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mentèrent leur chef et lui dirent « qu'ils étaient charmés de la grâce dont le grand Oouthio (le roi) venait de le décorer, parce qu'ils savaient combien il y était sensible; que, pour eux, ils ne l’en aimaient ni ne lestimaient pas davantage, attendu que c'était sa personne qu'ils aimaient et qu'ils estimaient, et non tout ce qu’on pouvait ajouter à son extérieur. » Et ils ajoutèrent « que Montcalm connaissait leurs usages et leurs manières, comme s'il avait été élevé au milieu de leurs cabanes » (1).
Nous avons teru à reproduire ce passage parce qu'il justifie hautement l’appréciation que nous avons ‘portée sur l’ascendant que Montcalm avait conquis sur l'esprit des sauvages qu'il commandait. M. de Bougamnville, l'auteur de cette lettre, avait pu se rendre compte de ce prestige, et dans ses rapports fréquents avec les sauvages il avait dû connaître parfaitement leurs sentiments et leurs pensées; aussi ne peut-on révoquer en doute, à moins d'être de mauvaise foi, les termes de sa missive. Le 10 au matin, les Anglais n’attendirent pas l’escorte de nos troupes pour se retirer et violèrent la défense que
(1) Lettre de M. de Bougainville au ministre de la guerre sur la prise du fort William-Henry., — Dussieux, {e Canatta. Pièces justificatives, 15.
nos généraux leur avaient faite, celle de donner du rhum et des liqueurs aux Indiens. Les sauvages, excités, enivrés même, se ruérent sur eux, en massacrèrent quelques-uns, et, voyant qu'ils fuyaient sans oser se défendre, ils leur donnèrent la chasse : « Et qui, dans le monde, pourrait contenir 2,000 sauvages de 32 nations différentes, quand ils ont bu? » s’écrie M. de Bougainville dans la lettre que nous avons déjà citée. Nos officiers accoururent au bruit de ce désordre et firent les plus grands efforts pour l’arrêter. Quelques-uns de nos grenadiers furent blessés par les sauvages devenus furieux. Montcalm s'exposa beaucoup en cherchant à calmer leur fureur et en se jetant au milieu d'eux. MM. de Lévis, de Bourlamaque et d’autres chefs lPimitèrent et coururent les mêmes risques pour lear vie (1).
Montcalm s’excusa auprès du général Web et de mylord London de ce désordre, involontaire de la part des Français. Il leur disait que ce n’était pas pour eux un prétexte pour rompre la capitulation et se confiail entièrement à leur bonne foi (2). Hélas! il vit bientôt de quelle valeur était la bonne
(1 et 2). Post-scriptum de la lettre écrite par M. de Bougainville au ministre de la guerre, Voir op. cit.
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foi du peuple britannique ! Le roi d'Angleterre annula la capitulation de William-Henry, et se décida à ne pas exécuter le traité stipulé et accepit par le colonel Moore.
On a grossi beaucoup le massacre d’Anglais par les sauvages, Il n’est pas jusqu'à l'imagination du romancicr Fenimore Cooper qui n’ait cru voir un nombre incalculable de victimes. Quelques écrivains anolais ont prétendu également que nos officiers avaient donné l’ordre aux sauvages de massacrer les soldats anglais. De pareilles calomnies ne se relèvent pas et on ne leur fait même pas l'honneur de les réfuter. Les deux lettres de Montcalm écrites à ce sujet, les témoignages des officiers anglais, qui rendirent justice, sur le lieu même où se passa l’affure, a Montcalm et a nos officiers pour leur intervention, sont des preuves trop accablantes pour les appréciateurs aveuglés par le parti pris et dénués de bonne foi, Montcalm aurait vivement désiré continuer la lutte et s'emparer du fort Edouard, afin d’être maitre de la frontière ; mais les besoins de l’agriculture se faisaientsentir, les moissons étaient pendantes, les sauvages manifestaient la ferme intention de retourner chez eux, et d’ailleurs la petite vérole sévissait encore dans les rangs de notre armée. Toutes ces raisons
plaidaient en faveur du ralentissement des opéra-
tions militaires si brillamment monées jusqu'a ce jour par le jeune héros.
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