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« le renouvellement des jours où Moïse, la « verge de Dieu à la main, envoyait Josué « contre Amalec. »
Le lieu de concentration connu, le plan d’invasion est révélé. Du lac du Saint-Sacrement, les Anglais descendront dans le Champlain, et par la rivière Richelieu qui en sort, ils déboucheront dans le Saint-Laurent près de Montréal, coupant air si en deux la colonie française. Mais pour le succès de cette campagne, il fallait d’abord enlever Carillon. Ce fort commandait la courte rivière de la Chute par laquelle les eaux du lac Saint-Sacrement, après avoir écumé sur des rapides, se déversent dans le Champlain.
C'est. devant, Garillon que, DRAM va attendre :ks Anélsié:: Re
“Son. plan était. aussi simple qu ingénieux.
SuË Jé isièré. dos: bois fui, sauf, du côté du lac, entourent le fort, s'élève à une demiportée de canon devant la place, un mamelon qui la domine. C'était la clef de la position. On décida d’enfermer cette éminence, ainsi que le fort lui-même, dans un retranchement bastionné construit avec des troncs superposés : en même temps on déboi-
| serait les entours, et les arbres abattus là reste- | raient à terre, leurs branches aiguisées servant | de chevaux de frise. Avant tout, il fallait ga-
L gner du temps pour achever l'enceinte et pour attendre les renforts que Montcalm suppliait
le gouverneur d'envoyer sans perdre une L | heure. Il n’y avait alors, autour de Carillon, | que deux mille huit cents soldafs de France et quatre cent cinquante Canadiens. Le gros des forces françaises, y compris les Sauvages,
était campé aux portes de Montréal ou réparti dans les garnisons. Cependant la descente
l de l'ennemi était imminente: neuf cents , bateaux, cent trente-cinq grandes chaloupes, étaient amarés devant William-Henry : l’ar- . tillerie et le matériel déjà chargés sur les radeaux.
| Par ne manœuvre audacieuse, Montcalm 1 | se porte en avant, et, s'établit sur le bord du . È lac supérieur, comme s’il voulait prendre RU | l'offensive. — Abercromby, dérouté, retarde ; | de quatre jours le départ de ses troupes et à | attend jusqu’au 6 juillet pour oser traverser di | le lac avec ses vingt mille soldats'. Devant s : 1 Le rapport officiel d’Abercromby, adressé à Pitt, avoue
le chiffre de 17,000 hommes, — Les Français ont pré- ‘à.
les Anglais, la retraite se fit le long de la rivière de la Chute avec une telle audace etun tel ordre, qu'on n'eût pas perdu un homme, si, un corps détaché de trois cents volontaires, s’égarant dans les bois, ne fût tombé au milieu d'une colonne ennemie qui l'extermina. Cet unique succès coûta cher aux Anglais, car la première balle française tua le brigadier général, lord Howe, l'âme de l'expédition, dont Abercromby n'était que le chef officiel.
Pendant Ja retraite, Montcalm avait jugé son adversaire et il écrivit, chemin faisant, à Vaudreuil ce billet: « J'espère beaucoup de « la volonté et de la valeur des troupes fran- « çaises: je vois que ces gens-là marchent « avec précaution et tâtonnent : s'ils me don- « nent le temps de gagner les hauteurs de « Carillon, je les battraï. »
En s'arrêtant le 6 juillet au soir sous le canon du fort, les troupes aperçurent le nouveau retranchement de huit à neuf pieds de hauteur : il suivait les sinuosités du sol et
tendu que le nombre des Anglais était de 25,000 ; le chiffre de 20,000 paraît être exact,
tous ses bastions de bois se flanquaient réciproquement. Des batteries improvisées et le canon du fort balayaient le bord de l’eau et, à droite, quelques trouées qu'on n'eut pas le temps de fermer. Mais l’abatis projeté pour défendre les approches restait à faire.
« Le lendemain, les officiers, la hache à « la main, donnent l'exemple, les drapeaux « plantés sur l'ouvrage. » Les érables tombent sur les bouleaux, les hêtres pourpres sur les pins. L'armée travaillait de bon cœur, cependant elle cherchait des yeux le brave Lévis: «Où est Lévis? » Enfin, le voici:
«Vive Lévis!» , il accourait du pays des Cinq- Nations avec quatre cents soldats d'élite. — Grâce à ce renfort, le seul qui parvint à temps, le nombre des combattants sera de trois mille cinq cents. |
On couche au bivouac: dès l'aube, la générale réveille les bûcherons et la hache de frapper encore. A midi et demi, un coup de canon retentit, c'était le signal. Chaque bataillon, l'arme au bras, est dans son bastion, Royal-Roussillon au centre, avec son drapeau d'ordonnance rouge et bleu. Le soleil de juillet brûlant en ce climat, « un
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soleil de Naples », calcinait les rives du Champlain. « Mes enfants, la journée sera « chaude,» dit Montcalm en jetant à terre son habit, Déjà aux sons aigus du fifre et
de la cornemuse, les Anglo - Américains
s’élançaient dans la clairière, en. quatre colonnes, grenadiers en tête et chasseurs sur les flancs.
