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Montcalm et de Lévis gémissaient à la vue de tous
ces fléaux accumulés sur notre malheureuse colonie,
Seuls les patriotes, les hommes de cœur, jugeaient
avec tristesse la situation douloureuse à laquelle on était acculé.
Bigot et ses amis vivaient dans l’opulence et la bonne chère, pendant que le peuple se disputait chaque jour quelques onces de pain.
Un contraste étrange, révoltant, venait d’apparaître tout à coup. En parallèle avec les intempéries de la saison, avec les misères de nos malheureux colons, avec l’inertie de l’agriculture , avec les ansoisses de nos chefs militaires, tous dévoués et patriotes, on doit constater le luxe effréné, les plaisirs, les fêtes qui régnaient à Québec et à Montréal principalement.
La société était gaie, parfumée, spirituelle même à Québec. Vraie copie de la cour de Versailles. Pendant odieux des mœurs libertines et quelquefois révoltantes qui s’y affichaient publiquement avec l’assentiment du roi et le concours des grands seigneurs du royaume.
À Montréal, outre la société frivole, légère et guindée, il y avait encore la tourbe des viveurs et
des joueurs. Ils passaient leur temps dans les salons,
les cercles, et partageaient leur vie entre les plaisirs les plus futils et les parties de jeu les plus audacieuses et souvent ruineuses pour quelques-uns.
On dansait partout. On donnait, plusieurs fois par semaine, à l’hôtel du gouverneur, des soirées galantes, des diners fins, des soupers de dames qui se prolongeaient bien avant dans la nuit, des concerts brillants, dignes de rivaliser avec ceux de la cour. Toutes ces soirées, tout cet apparat éclatant, coùtaient fort cher; mais qu’importait la dépense à ceux qui ruinaient la colonie?
Montcalm se voyait forcé d'assister à ces réjouissances, de se montrer dans ces fêtes; mais il n’oubliait pas, au milieu même des plaisirs de toute sorte, la mission importante qui lui était confiée. L’insouclance étrange de cette société frivole et coquette l’inquiétait beaucoup.La morgue des fonctionnaires, enrichis par des procédés souvent illicites, l’exaspérait sans cesse. Les viveurs et les débauchés, sous la présidence de l’intendant Bigot, lui causaient de cuisantes douleurs et de l’effroi pour lavenir de la colonie. Il savait trop bien, lui le chef militaire de l’armée, que le soldat était pauvre, qu’il vivait misérablement; aussi hésitait-il souvent à s’adonner de gaieté de cœur à ces soupers abon-
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