LES EVEQUES ET LE SECOND EMPIRE
sommée ; il redouble pour l'Église de respectueuses attentions. Dans son voyage des mois de septembre et d'octobre 1852, il tient un langage vraiment chrétien, multiplie les dons et les promesses. Le cardinal Donnet est spécialement l'objet de sa munificence et croit devoir écrire à son clergé pour lui faire connaître les riches présents qu'il a reçus : douze fauteuils en tapisserie de Beauvais qui « n'étaient pas estimés à moins de trente mille francs » ; en outre, cinq mille francs pour la réparation d'un calvaire et d'un clocher ; puis « deux riches tableaux » dont l'heureux archevêque ne sait évaluer le prix.
Aussi le rétablissement de l'Empire est-il accueilli avec enthousiasme par le clergé. Bientôt le P. Ventura, prêchant aux Tuileries, comparera la résurrection de l'Empire à la résurrection de N.-S.(l). En attendant, un certain nombre d'évêques saluent dans leurs mandements le prince chrétien qui va faire revivre les jours de Constantin et de saint Louis. Les Livres saints ne leur fournissent pas d'expressions assez fortes pour louer « l'homme de la droite de Dieu, l'instrument des bontés de la Providence » (2). M** Parisis, qui, naguère encore, flétrissait la vie privée de Louis Bonaparte, exalte « ce prince étonnant de qui l'on peut dire ce que nous enseignent les saintes Écritures : Attingit a fine usgue ad finem fortiter et disponit omnia suaviter » 3 . Mgr de Salinis, après
(1) Sermons pour le Carême de 1858, à la chapelle des Tuileries.
(2) Lettre pastorale de l'évèque de Saint-Flour, citée par M. de la Gorce, Histoire du Second Empire.
(3) Discours prononcé Ioj^s de V inauguration du nouveau Palais de Justice à Boulogne. — Le comte Félix de Mérode lui écrivit à ce sujet : « I Belgique que vous avez quelquefois proposée comme modèle à ta Frai
fait de liberté religieuse, personne, Monseigneur, ne voit la sagesse divine empreinte sur la spoliation sans forme de] ppliquée aux .niants d'une
Reine qu'aucune critique n'a essayé d'atteindre. Ce qu'on voit mal ment empreint sur quelques allocutions épiscopai une tendance à
flatter avec excès le pouvoir, parce qu'il flatte le «■ si l'on peut
en toute vérité de l'autocrate improvisé de la France: ( allicL tequitur iter, on oe peut y ajouter : laudatur \ ... ■ L'évèque ne tint
nul compte de la leçon, el deux ans plus tard, dans un discours pronon Arras, il disait de l'Empereur : • ... Ce prince fait sai - qui paraît im-
possible, parce que Dieu le fait avec lui : C'est beaucoup trop peu de dire qu'il est un grand homme, puisqu'il est manifestement L'instrument effic rieux de Celui qui seul est grand. »
avoir proclamé en 18i8 le sens divin du peuple de Février (1) et approuvé sans réserves en 1852 les Intérêts Catholiques, écrit un mandement qui cause l'indignation de tous ses amis; il engage son clergé à prêter à l'Empire, non seulement une
^obéissance passive, mais le concours le plus actif. L'Empereur a donné la liberté à l'Église : voilà pourquoi elle aime
1 \« à déclarer hautement qu'elle est l'obligée de ce prince, qu'elle a pour lui le sentiment de la plus profonde gratitude... On a accusé le clergé dans ces derniers temps d'avoir, en passant au pouvoir, déserté trop facilement la cause de la liberté. Il semble qu'on voudrait qu'il n'eût consenti à être libre qu'à la condition que tout le monde serait libre comme lui... Or, sommes-nous rigoureusement obligés à ne souffrir qu'on soit juste envers nous qu'après que l'on aura été juste envers tous? (2) »
Naturellement l'Univers fait écho à ces évêques. Montalembert relève avec amertume les flatteries du journal envers l'empereur, « l'homme simple et bon, le grand homme qui a rétabli le vicaire de J.-C. sur son siège, qui a appelé dans le Sénat les princes du sanctuaire... (3) » — « Il ne peut rien redouter sérieusement de ses ennemis révolutionnaires, dont, les doctrines font horreur, ni de ses adversaires parlementaires, dont les entêtements font pitié. Contre cette troupe en désarroi, deux armées se don-
(1) Profession de foi aux électeurs de la Gironde, 5 avril 1848.
