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dants où les convives gaspillaient les vivres et les mets les plus coûteux.
Montcalm écoutait distraitement la musique et le bruit des violons, il pensait surtout aux souffrances de ses braves soldats, au froid rigoureux et glacial qui sévissait dans la campagne. Chaque jour, il raffermissait le moral de ses troupes et leur faisait espérer des temps meilleurs. La victoire ne pouvait manquer d’arriver sur nos drapeaux; mais comment lutter, tant que la neige épaisse et durcie couvrait la terre? comment se préparer à la campagne de l'été, tant que les routes et les sentiers stratégiques n'avaient point repris leur aspect ordinaire? Malgré tous ces empêchements matériels qui nuisaient à la locomotion, aux mouvements des troupes, aux préparatifs de guerre, le fort William- Henry était l'objectif de Montcalm. De concert avec M. de Vaudreuil, il décida de s'emparer de cette place importante qui commandait le lac Saint- Sacrement (1). Évidemment, tant d’audace, tant d'initiative devait être récompensée !
L'entreprise cependant n’était pas facile. Pour arriver jusqu’au fort William-Henry, il fallait faire
(1) Les Français l’appelaient fort George.
près de soixante lieues sur la neige. Les soldats étaient dénués de tout. Les vivres manquaient. La neige tombait toujours et un froid intense, qui faisait descendre le thermomètre à 27 degrés, immobilisait souvent nos pauvres Canadiens. Les sauvages, accoutumés à ce climat glacial, résistaient plus facilement aux intempéries de la saison, et encouraseaient les troupes régulières par leur belle conduite et leur dévouement à la France. Leurs brillants faits d'armes, leur amour profond pour Montcalm, plaident ehaleureusement en faveur des écarts de conduite et d’n ubordination auxquels ils se livrèrent quelquefois.
La colonne française, commandée par M. Rigaud de Vaudreuil et M. de Longueil, se mit en route le 23 février, et arriva, le 18 mars, devant le fort William-Henry, qu'elle trouva bien gardé par les Anglais. Malgré la tentative d’escalade ordonnée par les chefs à nos soldats, ils ne purent s'emparer de cette place forte. Les Anglais, étonnés de cette attaque à laquelle ils n’osaient croire, ripostèrent à notre feu de mousqueterie et défendirent l’accès du fort , mais furent impuissants à protéger les magasins et les chantiers qui l’entouraient. Leurs approvisionnements de bois de construction,