‹ Montcalm et le Canada français [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 20 · HOMMAGES RENDUS À LA MÉMOIRE DE MONTCALM · texte numérisé non relu

HOMMAGES RENDUS À LA MÉMOIRE DE MONTCALM

La France du dix-huitième siècle fut, après coup, prise de pitié pour sa victime et ne marchanda pas les honneurs à sa mémoire. La sculpture et la peinture reproduisirent les traits du défenseur de Québec, le roi gratifia la marquise de Montcalm d’une pension de 4,000 livres, chacun des enfants en eut une également : l'aîné des fils obtint le régiment de son père el le cadet une compagnie dans le même régiment,

A l’époque de nos grandes commotions politiques; dit le R. P. Martin, la mémoire de Montcalm reçut un témoignage de respect qui ne peut être suspect. Au moment où l'assemblée nationale mettait en question la suppression des pensions accordées par le roi, M. de Noailles réclama une exception en faveur de la famille de Montcalm : « Ses services, «dit-il, ont fait connaître notre nom dans les deux

« mondes. Sa valeur et ses talents militaires ont «honoré les armées françaises. » La demande fut écoutée. Les descendants de Montealm, alors au nombre de Quatre, reçurent une pension de 1,000 livres chacun. M°° de Damas, sa petite fille en recut 4,000 (Moniteur du 31 juillet 1790.) Un des petits-fils de Montcalm, alors membre de l’Assemblée parut à la tribune le 4° août, et exprima sa reconnaissance au nom de ses frères et de sa sœur.

Malgré la perte du Canada, et leur retour en France, continue le biographe de Montcalm, les compagnons d'armes de Montcalm n'avaient pas oublié le théâtre de tant d’exploits ni un général qui avait été leur idole. Ils avaient songé immédiatement à élever un monument à sa mémoire pour honorer le lieu de sa sépulture, et laisser dans le Canada un souvenir éloquent de leurs regrets.

M. de Bougainville, lieutenant-colonel d'infanterie, adressa la lettre suivante à MM. de l’Académie des Inscriptions à Paris, pour obtenir leur concours :

« Messieurs,

Si les monuments décernés par la voix publique aux défenseurs de l'Etat, en Grèce et dans FlItalie, sont un des principaux objets de vos études, la plus noble de vos prérogatives est le droit que vous avez d'en consacrer de parcils à ceux de vos concitoyens que des qualités rares, des services importants, de grandes actions produites par de grands motifs,

ont rendu chers à la France. La Nation se repose sur vous du soin que d'anciennes Républiques prenaient elles-mêmes; c’est à vous qu'il appartient d’acquitter ce que l’on croit devoir aux hommes illustres qu’elle a perdus, mais qui se sont immortalisés en la servant.

« Le marquis de Montcalm mérite de vous cet honneur. Il a véeu trop peu pour la patrie, assez pour sa propre gloire, puisqu'il n’est mort qu'après avoir eu le temps et les occasions de manifester à nos yeux des talents, un courage et une vertu que des épreuves décisives et de plus d’un genre, ont mis dans tout leur jour. Nos ennemis, en même temps qu’ils prodiguaient les témoignages de la plus haute estime à leur chef tué dans la même affaire, ont comme nous pleuré notre Général. Les habitants de leurs provinces, dont le nom de Montcalm fut la terreur, ont mêlé leurs regrets aux larmes de nos soldats, dont il était le père et l'exemple.

