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gands qui la dévastaient ? IT lui eüt été si facile de secouer le joug de Pintendant Bigot et de concourir avec Montcalm, Lévis, Bougamville et Doreil au bonheur et à la prospérité du Canada. Mais le gouverneur était vaniteux, jaloux et faible. Canadien, comme plusieurs fonctionnaires, il n’osait faire prévaloir son autorité sur les actes répréhensibles de Bigot et de ses complices. Qu'il Pait voulu ou non, M. de Vaudreuil, par son incurie, sa faiblesse, son ignorance même, couvrit de son autorité les actes de Bigot. Il passa pour son complice, son protecteur officiel auprès des honnêtes gens, et par sa conduite coupable participa à la ruine et au désastre du Canada. Et cependant il aurait pu facilement s'entendre avec Montcalm, qui désirait une réconciliation, qui l’exigeait au prix des plus grands sacrifices et dans l'intérêt de la colonie. Le héros, le guerrier, l’homme intègre, oubliait les insultes, les reproches, les attaques du gouverneur. Il pardonnait à Bigot, s’il s’engageait à s’intéresser désormais au sort de nos armes. Mais M. de Vaudreuil se trouvait à la merci de ses subalternes, qui possédaient tous les vices et toutes les audaces. Cet entourage puissant l’étreignait, pour ainsi dire, et l’'empêchait
de prendre une décision défavorable à Bigot et à ses
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CITAPITRE X.
Les Indiens. — Bienfaits de la civilisation française. — Sentiments de Montcalm à leur égard. — Attaques calomnieuses contre Montcalm.
Nous avons mentionné, à diverses reprises, les sauvages qui habitaient la Nouvelle-France, et nous avons constaté de quelle grande utilité ils étaient pour le recrutement de nos milices et des renforts nécessaires à nos troupes régulières. Sans vouloir remonter à l’époque de notre arrivée en Amérique, il est nécessaire d'indiquer ce qu’étaient toutes ces peuplades sauvages qui habitaient le voisinage des orands lacs. De bonne heure, les missionnaires pénétrèrent dans le pays des Indiens et essayèrent, par tous les moyens possibles, de les gagner à la religion catholique, Aux supplications ils joignaient la douceur, méprisant les fatigues de toute sorte, la mort, ne s’attachant qu’à leur mission et cherchant à recruter des amis à la France. Les Indiens
résistèrent longtemps à l'influence des religieux et
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à leurs séductions. Il fallut employer la force pour les soumettre, C’est alors que l’on put s'assurer du courage et de la bravoure de ces sauvages. Ils combattirent avec opiniâtreté pour sauvegarder leur indépendance et conserver leur pays. Ils avaient horreur de l'oppression el appréciaient leur vie errante au milieu de leurs forêts et sur les bords des lacs ou des cours d’eau. Les hommes au viésage pale étaient pour eux des étrangers avides et des ennemis qu’il fallait exterminer à tout prix. Les Anglais, eux aussi, essayèrent de soumettre les Indiens, et, afin d'arriver plus facilement à leur but, ils leur procurèrent de la poudre et des armes à feu destinées à nous repousser, L’eau-de-vie qu’ils leur vendirent était pour eux un moyen efficace de séduire les Indiens, de les griser, de les tuer physiquement.
Tout autre fut notre ligne de conduite à leur égard. Désireux de nous les allier, nous usämes Loujours avec eux de moyens avouables, honnêtes el dignes d’un peuple civilisé, La France, cette orande nation, généreuse par excellence, philanthrope, humanitaire, ne pouvait pas gagner les peuples par l'oppression ou la fourberie. Cela répugnait à sa grandeur. C'était en combattant loya-
lement, en montrant sa bravoure, en ouvrant son cœur aux malheureux, qu'elle devait un jour les amener tous à de meilleurs sentiments pour elle, s’en faire aimer, et combattre avec leur appui la jalouse Albion qui avait essayé de les corrompre pour les avilir davantage. On peut dire, à la gloire de notre patrie, que nos ancêtres n’eurent Lous que de nobles pensées en arrivant les premiers à la possession et à la colonisation du Canada, et qu'ils conformèrent tous les actes de leur vie aux traditions élevées et glorieuses de la patrie française. Au moment même où nous luttions contre tous les sauvages du Canada, la France fut saisie d’une indignation légitime en présence des procédés employés par les Anglais à l'égard des Indiens; elle s’en émul et, désireuse de montrer qu’elle combat-
tait pour la civilisation et dans l'intérêt des sau-
vages , elle ordonna, par un édit du 18 mai 1678,
que la vente des spiritueux serait prohibée avec les sauvages et que ceux qui enfreindraient cet arrêt seraient frappés des peines les plus sévères. Mais à mesure que nous entrions dans la voie de l’honnêteté et de la dignité, les Anglais s’en écartaient de plus en plus. Profitant de cette décision désintéressée, et considérant les Indiens comme de véri-
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tables bêtes de somme, bonnes tout au plus à être rouées de coups, ils inondèrent leur pays de toutes leurs caux-de-vie, de plus en plus mauvaises et peruicieuses pour la santé de ces pauvres malheureux. sa France accomplissait son œuvre de justice et d'humanité. Désireuse d'achever son entreprise éminente, elle fit déclarer par le cardinal de Richelieu « que tout Indien converti serait censé et r'éputé naturel français tout ainsi que les vrais résnicoles ». En édictant cette loi si favorable aux sauvages, n’avions-nous pas en vue leur triste condition et ne cherchions-nous pas à les tirer de la misère dans laquelle ils vivaient? La France voulait les régénérer par la religion, les éclairer par les bienfaits de la civilisation, faire d’eux des colons honnêtes, des travailleurs placés sous notre protection.
