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LE CHATEAU DE LA ROCHE EN BRENY

sceptique Dupin, en visitant la Roche. Plus loin, le salon de famille, où nous reviendrons passer la soirée, et. entre les» deux salles, dans un enfoncement de la muraille, la petite chapelle tout embaumée de prières et de souvenirs, où les plus saintes âmes de ce temps, Lacordaire, Dupanloup. Mérode, Muard, Hecker et bien d'autres, offrirent le saint sacrifice.

Un escalier de grand style conduit aux appartements supérieurs. Le long des corridors, pour en dissimuler la froideur un peu monacale, sont suspendus des gravures, des cartes, des plans d'abbayes et d'antiques cités. Voici les barons et les évèques anglais jurant leur Grande Charte. Washington à Mount-Vernon au milieu des siens. Louis XVIII signant sur le bureau qu'il a rapporté d'exil la Charte française. La chambre de Montalembert occupe une des extrémités du château : mais bien qu'il y ait réuni les portraits de ses meilleurs amis, et que, sur Je conseil de Lacordaire, il y ait fait construire un balcon d'où l'on découvre une vue admirable, il n'v séjourne guère. C'est dans la bibliothèque qu'il passe une bonne partie de ses jours et même de ses nuits.

On. ne saurait entrer sans émotion dans cette grande pièce où l'historien des Moines a tant travaillé et tant souffert. Tout y est en quelque sorte imprégné de sa présence, tout y est encore à la même place. Le dernier journal qu'il a tenu dans sa main défaillante, la dernière lettre qu'il écrivit, et jusqu'aux petites plumes de corbeau dont il aimait à se servir, sont là sur le vaste bureau qui remplit le milieu de la salle.' Là aussi son Livre d'heures, où il trouvait la force de supporter ses souffrances, et llossuet, devenu depuis quelques années son auteur préféré. « Je me sens ébloui d'admiration et de bonheur, écrit-il, tant c'est une joie pure et profoml.> que de voir le génie d'un grand homme planer si haut e1 verser detelstorrents de lumière. (1) » Comment ne pas noter encore L'inscription si humble et si fière placée au-dessus de la porte d'entrée : Da mihi, Domine Deus, cor pervigil, gttod nullaabducat a te curiosa cogitatio; du nobile, quod nu

(1) Journal, 18 août 1857.

deorsum trahat indigna affectio; da rectum, quod nulla seorsum obliquât sinistra intentio; da invictum, quod nulla frangat improvisa tribulatio; da liberum, quod nulla sibi vindicet perversa cupido (1).

La bibliothèque offre une réunion des ouvrages les plus rares et les plus précieux : rares, par le choix, le nombre et l'importance: précieux, par l'intelligence de la collection, la pureté des éditions, l'assemblage des sources les plus variées. L'histoire des Ordres religieux, celle des Cisterciens en particulier, est aussi riche et aussi complète que les plus célèbres dépôts de France et d'Angleterre. On en peut dire autant pour la politique contemporaine et les questions religieuses actuelles. Et cette bibliothèque s'accroît chaque jour de tous les ouvrages qui paraissent sur ces divers sujets, non seulement en France, mais à l'étranger. Trop à l'étroit dans la vaste enceinte qui lui est consacrée, elle déborde dans les corridors. — Telle est dans son ensemble la demeure de Montalembert. En 1836, l'austère comte de Mérode surnommait plaisamment son gendre lord Sybariton Comfort. Par nature, en effet. Montalembert eût aimé le luxe et l'élégance; il les sacrifia toujours à des intérêts supérieurs, réservant pour les causes qu'il servait le superflu de sa fortune, et vivant dans une noble simplicité, qui atteste une fois de plus sa grondeur d'âme.

Après Dieu et son Église , la famille remplit le cœur de Montalembert. L'heure n'est pas venue de dire la part que prit à ses travaux et à ses luttes la grande chrétienne à laquelle il avait uni sa vie. 11 est à craindre d'ailleurs qu'on ne le sache jamais, car l'humilité de Mme de Montalembert a eu soin de faire disparaître le plus de traces possible de

(1) « Donnez-moi, Seigneur, un cœur vigilant qu'aucune vaine pensée ne détourne de vous, un cœur noble qu'aucune affection indigne ne déshonore, un cœur droit dont les intentions soient toujours élevées, un cœur intrépide et au-dessus des plus graves épreuves, un cœur libre que les passions mauvaises ne dominent jamais ■

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