‹ MontalembertChapitre 46 sur 217 · NAPOLEON III ET LEGLISE · texte numérisé non relu

NAPOLEON III ET LEGLISE

rUnivers, dit-il, est de trop ménager ses adversaires. Il faut leur casser les reins du premier coup : cela ne fait pas crier davantage et cela ne fait crier qu'une fois. (1) »

Quels furent cependant les résultats de ce ralliement à outrance? Louis Veuillot et ses collaborateurs cherchaient avant tout, comme Montalembert lui-même, l'intérêt delà religion. •• Ils espéraient obtenir du prince, en retour de leur retentissante II adhésion, des garanties et des avantages pour l'Église catholique. En rapprochant le nom de Napoléon III des noms de Constantin, de Gharlemagne et de saint Louis, certains évoques comptaient sincèrement voir renaître les temps privilégiés de ces grands souverains. L'intérêt n'excuse pas certaines palinodies, mais il les explique. Or, l'adhésion enthousiaste du clergé à l'Empire fut pour l'Église une vaste déception.

On le reconnaît aujourd'hui; Montalembert le pressentait dès lors et le déclarait à tout venant. Quand je ne sais quel prélat l'accusa faussement d'avoir dit : « Pa?* malheur, le bien que nous ?,edoutio)is se fait », il protesta de toutes ses forces :

« La parole que l'on m'attribue, écrivait-il, est d'autant plus absurde que d'abord je n'ai jamais craint le bien, et ensuite que je ne crois pas à celui que l'on se plaît à attribuer au régime impérial en France... L'empereur Napoléon III n'a rien fait ni pour ni contre la cause catholique, rien du moins de significatif et de durable. Je le crois personnellement bienveillant pour l'Église, je crois qu'il a un fond de foi sincère, quoique très peu éclairée, et pendant les trois années que j'ai passées dans son intimité politique, il m'a toujours semble voir chez lui la résolution de ne pas imiter son oncle dans ses luttes avec le clergé et le Saint-Siège. Mais de là à être un saint Louis ou un Charlemagne, ou même un Ferdinand II, il y a loin... Je suis île ceux qui estiment très haut If service qu'il nous a rendu en écrasant le socialisme qui nous serrait de près en 1851. Je trouve seulement qu'il non- a lait payer trop cher la rançon île ce sei\ Si un gendarme m'avait délivré d'une bande il»- voleurs sur la grande route, je me regarderais comme son obligé; mais -il nie demandait ma

(1) Journal ot lettres divei

HOtlTALBllBERT. — III.

fille en mariage comme récompense de son courage, je lui dirais : Mon ami, vous vous faites payer trop cher. Tel est le sentiment de la France intelligente à l'endroit de son sauveur... Il a d'ailleurs lui-même le bon goût de ne se vanter de rien ; il ne répond aux adulations épiscopales que par le silence, ou bien comme il Ta fait à l'archevêque de Rouen par une parole simple et adroite : « Quand je viens à l'Église avec ma femme, je « ne fais que remplir mon devoir de chrétien... »

« En réalité, tout le bien qui se fait aujourd'hui est le résultat du dévouement catholique sous les régimes que l'on se plaît aujourd'hui à renier et à calomnier... Il ne s'est rien fait sous le nouveau gouvernement qui n'ait été préparé et rendu possible de 1830 à 1848, conquis et assuré de 1848 à 18ol. On a semé sous Louis-Philippe, grâce à la lutte; on a récolté sous la République, grâce à la peur, et on mange ce qu'on a récolté. Il n'y a pas de quoi être si fier...

« ... Quand j'ai dit que l'Empereur n'avait rien fait pour le clergé, je me suis trompé. Il lui a conféré quelques faveurs pécuniaires... Il lui a de plus infligé la honte d'une sorte de complicité avec l'acte le plus odieux de

fson règne. Après avoir dépouillé les fils de saint Louis et. de Henri IV de leur patrimoine séculaire, il a rendu un décret qui accorde au clergé une somme de cinq millions à prendre dans le produit de cette spoliation... J'admets que les catholiques comme tels n'ont ni le droit ni le devoir de le renverser. Mais doivent-ils l'adopter avec enthousiasme, le vanter de préférence à tous les autres régimes...? Je crois pouvoir répondre non. Je dis que cette attitude manque essentiellement de justice, de dignité, de prudence... (1) »

Pendant les premières années de l'Empire, les revendications catholiques portèrent sur quatre points : obtenir l'abrogation des Articles organiques qui gênaient les relations du pape avec les évoques et des évêques entre eux; — faire modifier la loi qui subordonne le mariage religieux à la célébration préalable du mariage civil; — revenir à la législation de 181i, qui interdisait le travail du dimanche, comme en Angleterre et aux États-Unis ; — enfin, soustraire l'enseignement libre au gouvernement de l'Université. — Des négociations s'engagèrent sur ces divers points : aucune n'aboutit.

Non seulement on n'abolit point les Articles organiques, on se réserva de les faire revivre toutes les fois que cela parut opportun et utile :

« L'empereur savait très bien ce qu'il voulait, écrivait Montalembert à (1) Montalembert à Dôllinger, 30 octobre 1853.

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