livre célèbre : Les Intérêts catholiques au dix-neuvième
siècle.
Mais sa voix n'est pas entendue; la majorité du clergé et des catholiques, entraînée par Louis Yeuillot et par les évêques, se rallie bruyamment à VEmpire. L'Univers renie toutes les libertés, affiche les thèses les plus absolues, excommunie ceux qui ne pensent pas comme lui. Alors, dans le but de lutter contre des tendances qu'il juge dangereuses, Montatalembert, appuyé sur MM. de Falloux, de Broglie, Cochin, Foisset et le P. Lacordaire, relève le Correspondant. Ils y défendent la religion d'abord, mais aussi la raison et la liberté sous toutes ses formes. A l'Académie française et au Corps législatif, Montalembert soutient les mêmes causes. Vindépendance de sa parole et la vigueur de son opposition lui attirent deux procès politiques. Abandonne des catholiques aux élections de 1857, il n'est pas réélu et sort de la vie publique.
Sa vie privée à Paris et à la Roche en Breny offre l'exemple des plus hautes vertus; ils préside à l'éducation de ses enfants, cultive de nobles amitiés et entreprend à travers l'Europe d'importants voyages; mais surtout il écrit les Moines d'Occident, œuvre immense d'érudition, d'histoire et d'apologétique.
Cependant les faits donnent raison à Montalembert. A l'adhésion enthousiaste du clergé fran<;ais, Napoléon III répond en livrant le territoire pontifical aux convoitises de l'Italie. Pour défendre le pape, Montalembert n'a plus que le Correspondant; il y entreprend , il y dirige une campagne énergique et habile de plusieurs années en faveur du pouvoir temporel; il y publie d'éloquentes protestations contre les spoliateurs du Saint-Siège^ Puis, en 1863, au Congrès de Malines, il lance un nouvel appel aux catholiques ; il leur
AVANT-PROPOS. vu
montre la démocratie de plus en plus envahissante et leur prêche la nécessité de la rendre chrétienne en donnant satisfaction à ses aspirations légitimes. Mais les adversaires de Montalembert, vaincus sur le terrain des faits, n'ont pas renoncé pour cela à leurs théories absolutistes; ils accusent V orateur d'avoir exagéré les droits de la liberté et le dénoncent à Rome. Au mois de décembre 1864, Pie IX publie V encyclique Quanta Cura et le Syllabus. A cette pénible épreuve que Montalembert accepte en chrétien, d'autres épreuves se succèdent d'année en année. C'est son échec définitif aux élections de 1863; c'est l'entrée en religion d'une fille tendrement aimée, l'honneur et la joie de son foyer; c'est enfin une maladie cruelle qui, pendant quatre ans, consume le reste de ses forces. Sur son lit de souffrances le vaillant chrétien déploie une activité extraordinaire. Lorsque s'ouvre le Concile du Vatican, il n'a plus qu'un souffle de vie; mais il veut que ce dernier souffle soit pour celle qu'il a appelée ce une mère y>, et il se jette ardemment, trop ardemment peut-être, dans la mêlée des partis. Les paroles passionnées qui lui échappent alors ne sont au fond que des cris d'amour pour la Sainte Eglise; elles ne r empêchent pas de mourir soumis d'avance comme un enfant aux décisions du Concile.
Telle est V histoire renfermée en ce volume. Pour l'écrire, nous avons eu à notre disposition tous les papiers inédits de Montalembert, ses lettres à ses amis, leurs réponses, la correspondance qu'il entretenait avec les hommes les plus éminents des deux mondes, et enfin le Journal intime qu'il rédigea jusqu'à sa mort.
tiii MONTALEMBERT.
Sous serà-t-il permis de dire quels sentiments nous ont animé au cours de ce travail? Cest un amour profond de l'Église et un souci constant de la vérité. « // faut énergiquement s efforcer de réfuter les mensonges et les faussetés, en recourant aux sources; ayant surtout présent à V esprit que la première loi de V histoire est de ne pas oser mentir; la seconde de ne pas craindre de dire vrai; en outre, que l'historien ne prête au soupçon ni de flatterie ni fî animosité. (1) » Cest le pape Léon XIII lui-même qui, dans sa remarquable lettre sur ks études historiques, rappelle aux écrivains ces régies essentielles. Sous avons conscience de nous y être scrupuleusement conformé. Malgré notre légitime admiration pour Montalembert, nous n'avons dissimulé ni ses erreurs de conduite, ni ses emportements oratoires, ni ses jugements passionnés parfois jusqu'à l'injustice. En agissant autrement, nous n'aurions pas été digne cVêtre son historien. « Point d'apologie, dit-il lui-même; point de panégyrique , un récit simple et exact; la vérité, rien que la vérité; la justice, rien que la justice. »
Pourquoi ne dirions-nous pas aussi que nous avons voulu écrire ce livre dans un esprit de charité? Étranger par notre âge même aux luttes que nous racontons, nous regretterions vivement de les réveiller. Cest pourquoi, tout en jugeant avec sévérité certaines théories et certaines méthodes qui nous semblaient funestes, nous nous sommes constamment efforcé de demeurer juste pour les personnes qui les avaient défendues sincèrement. Des deux cotés, nous en sommes convaincu, on apportait la même bonne foi et le même dévouement aux intérêts de l'Église; mais ce dévouement n'était pas également
(1) Enitendum levitati magnopere, ut omnia ementita et falsa, adeundis rerum fontibus. refulentur; ei illud in piimis scribentium observetur animo : primam esse historiae legem ne quid falsi dicere audeat; deinde, ne quid verinon audeat,ne qua suspicio gratiae sit in scribendo. ne qua simultatis. (18 août 1883.)