‹ MontalembertChapitre 40 sur 217 · OPINION DU P. LACORDAIRE ET DU P. DE RAVIGNAN · texte numérisé non relu

OPINION DU P. LACORDAIRE ET DU P. DE RAVIGNAN

lèvera de l'abaissement que vous lui aurez préparé, comme elle se relevé toujours; mais ce sera en désavouant votre mémoire, comme vous avez si longtemps désavoué la mémoire des courtisans cléricaux du xvnc et du xvme siècles. (1) »

Au moment même où se consommait cette rupture douloureuse, Dieu ménageait à Montalembert une compensation. Dom Guéranger s'éloignait; un autre moine, plus grand encore et plus tendrement aimé, I^prdaire, revint. On sait pour quels motifs les deux amis s'étaient séparés en 18V9; depuis lors ils ne s'écrivaient plus. Lacordaire avait vivement blâmé l'attitude de Montalembert au coup d'État, et celui-ci négligea même de lui envoyer les Intérêts Catholiques. Un bon curé de campagne prêta ce livre à Lacordaire ; il le lut et tressaillit de bonheur. «... Ce m'est une joie inénarra-J| ble, écrivit-il à son ami, de te retrouver tel que je te tenais' <%? dans mes bras il y a vingt-deux ans... (2) » f^s

Naturellement, la presse française et étrangère s'occupe des Intérêts Catholiques. L'espace nous manque pour reproduire ses appréciations variées. A Rome, la Civilta Cattolica, organe des Jésuites et dirigée par le célèbre P. Curci, attaque en les défigurant les idées de Montalembert, si bien que celui-ci en est réduit à protester publiquement. En revanche, le P. de Buck, le savant bollandiste de la Compagnie de Jésus, réprouve sévèrement les doctrines de la Civilta : « Toutes les fois que je la lis, dit-il à Montalembert, je suis tenté de la percer à coups de canif! » Le P. de Ravignan de même, bien qu'il n'aime guère le gouvernement représentatif, félicite tendrement son ami: «... Vous m'avez ému, ravi, profondément pénétré de reconnaissance envers Dieu et envers vous. Cet historique de l'Église depuis 50 ans, ces tableaux divers sont remplis d'aperçus et de sentiments qui transportent l'âme. Merci mille fois. L'Église vous bénira et la main du juste Juge vous couronnera. (3) »

L'Univers consacre une série d'articles aux Intérêts Catho- S

(1) Montalembert ;'i Dom Guéranger, 6 février 1853.

(2) Lacordaire à Montalembert, LOnovembre 1852.

• P. de Ravignan à Montalembert, 26 octobre 1852.

MONTAI i:\iu.i; i . — III.

ligues, et ces articles achèvent rT pi a ro-jy 1p fn^ prnfnnd qUi [ sépare Montalembert de Louis Yeuillot. V Univers appelle le livre « une Marseillaise parlementaire ». L'unique motif de cette publication, dit-il, est Fennui. Montalembert cède au dépit de n'être rieji, à l'envie de faire figure parmi les vainqueurs de l'avenir... 11 "manqua de franchise... N'étant plus rien dans l'État et n'étant pas doué d'une abnégation aussi haute que sa pensée, il ne sait pas se tenir tranquille et jouir des victoires de l'Église... ; il travaille à faire sortir l'Église du terrain de la liberté catholique et à teindre son drapeau des couleurs d'un parti... V Univers au contraire n'est jamais sorti du rôle de spectateur silencieux et paisible... Il est toujours prêt à servir sous les ordres de Montalembert comme il La toujours fait... Au fond, ils ont toujours été d'accord et ils le sont encore... etc.. (1) » Louis Yeuillot prouve cette entente quelques jours plus tard, les 17 et 18 novembre; en deux articles intitulés : De la liberté sous l'absolutisme, il entreprend l'éloge de la monarchie absolue, et présente le règne de Louis XIV comme l'idéal du gouvernement catholique et vraiment libéral :

« En ce qui regardait l'Église comme en ce qui regardait l'État, la Constitution permettait et secondait tout bon dessein de réforme; elle offrait au Bien sécurité et facilité... Personne en ce temps-làne trouvait nécessaire qu'une tribune fût dressée en permanence sur la place publique. On croyait que les grands intérêts de l'État se discutaient mal devant un peuple ignorant. On ne voulait donner ni aux orateurs la tentation de chercher la popularité, ni à la foule l'occasion de s'émouvoir et la tentation d'intervenir. »

On juge par ces citations combien le désaccord s'accentuait chaque jour entre l'orateur et l'écrivain. Ils conservaient pourtant quelques relations. Vers cette époque, le directeur de l'Univers ayant eu la douleur de perdre sa femme, Montalembert s'empressa de lui adresser ses consolations :

(1) V. rUniversdes 1er, 6, et 13 novembre 1852. — Mgr Pie écrivait à Montalembert : «... Je n'entends en aucune manière approuver la ligne politique tni les articles récents de l'Univers en ce qui vous regarde; je suis et je serai toujours plein du plus sympathique et respectueux dévouement envers votre personne... » 10 novembre 1852.

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