(2) Instruction pastorale de MSr l'évêque d'Amiens sur le Pouvoir.
pis) Univers, 3 octobre 1854. — Voir encore dans l'Univers du 13 décembre ' /85o7sTarticle enthousiaste de L. Veuillot sur la rentrée de la garde à Paris. — Montalembert lisait chaque jour l'Univers et notait soigneusement tout ce qui. dans le journal, blessait ses idées et ses sentiments. A ce recueil d'extraits qui forme plusieurs volumes, j'emprunte ces quelques citations. En consultant l'Univers lui-même, j'ai constaté qu'elles sont exactes et que le contexte n'en atténue pas le sens. Loin de moi d'ailleurs la prétention d'exposer ici l'ensemble des doctrines de l'Univers. Ma tâche est plus pénible ; elle se borne à indiquer, d'après les notes de Montalembert, celles des opinions du journal dont l'intransigeance l'irritait davantage. J'ai longtemps hésité à exhumer ces textes, mais comment expliquer sans cela l'opposition irréconciliable de Montalembert envers l'Univers"'. Il est juste de remarquer l que la plupart de ces citations ne sont pas de Louis Veuillot, mais de col- / laborateurs disparus depuis longtemps, MM. Coquille, Rupert, Aubineau, du Lac, Segretain, l'abbé Jules Morel, etc..
nent la main pour sa cause au sein du peuple qui les a fournies et qui l'aime : Tune composée de quatre cent mille hommes de guerre, pleins de discipline et de jeunesse, sous le vieil honneur de leur drapeau ; et l'autre, celle que Napoléon Ier n'eut pas et qu'aucun peuple peut-être n'eut jamais si florissante et si belle, l'armée de charité, forte de quarante mille prêtres et de cinquante mille religieuses. (1) »
A cette question d'adhésion à l'Empire s'en rattachent une foule d'autres. L'Univers les soulève et les tranche avec raideur et intransigeance. En histoire, ses préférences marquées sont pour les régimes absolus : « L'Empire est l'ex-< pression la plus haute de la civilisation romaine. La république n'était connue des peuples que par ses déprédations ; ' elle n'est restée populaire que dans la cervelle de quelques spéculateurs oisifs... Le génie romain, épuisé par la république, reprend vie pour une longue carrière en se personnifiant dans les Empereurs... Le monde en a gardé une profonde reconnaissance. (2) »
Gharlemagne est loué d'avoir édicté la peine de mort contre les Saxons, qui se cachaient pour ne pas être baptisés et qui manquaient à la loi du jeune par esprit de mépris pour l'Église (3). Henri IV au contraire n'a point les sympa-
(1) Univers, 28 janvier 1S54; article de L. Veuillot.
(2) Univers, 21 mars 1856; article de M. Coquille: il reprend cette thèse le 14 novembre 1856, à propos d'un article de M. Ampère sur Auguste : « La république fut une anarchie sans fin... L'Empire achève et couronne la grandeur romaine... » etc. — C'est le même M. Coquille qui écrira plus tard (24 août 1862) : « Les littérateurs effarés se demandent que serait devenue l'humanité si Xercès eût vaincu? L'humanité ne s'en serait pas plus mal portée. Elle aurait eu de moins une grande école d'immoralité, car c'est par l'enseignement de la Grèce que la corruption s'est glissée dans la société chrétienne. » — « En effet, ajoute Montalembert, l'humanité eût été d rassée d'Aristide, de Périclès, de Socrate, de Platon, d'ArisI mosthène, de Phocion. etc., tous postérieurs à la défaite de Xer
(3) Univers, 29 janvier 1855. « Le bienheureux empereur qui aimait l'Église de toutes ses forces, écrit M. Aubineau, la servait de toute sa puissance... Il n'était pas d'1 ceux qui pensent que l'erreur peut avoir des droits à faire valoir en présence de la vérité. Après avoir, à plusieurs repi vaincu les Saxons et renversé leurs idolos, avoir reçu leur ; d'embrasser la religion chrétienne, et les avoir vus, à divi ses, retourner au culte des démons et à l'outrage de L'Église el de la foi, il édicta contre eux des peines terribles : la violence coin: ktiOD du jeûne
■ rit de mépris de la religion catholique, la sépulture donnée selon lei