Oui, la France, notre chère patrie, a sans cesse à cœur la dignité humaine. On peut ouvrir pour s’en convaincre toutes les pages de son histoire, on y trouvera toujours vivante et immortelle cette passion pour l’affranchissement des misérables, pour la sauvegarde de leur honneur et de leur liberté. C’est sa mission séculaire, c'est son héritage. Cette mission, elle l’a toujours accomplie, malgré
les entraves, malgré les ambitions d’une rivale,
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malgré les récriminations des puissances opposées à sa grandeur. Elle l'accomplira encore et toujours. Quoi qu’il arrive, la France sera la protectrice-née des faibles et des opprimés, la nation du dévouement et des idées chevaleresques. C’est là sa plus grande gloire, et c’est pour cela qu’elle est supérieure à toutes les nations.
Les Indiens, voyant des hommes au péle vi.
sage venus des extrémités inférieures du Saint- Laurent, comprirent bien vitequ’ils avaient devant eux les envoyés d’un grand peuple, les mandataires d’une nation généreuse. Notre bienveillance pour les prisonniers, unie à une force à toute épreuve pour la guerre, les frappa et les séduisit à la fois. Notre caractère aventureux et chevaleresque plut à ces habitants des grands lacs, parce qu'il s’harmonisait sans doute un peu avec le leur. Ils aïmaient nos manières franches, notre loyauté à exécuter les promesses faites, notre courage. Dans les diverses luttes qu’ils engagèrent avec nous, ils purent se convaincre que nous leur étions supérieurs, et cette supériorité qu’ils nous accordèrent était pour nous un titre de plus à leur amitié et à leur alliance, Tous ne vinrent pas à nous, c'eüt été presque impossible, Mais les peuples les plus
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voisins de nos établissements se rapprochèrent de nous. Us abandonnèrent leurs forêts, leurs cabanes, et vinrent s'établir, à titre de donuciliés, sur les rives du Saint-Laurent. [ls formèrent des villages qui subsistent encore, ct constituèrent pour le Canada de nombreuses familles qui lui restèrent dévouées. Beaucoup de tribus firent leur soumission ; d'autres, et ce fut le plus grand nombre, résistèrent longtemps et continuèrent à opposer une vive résistance à nos efforts. Elles déployèrent dans la lutte leur énergie, leur dédain pour la mort, et affirmèrent bien haut leur amour pour leur indépendance. Soudoyées par les Anglais, encouragées par les Hollandais, elles causèrent à la Nouvelle- France de très grandes pertes, mais elles ne la vainquirent jamais.
En 17017, un traité fut conelu à Montréal. 38 députés de toutes les nations sauvages vinrent faire leur soumission, Le Canada fut entièrement pacifié, Des fêtes solennelles eurent lieu à cette occasion. On accueillit avec honneur et enthousiasme les représentants indiens, qui déclaraient au nom de leurs nations que désormais 1ls étaient à nous de cœur.
L'ère de prospérité et de grarleur était arrivée
pour le Canada, Elle aurait toujours duré, si la co-
lonie n’eût été entre de mauvaises mains. Mieux administrée, plus favorisée et soutenue davantage par la métropole, la Nouvelle-France aurait résisté aux luttes des Anglais, aux appélits voraces de quelques ambitieux, et à toutes sortes de rivalités intérieures.
Montcalm avait appris, par la lecture de Pouvrage du père Charlevoix, en combien de peuplades se divisait la grande famille des Peaux-Rouges. II avait étudié attentivement les divers groupes disséminés sur les deux rives du Saint-Laurent, sur les bords et aux environs des grands lacs. Il connaissait aussi toutes les souffrances endurées par ces malheureuses populations indiennes pendant les guerres avec les Français. Les mœurs, les habitudes guerrières, le courage, les sens subtils, les ruses des sauvages, lui étaient familiers; aussi comprit-1l, dès son arrivée au Canada, tous les avantages de leur alliance, Les Iroquois, surtout, et les Hurons devaient être pour lui de précieux auxiliaires dans les combats qu'il allait soutenir contre les Anglais. Leur pays, lout couvert de forêts épaisses, rempli d'obstacles, n’était pas facile à traverser sans éclaireurs. Les Iroquois passaient pour être de très bons rameurs et d'excellents tireurs. La vie nomade