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LES DISCOURS DE MALINES BLÂMES A ROME

point mêlé à cette affaire et ne rédigea point lui-même la lettre qu'on lui fit signer.

Lorsque, dans les derniers jours de février, Antonelli annonça à M?r Dupanloup qu'une lettre de blâme allait être adressée à Montalembeit, l'évèque protesta de toutes ses forces. Ce fut bien autre chose quand il connut le sens de cette lettre. «Vous n'enverrez pas cela! ... » s'écriait-ii. Et comme le cardinal répondait : « Je ne puis faire autrement Cette lettre est d'ailleurs toute confidentielle... », l'évèque l'interrompit : « Je veux voir le pape, je demande à être entendu. Je le demande comme ami de M. de Montalembert. Je le demande surtout comme évêque français... Il s'agit d'une affaire qui intéresse la France au plus haut degré... Quels sont les juges? Quels sont les examinateurs qui ont prononcé cette sentence? Je demande à les voir, à les entendreyà discuter avec eux... » (1) ^

Ii écrivit au pape qui lui envoya Mfr Franchi pour le calmer. Celui-ci promit que la lettre serait corrigée et adoucie. 11 demanda à l'évèque de la porter lui-même. Mgr/6upanloup refusa et quitta Rome le lendemain, pénétré de tristesse et blessé jusqu'au fond du coeur.

La lettre fut remise à son destinataire dans les premiers jours de mars ; elle est restée secrète jusqu'à ce jour. Après avoir loué les religieux sentiments de Montaleml3ert, ses vives et affectueuses protestations de filiale obéissance, le cardinal ajoute :

« ... C'est précisément dans ces dispositions si dignes de votre personne que le Saint-Père a vu l'occasion de vous faire, par mon entremise, une communication pleine d'amour sur le sujet qui vous a porte à m'écrire.

« Vous n'ignorez pas que, depuis les discours que vous ave/ prononcés au récent Congrès de Malines, des plaintes se sont élevées de divers cotés, leur attribuant un sens qui n'est pas conciliable avec la doctrine catholique. Le dégoût (il disgustol) qu'en ont éprouvé des personnes aussi doctes que consciencieuses, les a portées à en proposer des critiques au

(\ Récil fait par l'évèque d'Orléans à Montalembert el relaté dans r Journal.

Saint-Siège; et vous pouvez bien imaginer quelle préoccupation cei incident a causé à l'àme du Pontife, si remplie de bienveillance pour vous.

« Ce fut alors que, poussé par le devoir d'examiner l'affaire, pour se bien assurer de la réalité des erreurs dénoncées, il se détermina à ordonner un examen soigneux et approfondi des discours critiqués; il voulut d'autre part qu'on y joignît la réserve conseillée par les égards charitables et délicats avec lesquels il aime à procéder dans les cas de ce genre. Ces égards convenaient particulièrement euversun personnage de grande célébrité comme vous, et d'une âme constamment dévouée au Saint-Siège.

« Je regrette de vous dire que le résultat de l'examen a prouvé que les accusations portées contre les susdits discours ne manquaient pas de fondement. On les reconnaît répréhensibles par le conflit dans lequel ils se trouvent avec les enseignements de l'Église catholique, avec lçs actes émanés de divers Souverains Pontifes, spécialement avec les maximes enseignées dans divers brefs et allocutions de Pie VI, dans l'une desquelles, ) portant la date du 26 septembre 1791, il caractérise comme plane exitiosum et pestilens cet édit de Nantes exalté avec tant d'éloges dans les susdits discours. Ces maximes sont rappelées et confirmées dans la lettre de Pie VII à M?r de Boulogne, évèque de Troyes, en 1814 (1); dans l'encyclique de Grégoire XVI du 15 août 1832, que vous connaissez bien; et. depuis, dans divers actes solennels du Souverain Pontife régnant. »

Le cardinal exprime.de nouveau la peine éprouvée parle Saint-Père en constatant le résultat de l'enquête faite par ses ordres, mais aussi la pleine confiance que lui inspirent la foi profonde et le dévouement filial de Montalembert. Le pape est certain que l'orateur s'appliquera désormais « à dissiper et à détruire les tristes effets résultant des erreurs des susdits discours.., d'autant, ajoute-t-il en terminant, que le chef de l'Église ne pourra se taire sur le mérite de certaines doctrines que l'on répand au préjudice de la religion catholique et de la société. (2) »

(1) Dans cette lettre très peu connue, et dont on n'avait tenu aucun compte, le pape protestait contre l'article de la Charte qui, après avoir reconnu la religion catholique comme religion d'État, accordait néanmoins la liberté de conscience et des cultes.

2) Rome, 5 mars 1864.

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