CHAPITRE XI
Voltaire et M'"° de Pompadour. — Hiver rigoureux, — La société de Québecet de Montréal. — Luxe et plaisirs effrénés. — Excès de Bigot et de ses amis. — Conduite de Montcalm. — Ses souffrances morales. — Sa mésintelligence avec le gouverneur et les fonctionnaires. — Prise du fort William-Henry.
Montcalm se préparait à la lutte en recherchant l'alliance des Indiens, qu'il avait su émerveiller par sa bravoure et ses premiers succès. Mais il fallait attendre la belle saison pour recommencer les hosülités. La paix que M. de Lévis proposait avec empressement au gouvernement s’imposait à ce moment, et la colonie avait tout à gagner à ce qu’elle fût conclue. Pour continuer la guerre au printemps ou à l'été de 1757, l'on avait besoin de vivres, de munitions, d’argent et d'hommes, et la cour de Versailles refusait, généralement, les de-
mandes même minimes qui lui étaient adressées par les représentants de la colomie.
On s’inquiétait fort peu en France du Canada.
On trouvait chimérique cette entreprise coloniale, et Voltaire, le plus spirituel des Français, riait des arpents de neige transformés, aujourd’hui, en bonnes et productives cultures. Tous les yeux étaient tournés vers l'Allemagne. L’intrigante courtisane, M"° de Pompadour, qui régnait aussi bien sur le cœur du roi que sur la France, avait fait conclure une alliance avec l'Autriche contre la Prusse. De là, la guerre de Sept ans; de là, l’épuisement de nos ressources pécuniaires; de là aussi, l’abandon du Canada et les privations de nos soldats qui défendaient notre drapeau et notre influence en Amérique.
L'hiver était arrivé, froid, rigoureux, terrible. Pendant plusieurs mois les travaux furent interrompus, les préparatifs suspendus. La glace couvrait les rivières et les grands lacs. La neige, amoncelée dans la plaine, dans les \ Ilages et sur les montagnes, durcissait sur les routes et les rendait impraticables. Les communications entre les divers points du Canada étaient coupées, les relations entre les chefs militaires interrompues. Les récoltes manquaient, la disette commençait à sévir. La petite vérole faisait des ravages dans quelques peuplades alliées et jetait dans la misère des familles entières.
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