thies de l Univers. On lui reproche d'avoir voulu abaisser l'Église catholique et établir en France le protestantisme (1). Son crime est l'Édit de Nantes, qu'il a signé « au mépris de sa parole, de son abjuration et de son sacre » (2). Mais la révocation de cet édit funeste est un des grands mérites de /> Louis XIV (3). V Univers proteste sans cesse qu'il n'est pas ^absolutiste. Cependant il adopte les théories politiques du °rand roi et il repousse comme chimériques et impossibles toutes garanties constitutionnelles. Le gouvernement qu'il rêve n'aura d'autre frein que Fautorité religieuse et les mœurs nationales. « Les rois et les empereurs, déclare M. Coquille, sont les mandataires de la Providence; à elle seule ils doivent compte de leur conduite... Chercher des garanties contre le pouvoir est en politique ce qu'est en géométrie la quadrature du cercle. Le pouvoir, et le mot l'indique, est une force supérieure à toutes les forces. Une force capable de lui résister serait elle-même le pouvoir et la constitution est détruite ; dans le cas contraire, elle n'est plus une garantie., Le pouvoir sera-t^il donc sans limites? Assurément non; mais il n'a pas de limites tracées d'avance, car il est
rites païens, étaient punis de mort. Il allait plus loin : le Saxon non baptisé qui se cachait et dédaignait de se présenter au baptême devait être aussi puni de mort... » Après avoir affirmé sans preuve que « le pape Adrien approuvait tout cet effort royal qui faisait plier vers les fonts du baptême ces peuples rebelles, » l'auteur ajoute : « Ce n'est pas aux yeux de la science moderne qu'il faut chercher à justifier la conduite de Charlemagne. Ce bienheureux roi se conduisait par une autre règle que celle du jugement des hommes, etc. »
(1) « Henri IV, écrit Louis Veuillot, forcé par la Ligue d'embrasser le catholicisme pour monter sur le trône, n'avait jamais perdu de vue le dessein d'abaisser le catholicisme. Son plan était de constituer le calvinisme et le luthéranisme à l'étal de puissances politiques exclusives; il atteignait merveilleusement son but. » Univers, 31 décembre 1848.
« Henri IV, écrit M. Aubineau, a essayé entre la religion romaine et la religion anglicane je ne sais quel compromis, au mépris de sa parole, de son abjuration et de son sacre. 11 avait fait serment de chasser l'hérésie; l'Édit de Nantes qui assurait un traitement aux ministres réformés fut sa réponse... » Univer* 5 janvier 1855. Plus tard l'Univers appellera l'Édit de Nantes « un chef-d'œuvre d'iniquité et d'imprévoyance, » et soutiendra que « le nom de Gabrielle d'Estrées, gagnée par l'argent des protestants, y reste ignominieusement attaché ».
K * (3) V. l'article de Léon Aubineau sur la révocation de l'Édit de Nantes ;
( il en approuve tout, même les dragonnades. — Univers, 26 octobre 1853.
de sa nature autonome. Sa limite est dans les autres pouvoirs qui se sont développés dans la société et qui constituent des intérêts moraux indépendants; l'autorité religieuse. l'autorité paternelle, les corporations et avant tout les mœurs nationales sont autant de contrepoids qui retiennent le gouvernement. Il n'y a pas d'autres garanties... <1
La monarchie française a fini avec Louis XV. Quant à Louis XVI, il a fait descendre la royauté à une banale philanthropie. « Les idées philosophiques lui avaient brouillé toute idée de justice et de devoir. ( 2 ■ » Il lui a manqué de connaître et d'appliquer la parole de Napoléon Ier à son frère Joseph : « La force et la justice sévère sont la bonté des rois. » — « En 1789, la nation ne demandait pas de réformes. Et qu'y avait-il à réformer dans la plus parfaite et la plus libre des monarchies? La sécurité était générale. Toutes les classes de la société vivaient en paix sous la protection de la royauté... La France repoussa les innovations par une opinion unanime. La Révolution lui fut imposée par le gouvernement. (3) »
Mais Dieu a « prédestiné » Napoléon Ier pour nous arracher à la Révolution, « pour venger l'Église et la société de la tyrannie du xvme siècle ». — « Sur les grèves d'une île sans gloire, il y avait un enfant, non pas de race royale, non pas même de race illustre, un enfant pauvre, presque un enfant du peuple, le neveu d'un pauvre prêtre; cet enfant, Dieu le gardait pour châtier la félonie des rois, pour relever par un acte de sa volonté l'Église qu'ils s'étaient flattés d'avoir abattue... Enfin Dieu l'appelle, il parait... Dieu le conduit partout... Il était le plusgrandroi et le plus grand homme de la terre, sagace, éloquent,... digne de sa gloire. | V »V
(1) Article de M. Coquille contre le régime constitutionnel. — i jan-
vier 1854.
