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Montcalm écrivait au ministre : « L'article des vivres me fait frémir. Malgré les réductions faites sur les vivres, la disette est plus grande que nous ne l’avions cru (1). »
Comme en 1756-1757, on dansait, on jouait à Québec et à Montréal. Les accapareurs, les exploiteurs et les viveurs de la colonie, menaient joyeuse vie, pendant que le peuple crevait de faim, que nos pauvres Acadiens périssaient faute de pain. Le mois de janvier 1758 fut surtout l’époque des fêtes données par le gouverneur à Montréal. Le roi avait expressément défendu tous les jeux de hasard, et ceux qui auraient dû faire respecter cet ordre étaient les premiers à tenir table de jeu chez eux. L’intendant Bigot perdait avec un cynisme révoltant 200,000 livres en quelques jours. [ls se préoccupaient peu, tous ces viveurs enrichis, de la misère qui étendait ses ravages à leurs côtés.
Montcalm faisait de nombreuses observations à tous les fonctionnaires de la colonie. Intègre par caractère, économe par habitude, il se contentait
(1) Lettre de Montcalm au ministre. — Dussicux. le Canada. Pièces justificatives, 19.
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de peu et se gardait bien de gaspiller ce qu’il possédait. Son traitement ne suffisait pas à ses besoins. A sa table, frugalement garnie, venaient s'asseoir un grand nombre d'amis qui partageaient avec lui la viande de cheval. On était loin des somptueux festins de Bigot et des marauds enrichis de la colonie, auxquels il faisait allusion à sa mère, lorsqu'il lui écrivait à ee sujet : «Quel pays! disait-il, tous les marauds v font fortune et les honnêtes gens s’y ruinent | »
Honnèe, nul ne le fut plus que Montcalm, qui s’endeita au Canada et qui ne put couvrir les dépenses nécessitées par ses fonctions. Mais il avait au moins la consolation de pouvoir dire qu'il avait fait le bien et rendu service à tous ceux qui se trouvaient dans le besoin. Que de fois, en visitant ses troupes, n’a-t-il pas distribué des secours aux soldats les plus nécessiteux ! Ce qui lui était le plus à cœur, c'était de voir que certains fonctionnaires ne se privaient de rien et gaspillaient ouvertement l’argent si profitable aux malheureux Canadiens. Les ressources des officiers disparaissaient à vue d'œil dans les jeux de hasard, et jetaient ensuite dans la nécessité les plus immodérés.
Enfin les vivres arrivèrent! Plusieurs bateaux,
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partis de Bordeaux, purent se soustraire aux attaques des Anglais et touchèrent au Canada. Ce fut une joie générale, un immense soulagement, On mangea alors du pain. Cet aliment, si commun et si iidispensable à la vie, causait plus de bonheur au peuple que les aliments les plus fins. Montcalm perdit ses provisions personnelles et ses lettres de Montpellier, le Æoudroyant, qui les portait, ayant été capturé par les Anglais (1); mais 1l s’en consola bien vite. Qu’était-ce l'argent, la bonne chère, pour cette âme intrépide, pour ce cœur généreux ?
L'arrivée des vivres releva le moral des soldats affublis par les privations et leur permit de po 1voir prendre part à la campagne de 1758. Les secours en hommes, en poudre, en munitions, n'ctaien: point arrivés avec les quelques bâtiments de vivres, et cependant la poudre manquait; on utilisait encore les milliers de livres prises au fort William-Henry, mais cela ne suffisait pas pour la campagne prochaine. Il fallait le génie de Montcalm pour entreprendre la lutte avec le manque de soldats, de munitions et surtout de poudre. Il
(1) De Bonnechose, Montcalm et le Canada francais ; Paris, Hachette.
alla de l'avant. confiant dans son étoile et dans les destinées de sa patrie. Ce qui torturait le plus son esprit, ce qui oppressait son cœur, € était de
se voir réduit à commander des soldats dénués de souliers, d'armes, de munitions. Son ambition et son désir de servir son pays sur un grand champ
de bataille et de lutter contre un ennemi redou- P table avec une armée bien organisée, le tourmen- | taient sans cesse; mais il acceptait, sans se plaindre
et avec courage, la situation qui lui était faite. N°y allait-il pas de l'avenir de la colonie et pouvait-il
se soustraire à la mission qui lui avait été confice?
Il ne désespérait de rien, et, en pressentant la lutte | à terrible qu'il allait engager avec lennemi, il s’é- | criut : « Nous combattrons, nous nous ensevelirons, ù Fe CO s’il le faut, sous les ruines de la colonie. » Paroles | prophétiques, s’il en fut, qui justifient plemement | “ les pressentiments de Montcalm, les observations à qu'il ne cessa de faire aux ministres et les sages Pr conseils qu’il leur donna. Ne fit-il pas part, à plu- | é sieurs reprises, à sa mère, au gouvernement fran- DL çais, des craintes qu'il avait pour l’avenir de la
colonie? Il redoutait les échecs, parce qu'il voyait que l’Angleterre préparait un grand coup. Mais
n'anticipons pas sur les événements.
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