L'ennemi à cinquante pas du retranchement, les fusils français jusqu'alors immobiles, s’abaissèrent sur toute la ligne: trois mille balles sifflèrent à la fois; décharge foudroyante au milieu des rangs déjà rompus par les obstacles des abords. — Les Anglais vacillèrent sous le plomb, reculèrent, puis revinrent intrépidement à la charge, pour reculer encore et revenir pendant six heures de suite. Effroyable va-et-vient, entremêlé de sorties à la baïonnette, au milieu de l’abatis d'arbres enflammé par la fusillade.
Dans l'intervalle des attaques, quand la fumée s'étaient éclaircie, l’on entrevoyait des fantassins en uniforme blanc, sauter du haut des bastions, pour éteindre le branchage en feu: puis çà et là, plantés sur le parapet, des drapeaux dont le vent du lac soulevait
la soie trouée par les balles. Devant les retranchements, partout des morts et des blessés en habits rouges, culbutés ou accrochés dans les branches de l’abatis : à droite, aboutissant au pied même du bastion, un monceau de cadavres aux jambes nues, aux vêtements bigarrés : c'était là que les montagnards écossais avaient donné l'assaut.
Le canon gronda aussi du côté de la rivière : vingt pontons armés descendus à la chute, s’approchèrent pour jeter à terre des troupes de débarquement, mais Montcalm avait tout prévu : des volontaires postés le long de la rive reçurent « de bonne grâce » les embarcations, et le canon du fort en ayant coulé deux, les autres s’enfuirent à force de rames. |
Vers sept heures du soir les attaques cessèrent, le feu continua sur la lisière de la forêt, à huit heures, il s'éteignit. — Etait-ce possible ? les Français ne purent croire d'abord à leur succès. Toute la nuit se passa à compléter le retranchement qu'on s'attendait à voir attaqué le lendemain par l'artillerie. Mais l'ennemi ne revint pas, le découragement des troupes qui s'étaient crues assurées
d'une facile victoire, l'ineptie du général, l'ombre de ces grands bois si redoutables dans les ténèbres avaient changé l'arrêt en retraite, la retraite en panique. Les Anglais s'étaient précipités vers leurs bateaux et traversaient déjà le lac Saint-Sacrement, lais- sant derrière eux plus de quatre mille morts ou blessés, les Ecossais seuls avaient perdu neuf cent cinquante soldats et presque tous leurs officiers. Pour cette année-là, le Canada était sauvé. « L'armée, et trop petite « armée du roi, écrivait Montcalm à Doreil «le soir même de la bataille, vient de bat- «tre ses ennemis, quelle journée pour la « France ! Si j'avais eu deux cents Sauvages « pour servir de tête à un détachement de « mille hommes d'élite dont j'aurais confié « le commandement au chevalier de Lévis, «il n’en serait pas échappé beaucoup dans « leur fuite. — Ah! quelles troupes, mon «cher Doreil, que les nôtres! Je n'en ai « jamais vu de pareilles !.»
Le rapport officiel rédigé par le vainqueur
! Le texte de ce billet a été imprimé dans le Mercure de France de 1760, après la mort de Montcalm.
sur cette brillante affaire est empreint d'une simplicité antique. Après que chacun a reçu sa part d’éloges, après avoir dit que « M. de « Lévis, avec plusieurs coups de feu dans ses « habits, et, M. de Bourlamaque dangereuse- « ment blessé, ont eu la plus grande part à « la gloire de cette journée ,» il ajoute:
« Le succès est dû à la valeur incroyable de « l'officier et du soldat; pour moi, je n'ai eu « que le mérite de me trouver général de « troupes aussi valeureuses. » Le succès était grand, mais chèrement payé. Dans les deux journées du 6 et du 8, les Français avaient perdu plus de sept cents combattants, chiffre énorme dans une si petite armée, où, le prix d’un homme se multipliait par le carré des distances entre la France et l'Amérique, Bougainville était blessé à la tête, Bourlamaque avait l'épaule brisée, Malgré mille dangers bravés, Montcalm restait sain et sauf : après avoir choisi comme quartier-général, le sommet du mamelon central, pour embrasser toute l’action, il s'était, de là, précipité, tour à tour, avec les piquets de réserve, à chaque point du retranchement où la résistance avait chancelé.