2 Univers, 4 avril 1852.
3) / Ï4 décembre 1853. Article de M. Coquille contre !
Louis XVI.
(4) Article deL. Veuillot sur 1<>s Souvenirs contem) de M. VillemainT]
Univers. 2 1 et 28 janvier 1854. D étude, d'ailleurs fort éloquente sur I
Napoléon 1er, l'autour ne trouve guère autre chose à lui reprocher que de I ne pas s'être suffisamment appuyé sur l'Église. I
Qu'on ne proteste pas au nom de la raison humaine, au nom de l'honneur, du progrès et de la liberté contre certains de ces jugements. L'Univers se moque bien de l'imbécile raison humaine et M. Coquille traite Descartes de la belle façon : « Descartes est un pauvre philosophe, un esprit bizarre, entêté, ayant plus qu'un grain ordinaire de folie. (1) » Quant à l'honneur, il n'en faut point parler ; VUni- \*cers, dans un article consacré aux Symphonies de M. de Laprade, reproche au poète d'avoir invoqué cinq fois dans la dédicace à son père ce « sentiment païen » (2). Et la science? « La science, dit Segretain, c'est du même vocabulaire que la liberté et le progrès. Qui les définira, qui les comprendra jamais? En attendant, on les trouve comme des mèches incendiaires dans toutes les sociétés qui font explosion. (3) » Mais c'est surtout la liberté qui est attaquée et condamnée sous toutes ses formes. « Pourquoi, demande M. Coquille, employer si souvent le mot de liberté, qui signifie si souvent anarchie? Ce mot qui nous vient des pays à esclaves est sans usage dans un pays chrétien. (4) » Dans un autre article il va plus loin et affirme que « le principe idéal de la liberté est anti-chrétien » (5). Au fond, l'Univers n'admet d'autre liberté que celle de l'Église. « Nous n'avons jamais eu qu'une définition et une pratique de la liberté, et c'est celle-ci : il faut que l'Église soit libre. (6) » Par libre ils entendent reine et maîtresse, et ne s'aperçoivent pas que leurs revendications aveugles sont comme autant de chaînes fournies à leurs adversaires pour asservir l'Église.
Que dire de la liberté de conscience? « En principe, déclare M. Coquille, nous sommes opposés à la liberté de conscience. (7) » — Mais en pratique, quel sort réservez-vous aux
Univers, 16 janvier 1856. Article de M. Coquille sur YHistoire de la ophie cartésienne, par Francisque Boullier. 2 Univers, 8 janvier 1857. Cette parole est une de celles qui indignèrent le
!lus Montalembert.
i3) Univers, -25 décembre 1857.
Univers, 27 décembre 1855.
(5) Univers, 30 mars 1853.
(6) Univers, 24 août 1856. (Article de M. de la Tour). Univers, 5 avril 1855.
