a fait. Mais lui attribuer exclusivement tout le bien qu'il n'a pas fait et qu'il n'a pas même voulu, c'est donner un bien triste échantillon de la justice humaine, c'est réaliser une fois de plus et bien durement envers des vaincus le sic vos non vobis de Virgile.