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colonie perdue, à ces braves soldats, dignes émules de Montcalm, le gouvernement français proclamait hautement son admiration pour le courage et le culte du patriotisme. Mais que de crimes il avait à se reprocher, que de fautes à avouer, que d'actes blämables volontairement accomplis, quelle lourde et cruelle responsabilité à encourir devant la postérité!
On peut, maintenant que les événements se sont accomplis, que les États-Unis d'Amérique ont conquis leur indépendance, mesurer l’étendue de ja perte que nous avons faite en cédant, par le traité de 1763, le Canada à l'Angleterre. Nous sommes en droit, et nous avons le devoir, de proclamer la lâcheté de la mère patrie à l'égard de sa colonie, la faiblesse, le peu de patriotisme de nos gouvernants de l’époque, qui ont permis que notre influence en Amérique füt anéantie. En vain la monarchie a essayé, plus tard, de réparer la faute de la monarchie en nous donnant une belle et immense colonie (1), en nous faisant faire d’autres conquêtes, elle n’est point parvenue à effacer cette tâche de notre histoire coloniale, Vainement
(1) L'Algérie, conquise en 1830 par le roi Charles X.
aussi ses historiens ont fait valoir lPaffaiblissement de Pélément militaire en France vers 1760, afin d'amoindrir, et de dissiper même, les responsabiliés de Louis XV. Rien, absolument rien ne saurait absoudre ce roi incapable et frivole, ni ses ministres imprudents, qui ne surent point porter remède au mal, ni secourir notre colonie agonisante.
L'œuvre est depuis longtemps achevée. Le Canada, devenu anglais, au moins en apparence, ne compte plus au nombre de nos possessions coloniales. Cet immense territoire, que Champlain avait si bien administré et sur lequel il avait si souvent fondé les plus grandes, les plus légitimes espérances, appartient à un autre maître, obéit à d’autres lois. Mais ce qui nous console du passé, ce qui raffermit nos espérances, c'est de savoir que là-bas, sur ces rives du Saint-Laurent qu'habitèrent nos pères, les géants des batailles, ces chevaliers courageux, vivent des descendants de leur grandeur, de leur héroisme, qui aiment comme eux l’ancienne, la belle patrie française. Nous sommes heureux d’apprendre que notre langue, nos mœurs, notre fierté, notre franchise, notre élégance même, ont
été conservés dans ce pays qui fut le nôtre, sur