‹ Montcalm et le Canada français [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 20 · TE · texte numérisé non relu

TE

n'est-il pas assez défendu par sa vie et para

mort; dans cette fatale journée du 10 août

1757, il n'a rejailli sur lui d’autre sang que

celui de ses grenadiers blessés à ses côtés en

sauvant les Anglo-Américains !. |

Des difficultés toujours grandissantes dont

nous parlerons plus loin, et contre lesquelles

Montcalm luttait déjà, l’empêchèrent de

pousser jusqu'à la vallée de l'Hudson. Néanmoins, le résultat des campagnes de 1756 et 1757 dépassait toute espérance, et l'étoile de la France, près de s'éteindre sur ces loin tains rivages, brillait d’un dernier ettrompeur éclat, L'armée anglaise, malgré son énorme supériorité numérique, était convaincue d'impuissance ; elle n'avait rien fait, rien tenté. La flotte des lacs n'existait plus; la France restait maitresse de toutes les eaux et, selon: l'aveu du ministère en plein Parlement, «toutes Les portes lui étaient ouvertes. » Aux

1 S'il y avait eu préméditation même de la part dé Sauvages, ceux-ci fussent allés attendre la colonne anglais au milieu des bois qu’il lui fallait traverser pour gagner le fort Edouard, et non dans la plaine à une demi-lieut du camp français. Dans la forêt, rien ne pouvait sauver les Anglo-Américains, pas un n'eut échappé.

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yeux des Indiens, quel prestige! Pas une peuplade qui ne s'enorgueillit d’être fille d'Onnonthio. Entre les deux grandes vallées françaises du Mississipi et du Saint-Laurent, voici trois routes libres, et sur tout l’immense territoire possédé par la France, de Québec à la Nouvelle-Orléans, aucun Anglais n'osait poser le pied. À ce moment-là, les destinées du Nouveau-Monde restèrent en suspens : l'Amérique serait-elle anglaise ou française ?

Mais ce n'était pas au-delà de l'Atlantique seulement que l’Angleter: : déelinait; dans la Méditerranée, Minorque lui était ravie; les Anglo-Hanovriens capitulaient à Clostereven, et martelée sous les coups des Ruses, des Français et des Autrichiens, la derière armée de Frédéric, l’unique allié de scorges II, semblait écrasée, Il ne restait lus alors à l'Angleterre, suivant le conseil Horace Walpole « qu’à couper ses câbles et Yoguer à la dérive vers quelque Océan inonnu. « À cette heure solennelle de l’hisoire du peuple anglais, un homme marchant vec peine, accablé sous le poids d'infirmités récoces, monta à la tribune dans la Chambre

des Communes et, tous les yeux ardemment fixés sur lui, proféra ce serment : « Je sauverai ce pays et moi seul le peux.» L'orateur .qui assumait une telle responsabilité était le nouveau secrétaire d'Etat, William Pitt, devenu le dictateur de l'Angleterre depuis que | tous les partis, également impuissants audedans et au-dehors, avaient abdiqué entre ses mains.

Au milieu de l'apparent effrondrement de la puissance britannique, Pitt reste inébranlable : avec l'assurance du génie, il a déjà choisi sa conquête ; ce sera le Canada. Dans sa pensée profonde, la possession de ce pays était, entre la France et l'Angleterre, le véritable enjeu de la guerre de Sept-Ans, car le Canada, c'était l'Amérique septentrionale tout entière. Pitt avait compris que les Français une fois chassés du nord et de l'ouest, les Anglais resteraient sans rivaux sur un continent, où, la Louisiane, encore dans l'enfance, et les colonies espagnoles, déjà en décrépitude, ne pouvaient être qu'une proie et non une menace pour leurs voisins, Conquérir le Canada, c'était assurer

à la race anglaise la domination sur la moitié d'un hémisphère.

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