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L'UNIVERS. — APRETE DE SES POLEMIQUES

l'Inquisition! On sait que « le génie du duc d'Albe a préservé l'indépendance et la religion de la Belgique » 1 .

Comme conséquence encore. l'Univers poursuit de ses invectives tous ceux qui, dans le passé et le présent, ne partagent point ses théories absolutistes et regrettent la liberté. Les catholiques qui ont le malheur de ne point penser comme V Univers, sont des défectionnaires, des pactisans. des transfuges, des égarés. Qu'ils prennent garde! Ils sont bien près d'être des hérétiques et ne tarderont pas à le devenir.

Il ne nous appartient pas de raconter ici les démêlés de ÏUnivers avec l'épiscopat, son interdiction par Mgr Sibour et son appel à Rome. Montalembert n'intervint point dans ces querelles. Mais les citations que nous venons de faire étaient nécessaires pour bien comprendre son état d'esprit. Les idées de l'Univers choquaient violemment celles qu'il avait professées toute sa vie. Aussi s'exprimait-il dans ses lettres avec la plus grande indignation. L'une de ces lettres, adressée à l'historien Cantu de Milan, pour le féliciter d'un de ses ouvrages, parut, à l'insu de Montalembert, dans la Rivista contemporanea. Elle contenait ces mots :

« ... J'avoue qu'il y a de quoi se décourager, quand on voit la défi de la vérité catholique dans le passé et dans le présent livrée à des organes comme l'Univers... Le renaissance catholique est aujourd'hui rieusement compromise par cette école fanatique et servile qui cherche ,\ à l'identifier partout avec le despotisme. Une réaction formidable se 1 prépare ; il n'en faut pas moins rester fidèle à notre drapeau, qui est celui de la justice, de la vérité et de la libert I. 2

Louis Veuillot releva ces paroles avec hauteur. Pour la première fois, il fustigea devant ses Lecteurs l'ancien chef du parti catholique, l'accablant de ses pardons et de sa compassion dédaigneuse :

1 / . ; mars \<<~>. Art icle de M. I

Montalembert à C. Cantu, Il décembre 1854.

<( Jadis, dit-il, nous pardonnions ces procédés en considération de l'avenir; nous les pardonnons maintenant en considération du passé. Ils expliquent pourquoi, avec le plus beau talent et le plus honorable caractère, M. de Montalembert ira jamais pu se faire que des admirateurs et point d'amis (!). C'est un grand malheur pour lui. Il eût pu être un chef politique incomparable, il ne sera jamais qu'un auxiliaire embarrassant et embarrassé. (1) »

À défaut d'amis, Montalembert trouvait du moins de nombreux compagnons attaqués comme lui par l'Univers. Le 29 mars, il écrivait à son beau-frère, Mgr de Mérode :

'< ... S'il est parmi les catholiques de France un homme inoffensif, irréprochable et aimé de tous, c'est à coup sur Armand de Meiun, le fondateur ou le propagateur de toutes les œuvres charitables de Paris, le tvpe du dévouement et de l'amoup du prochain. Mais il a commis le crime irrémissible de siéger à l'Assemblée législative entre M. de Falloux et moi, de s'être associé à mes efforts pour émanciper, par la voie de la persuasion et delà discussion, renseignement et la charité. Il a de plus le tort de ne pas compter parmi les disciples de M. Veuillot. Il faut donc que justice se fasse. Et CUnivers du 27 mars se charge de l'attacher, lui et ses œuvres, au carcan d'un premier Paris en trois colonnes, où il est accusé d'être plus heureux de rencontrer une tribune que soucieux de l'intérêt des pauvres, et de sej>urer de panaches, de mots ambitieux, dans le but de satisfaire des calculs particuliers, sur lesquels on ne s'explique pas.

d Et il en est ainsi tous les jours : avant-hier, c'était le tour de M. Auguste Nicolas; hier, c'était le mien, aujourd'hui celui de Melun. Nous y passerons tous, et quand ce sera fini, on recommencera. Le gouvernement ^ .des intérêts catholiques en France appartient à un proconsul entouré d'une \bande de licteurs armés de verges et chargés de nous flageller jusqu'au [sang, au moindre signe du maître, lorsque ce saint personnage ne daigne pas nous consacrer lui-même l'activité de sa main fraternelle. Comme des pauvres nègres sur une habitation coloniale, on nous prend un à un et on nous lie au poteau de cette publicité orthodoxe, d'où l'on ne nous renvoie que bien et dûment écorchés par une correction tirée à dix mille exemplaires, le tout, pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand profit de la justice et de la charité. (2) »

A quelque temps de là, M. Augustin Cochin rencontrant M. Léon Aubineau, rédacteur à l'Univers, lui adressa d'humbles remontrances sur Tâpreté de ses polémiques. Que répondit le doux auteur des Serviteurs de Dieu? « Le seul tort de

(1) Univers, 16 mars LS55.

)2) Montalembert à Msr de Mérode, 29 mars 1855.

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