dissidents? demande-t-on. Voulez-vous rallumer les bûchers? — Non. répondent-ils; « rien n'autorise à induire que nous appellions aujourd'hui de nos vœux l'emploi des mesures dont on a dû se servir autrefois... L'Église admet le droit des protestants et des juifs, comme elle admet chez les Turcs la polygamie et dans les pays idolâtres toutes les abominations qui y sont en usage. À ses yeux, le vol et l'adultère ne sont pas des crimes plus grands que l'hérésie. 1) » Ils consentent à admettre la bonne foi pour les partisans des autres cultes, mais non pour les impies et les sectaires. Comment donc traiteront-ils ces derniers? « Nous croyons que la plupart de ceux qui répandent aujourd'hui le scandale céderaient facilement à une répression analogue à celle qui s'exerce en matière politique. (2) » Et Léon Aubineau ajoute : A la liberté de conscience accordée par un gouvernement parlementaire, « nécessairement indifférent et athée, nous préférons le bras séculier des gendarmes. Il nous parait sans contredit le plus honorable et surtout de beaucoup le meilleur défenseur de la vraie liberté de conscience (3 . »
Quant à la liberté de la presse, l'abbé Jules Morel la limite ainsi qu'il suit : « Nous sommes un journal qui se confesse... telle est toute la raison du bénéfice d'écrire et de parler chaque jour que nous nous attribuons, en le refusant à d'autres qui n'offrent pas les mêmes garanties. La législation actuelle sur la presse est celle de l'Église : l'avertissement et la suppression, (i) »
Est-il besoin d'ajouter après cela que l'Univers professe pour le régime parlementaire un éloignement mêlé d'horreur? C'est un « bourbier de servilisme et de corruption » (5). — « C'est à coup sûr, en théorie, de tous les systèmes
(1) Univers, 24 décembre 1855. (Article de M. du Lac. î Univers, 1er mai 1854. (Article de II. Rupert.)
(3) Univers, 20 février 1856. (Article de M. Aubin.
(4) Univers, 22 décembre 1855. Article de L'abbé J. Morel contre le livre •ntalembert, De l'avenir politique de VAngleL
(5) Univers, 10 avril 1853. (Article de M. Rupert.) Citons encore c
du même auteur : • Si les libertés constitutionnel! vaientqui
partisans parmi nous, nous prendrions la liberté de demander si leur bonne foi de chrétien ne se révolte pas à la vue des conséqu que peut produire un pareil système et s'ils n«' sentent pas au fond de leur
politiques le plus faux, le plus plein de dangers, le plus difficilement compatible avec la satisfaction des intérêts bien compris. (1) » Par suite, F Univers considère la Restauration comme un régime néfaste et Louis XVIII comme un prince « profondément perverti de cœur et d'esprit. (2) » — La Charte a été imposée au pays par les étrangers. « La France restait attachée à la forme monarchique que l'Empire lui avait conservée. Elle ne demandait à son roi que de continuer en l'améliorant le régime impérial. Ce régime se rapprochait beaucoup plus de la royauté française que la Charte de 181 + , qui avait pourtant la prétention de renouer la chaîne des temps. Les idées politiques étaient plus saines en 1815, après dix ans de domination impériale, qu'elles ne le furent pendant les quinze ans du régime constitutionnel que la Restauration avait inauguré. (3) » En somme, la Restauration ne compte qu'un beau jour, celui des Ordonnances de Juillet. Mais ce ne fut « qu'un Deux Décembre manqué, le pauvre coup d'État d'un monarque aux abois... Harcelé par la meute libérale, dont les piqueurs sonnaient déjà l'hallali de la monarchie, le vieux cerf royal voulut leur tenir tête : c'est la vraie gloire de ses derniers moments, (i) » — La constitution belge est peut-être plus maltraitée encore que les autres. « ...En Relgique, la liberté de la tribune est aujourd'hui prépondérante. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir dans ce pays l'Église menacée et atteinte. (5) » Quel malheur que la Belgique ne soit plus au temps du duc d'Albe et de
conscience quelque chose qui s'élève pour les maudire à jamais et pour appeler sur toute société le règne des puissances qui forcent l'impiété à se taire. » Univers, 22 octobre 1854.
(1) Univers, 28 avril 1855. (Article de IL Paul Henry.)
(2) Univers, 10 janvier 1856 : « Si l'Union était catholique.., ou même honnêtement protestante, elle ne consacrerait pas ses apologies au régime gouvernemental si nouvellement et si déplorablement inauguré en France: elle lutterait plutôt contre la pente qui y entraîne aujourd'hui tant d'esprits et qui en rend le retour trop facile; car, pour le voir remis en pratique, il n'y aurait plus besoin d'un homme aussi profondément perverti de cœur et "d'esprit que l'était Fauteur de la Charte, il suffirait aujourd'hui d'un prince faible. » (Article de H. Rupert.)
(3) Univers. 24 juin 1853. (Article de M. Coquille.)
(4) Univers, 10 mars 1853. (Article de M. Segretain.) Univers, 4 juillet 1854. (Article de M. Aubineau.)