A la nuit des cris formidables firent retentir les voûtes de la forêt canadienne : c'était l'armée française qui, à la lueur des torches de pins, saluait son général. A cette heure-là de sa vie, Montcalm connut le délire de la victoire; mais son cœur était trop fortement trempé pour ne pas être à l'épreuve des surprises enivrantes de la fortune. Deux jours après la bataille, se dressait sur le mamelon une grande croix de bois avec cette inscription pleine d'humilité et composée par le général :
Quid dux ? quid miles ? quid strata ingentia ligna? En signum ! En victor ! Deus hic, Deus ipse triumphat.
Telle fut la bataille de Carillon, fait d'armes aussi héroïque qu'inconnu. Pauvre victoire délaissée dont l’histoire de France garde à peine la trace. Son souvenir semble s'être envolé avec le bruit des cloches qui en sonnèrent le Te Deum. La forteresse, témoin de cette lutte épique, a été détruite par les Français eux-mêmes : où fut Carillon, les Anglais ont bâti Tincondéroga. Comme vestige de la journée du 8 juillet 1758, il ne reste qu'un vieux drapeau français, retrouvé
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à Québec au fond d'un grenier. Dans leurs fêtes nationales, les Franco-Canadiens qui, eux, n'ont riéñ oublié, portent aujourd’hui avec orgueil le vieux guidon sous lequel les aïeux ont combattu pour la patrie, Cependant le général victorieux crut avoir le droit de demander une récompense, la seule qu’il sollicite, c'est d'être rappelé : « Si jamais, écrit-il au ministre le 12 juillet, «il y a eu un corps de troupes digne de « grâces, c'est celui que j'ai l'honneur de «commander, aussi je vous supplie, Mon- «seigneur, de l'en combler. Pour moi, je «ne vous en demande d’autre que de me « faire accorder par le roi, mon retour : ma « santé s’use, ma bourse s'épuise. Je devrai « 10,000 écus au trésorier de la colonie, ct « plus qüe tout encore, l'impossibilité où je « suis de faire le bien et d'empêcher le mal, « me -détermine à supplier avec instance « Sa Majesté de m'accorder cette grâce, la « seule que j'ambitionne; jusqu'alors je don- «nerai volontiers le dernier souïfle de ma « vie pour son service, » En attendant qu'on connût la volonté du roi, il fallait rester à
son poste et tenir en échec l’armée d’Aber-
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cromby. Ralliée près des ruines de William- Henry, elle s’y était fortifiée et encore quatre fois supérieure en nombre, menaçait toujours d’un retour offensif la petite armée de Montcalm dans son camp de. Carillon.
Pendant ce temps, de-graves événements s’accomplissaient à trois cents lieues de là : le cercle de l'invasion que la défaite des Anglais sur les bords de Champlain, avait détendu au centre, s'était resserré aux extrémités. Le Saint-Laurent, ce prodigieux cours d'eau, tour à tour, lac, fleuve, cataracte, océan, était alors comme aujourd'hui, la grande artère du Canada, maïs à cette époque, il éteit en outre l’unique accès du pays. Pour y assurer l'entrée à leurs vaisseaux, les Français avaient construits, à grands frais, dans ‘île Royale ou du cap Breton, qui commande l'entrée du golfe Saint-Laurent, une place forte, ville de quatre mille âmes, avec un vaste port, c'était Louisbourg, le Dunkerque de l'Amérique. Depuis les premiers jours de juin 1758, la ville était assiégée par terre et par mer. Au bout de deux mois, on se rendit à l'amiral Boscawen et au général Amherst, Dès lors le Saint-Laurent fut ouvert aux An-
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glais en même temps qu'il se fermait pour les Français. La citadelle était retournée contre la place.
Un mois après cette catastrophe, un partisan américain, Bradsteet, à la tête de trois mille de ses compatriotes, s’'embarquait sur le lac Ontario, près des ruines du fort détruit par Montcalm en 1756, et s'en allait venger Chouaguen sur Frontenac, défendu par une garnison de soixante-dix hommes. « Les en- « nemis, écrit Montcalm, se sont emparés du « fort de Frontenac, qui, à la vérité, ne va- « lait rien, mais ce qu'il y a de plus fâcheux, «ils ont pris beaucoup de vivres, beaucoup «de marchandises, quatre-vingts canons «grands et petits et détruit la marine, qui « était due à ma prise de Chouaguen, en « brûlant cinq de nos bâtiments et en em- « menant deux ; cette marine nous assurait « la supériorité sur le lac Ontario que nous « perdons en ce moment. » En même temps à l'Ouest, un corps de six mille hommes; sous les ordres du général Forbes et du colonel Washington, s’approchait du fort Duquesne. Peu à peu, on remarquait dans le pays d'en haut le refroidissement des Sauvages;