« Les Anglais, maîtres aujourd'hui des lieux où ses cendres reposent, veulent bien nous y laisser le droit d'y rendre un hommage public à la mémoire d'un homme qu'ils honorent autant que nous le regrettons. Le corps du marquis de Montcalm est déposé dans l’église des Ursulines à Québec. Une inscription manque à sa tombe. Prêtez, Messieurs, vôtre voix à la juste douleur des troupes qu’il commandait, aux regrets des Canadiens qu’il a défendus et aux sentiments que lui doit à jamais sa Nation, »

Pour répondre à ce désir, l'Académie composa en

latin une inscription historique 1, qui fut gravée sur le marbre et dont nous donnons la traduction :

Ici repose Pour vivre à jamais dans la mémoire des deux mondes, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon,

Marquis de Saint-Véran, baron de Gabriac, Commandeur de l’ordre de Saint-Louis, Lieutenant général dans les armées francaises ; Citoyen éminent, militaire distingué,

Qui jamais n’aspira qu'à la seule vraie gloire,

Doué d’un génie également heureux et cultivé ; Élevé successivement à tous les grades par son mérite, Consommé dans toutes les connaissances de l'art militaire, Grand capitaine En Italie, en Bohème, en Allemagne; S’acquittant toujours de ses fonctions comme un homme Capable d'en remplir de plus importantes :

Illustre déjà par les dangers qu’il avait affrontés,

Et envoyé à la défense du Canada,

Avec une poignée d'hommes, il repoussa plus d’une fois Les armées ennemies.

Il s'empara de places garnies de troupes et bien fortifiées. Endurci au froid, à la faim, aux veilles, aux fatigues, Plein de sollicitude pour ses soldats, jusqu'a l'oubli De lui-même ; adversaire redoutable, vainqueur magnanime Il suppléa À la fortune par le courage, et au nombre d'hommes Par l'habileté et l’activité.

Pendant quatre ans, il a retardé, par ses dispositions Et sa valeur, la perte imminente de la Colonie ; Enfin, après avoir longtemps déjoué par toutes les ressources De sa prudence,

Une armée nombreuse, commandée par un général intrépide Et hardi, et une flotte formidable,

1 Journal encyclopédique, juin 1761.

Mis dans la nécessité de combattre,

Il tomba blessé au premier rang et au premier choc. Fortifié par la religion qu’il avait toujours pratiquée, Il mourut.

Au grand regret des siens, et même de ses ennemis, Le 14 septembre de l'an du Seigneur 1759,

A l’âge de quarante-huit ans.

Les Français en pleurs Déposèrent dans la fosse que l'éclat d’une bombe avait creusée, Les restes de leur excellent général,

Et les confièrent à la loyauté d’un ennemi généreux.

Mais, pour élever un monument de cette nature sur un sol qui n’appartenait plus à la France, il fallait l'assentiment du gouvernement anglais. Jean Pierre de Bougainville, frère de l’ancien aide de camp de Montcalm, et secrétaire de l’Académie, fut chargé d’en faire la demande.

Voici sa lettre à lord Chatham :

« Sir,

« Les honneurs rendus sous votre ministère à «M, Wolfe m'assurent que;vous ne désapprouverez « pas que les troupes françaises, dans leur recon- « naissance, fassent leurs efforts pour perpétuer la « mémoire du marquis de Montcalm. Le corps de ce ( général, que votre nation même a regretté, est en- « terré à Québec. J'ai l'honneur de vous envoyer («une épitaphe faite par l’Académie des Inscriptions. « Jose, Monsieur, vous demander la faveur de l’exa- « miner, et si vous n'avez pas d’objection, vous «voudrez bien m’obtenir la permission de l'envoyer

« à Québec, gravée sur un marbre qui sera placé sur « la tombe‘du marquis de Montcalm. Si l’on m'ac- « corde cette permission, j'ose me flatter que « vous voudrez bien m'en informer, et m'’en- « voyer en même temps un passe-port, afin que le « marbre avec l’épitaphe puisse être reçu sur un « vaisseau anglais, et placé par les soins de « M. Murray dans l’église des Ursulines.

« Veuillez me pardonner, Sir, si je me suis permis « de vous interrompre dans vos occupations si im- « portantes, mais en travaillant à immortaliser les « hommes illustres et patriotes éminents, vous vous « ferez honneur à vous-même.

« Je suis, etc.

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